Sur la Belle
Poule, entre la cambuse haute et l'abri de navigation, un escalier
étroit dégringole à pic jusqu'à une
pièce minuscule, tout de suite à gauche. Défense
d'être bâti comme une armoire à glace, au risque
de rester coincé dans le chambranle de la porte. Bienvenue
dans le carré du commandant, le lieutenant de vaisseau
Christophe Monnier. En jauge pleine, l'officier peut accueillir
chez lui six personnes, au grand maximum. «
C'est là que je médite sur la solitude du chef »,
ironise le marin.
Le carré de la goélette est coquet, mais pas de
bois précieux sur les murs. «
Du pin. Rien d'exotique. Vous êtes sur un bateau de travail,
pas sur un yacht », insiste le commandant. Lors de
précédentes escales, l'endroit a vu défiler
des grosses huiles de la marine, des comédiens et des têtes
couronnées. Juan Carlos, le roi d'Espagne, a eu le privilège
d'entrer dans le carré magique.
Fenêtre sur jardin
Le décor est sobre. Une table, trois banquettes, des bronzes
de voiliers, une hélice de loch, une cloche et des feux
de navigation. Trois pipes aussi et une boite de cigares. Une
petite fenêtre attire le regard : «
Elle donne sur le jardin », s'amuse Christophe Monnier.
Il l'ouvre, et l'on découvre un bar. Quand il n'y travaille
pas, quand il a rangé ses cartes, le commandant aime écouter
de la musique. Dans un coin, à peine visible, est installé
un lecteur CD. Il se passe Gloria Estefan ou Mozart. La photo
de sa fiancée est en bonne place. Le commandant se marie
cet été.
Interdit au public, le carré n'est pourtant pas un sanctuaire.
« En mer, ma porte est toujours ouverte.
Si je veux être tranquille, je tire le rideau. L'essentiel
c'est toujours l'équipage. » Le commandant
de la Belle Poule n'a que deux mètres à faire pour
gagner sa chambre. Un endroit tout aussi riquiqui et tout aussi
interdit au public.
SERGE
ORTOLE