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"Dewaruci", en dansant la javanaise
Premier grand voilier d’Asie à venir à Rouen, l’Indonésien « Dewaruci », fait déjà sensation. Son pacha est tombé amoureux des paysages en remontant la Seine.

A bord, avec un orchestre et des danses, « Dewaruci » va faire découvrir Bali, Java, Sumatra, Irian Jaya, et flotter l’esprit du pays aux milliers d’îles. (Photo PN/Thibault Rousseau)
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Il est tout blanc, et le contraste entre le jaune canari et le bleu cobalt des uniformes de ses cadets accroche la rétine instantanément.
Dewaruci a fait un très long voyage, pour venir à Rouen. Le premier vers une France que ses marins découvrent avec les yeux d’une Asie dont le trois-mâts goélette de soixante mètres est le seul représentant.

Bois ciselé et patine du temps

« Ce qui nous a beaucoup touché, c’est l’accueil du public. Sur les berges du fleuve, et à notre arrivée à Rouen, malgré l’heure tardive. J’ai un peu l’impression d’être membre d’une nouvelle famille… » Le pacha du voilier, Didin Zainal Abidin, est tout simplement ravi.

Dans son carré où cohabitent mobilier et sculptures de cet immense pays aux milliers d’îles, on respire l’air de Bali et Java, d’Irian Jaya et de Sumatra. Même le café servi, l’inoubliable Kopi indonésien, laisse un délicat goût d’ailleurs dans la bouche. Et sur le pont, la cloche fêlée à force de sonner chaque heure, le bois ciselé dont la patine révèle les belles années passées en mer, les mâts décorés comme nulle part ailleurs, donnent à Dewaruci un cachet tout particulier.

Le commandant insiste sur les deux rôles essentiels du voilier : formateur des futurs officiers de marine, mais aussi ambassadeur d’un pays à l’histoire aussi riche que tumultueuse. « A titre personnel, j’ai aujourd’hui vraiment envie de découvrir votre culture, d’observer tout de près. Sur le fleuve, dont l’eau m’a semblée très propre, nous avons vu ces villages typiques, ces forêts, si différents des nôtres… Je ne sais pas comment dire : pour moi, tout est beau ! »

Pendant la durée de l’Armada, les hommes du bord ont quartier libre pour la découverte. « Nous n’avons que de petits travaux d’entretien à réaliser. Alors nous voulons aussi participer à notre manière. Il y a à bord un orchestre, et des danseurs… En Indonésie, nous aimons beaucoup la fête ». La nuit, le voilier sera illuminé, et les réceptions sur le pont donneront à l’entrée de la manifestation une tonalité.

Trente rassemblements

Dewaruci a écumé la planète, et parmi les trente rassemblements du monde qui figurent à son palmarès, Rouen semble déjà tenir une place particulière, à peine quelques heures après l’accostage. « Il n’y a guère que Port-Saïd ou Panama qui se déroulent le long d’un fleuve. Et pour nous le dépaysement est complet. Je veux voir Paris, votre ville historique… Quant à mes marins, plusieurs d’entre eux seront accueillis dans des familles de la région ».
Depuis 1952, date de sa construction en Allemagne, Dewaruci promène sa belle silhouette élancée. Avec en figure de proue, ce dieu d’une légende inspirée des grands poèmes épiques hindous, Ramayana et Mahabharata. Sur toutes les mers, en dansant la Javanaise…

Arnaud Faugère


 

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PLUS LOIN
Un voyage
de trois mois
Intarissable et vraiment amical, le lieutenant Gunawan Triatmojo raconte le périple de Dewaruci d’un bout de la planète à l’autre.

Parti à la fin mars de son port d’attache de l’est de l’île de Java, Surabaya la ville au nom si romantique, il a multiplié les escales sur plusieurs mers. « D’abord, nous avons fait escale à Djakarta — NDLR : la capitale indonésienne -, à l’occasion de cérémonies, puis un arrêt au nord de Sumatra, avant de se diriger vers Cochin au Kerala, l’ancien comptoir du sud de l’Inde fondé par Vasco de Gama. Remontée vers Oman, puis halte à Djedda, où certains ont fait un rapide voyage vers La Mecque. »

« Je suis un hadji maintenant ! » lance un Gunawan radieux, car l’Indonésie est à l’exception de l’hindouiste Bali, le plus grand pays musulman du monde.

Juste après, Port-Saïd, et la Tunisie où le jeune officier a visiblement apprécié les jardins à la française de la capitale, et Cadix la belle d’Espagne, dernière étape avant Le Havre où il a passé deux jours.