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Peu
importe la couleur du ciel, le moral de lArmada est au beau
fixe. Et pour cause : depuis hier, alors que le rassemblement des
grands voiliers ne commence officiellement quaujourdhui,
la foule sagglutine sur les quais de Rouen. Comme aimantée
par les premières coques
Cest quils sont revenus, tels les grands migrateurs.
Aussi majestueux. Aussi impressionnants. Fidèles. Hier, en
début daprès midi, le Belem pointe le bout de
ses mâts. Au fin fond du bassin Saint-Gervais, Colette et
Serge, venus de Malaunay, terminent, comme tous les quatre ans,
leur pique-nique. Presque seuls. « On vient ici parce quon
les voit manuvrer
» Sous le silo à
grain, un cargo salue au passage. Trois coups de corne, répond
lécho
Sur leau, une minuscule embarcation,
une poignée de musiciens à bord, accueille en musique
les géants. Image symbolique de lesprit qui règne
sur lArmada en cet endroit du port quasi désert. Soudain,
une masse blanche se détache de la verdure du Croisset
Sa majesté tourne lentement
Le Cuauhtemoc mexicain savance. Les marins, pulls rayés
barrés dun harnais, parfaitement alignés sur
le pont, font des signes de la main au public, en cadence. A hauteur
du silo, le voilier entame son évitement. En une fraction
de seconde, alors que le navire pivote, les marins grimpent dans
les vergues. Magnifique grappe. A bonne allure, et par larrière,
le Cuauhtemoc entre en ville. Et la foule le suit le long du quai.
Personne ne veut perdre une seule image de son accostage.
« Les marins là-haut, cest trop bien ! »
Aylil, sept ans, est fascinée. « Normal, son père
est capitaine au long cours pour une compagnie turque ».
Fabienne Mufcuoblu, sa maman, a dailleurs rencontré
son mari à Rouen, il y a quatorze ans, en visitant un cargo
avec ses parents. « Dès quon voit des bateaux
comme ceux là, lémotion survient. Nous ressentons
comme une sorte dappartenance. Vous savez, la mer, cest
une autre vie
»
La foule applaudit au jeté de passerelle du bateau mexicain,
tandis quau ras du pont Guillaume, quasi au centre ville de
Rouen, sa majesté Sagres II tourne lentement. Le trois-mâts
barque portugais se glisse entre les cents mètres du Mir russe
et lexotique Dewaruci indonésien. Images fabuleuses
que ces trois proues figées dans lalignement du pont.
La foule manifeste, de nouveau, son enthousiasme, spontanément
Du monde, encore, à larrivée des bateaux gris.
Près dune trentaine dhommes sactivent à
la manuvre sur la frégate française Primauguet.
Les ordres ponctuées des stridents sifflets pleuvent, secs
et précis. Le chasseur de mines hollandais Makkum, et ses
drôles dengins à ailettes intrigue les badauds
Quelques salves de canon retentissent sur le fleuve. Le Grand Tuk britannique,
réplique dun trois-mâts carré de lamiral
Nelson, entre en scène
Bon vent à lArmada !
JEAN-PIERRE BOULAIS
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