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La
puissante élégance du « Sagres II »
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| Depuis
le pont Guillaume, le public peut presque toucher du doigt les quarante-cinq
mètres de mâture du « Sagres II »,
voilier emblématique de la flotte portugaise. |
Le
"SagressII", coinstruit en 1937, se manoeuvre toujours
à l'ancienne. Pour son commandant en seconod, Antoinio Luis
Teixeria Pereira "le bateau a un comportement
admirable" (Photo PN/Jean-Marie Thuillier)
.
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La
croix portugaise sur toutes les voiles comme un défi au
vent, et une proue de squale, protègent ses marins des
plus terribles tempêtes.
Comme ces creux de douze mètres affrontés par le
Sagres II lors du passage d'un cyclone au large du Japon. Quatre
jours de bataille durant lesquels le commandant en second est
resté stoïque dans ses galons. «
Le bateau a un comportement admirable, on peut lui faire confiance.
»
Grosse frayeur toute de même ? Antonio Luis Teixeira Pereira
n'hésite pas une seconde : «
Non. » Tout le monde à bord fait au
moins sa prière dans cette situation ? « Non. »
Nostalgie et fado
La fierté de naviguer sur le trois-mâts barque emblématique
de la flotte portugaise transpire, Antonio considère d'ailleurs
que son affectation constitue un aboutissement. «
Ce navire, construit en 1937 à Hambourg est passé
de la flotte allemande à celle du Brésil, pour finalement
être racheté par la marine portugaise en 1962. Il
a fait quasiment deux tours du monde, visité quarante-cinq
pays ! »
Somptueux ambassadeur du Portugal, Sagres II se manuvre
toujours à l'ancienne, aux instruments depuis une triple
barre. Sa mâture de quarante-cinq mètres supporte
dix voiles rondes et treize autres de type latin, comme au XVe
siècle. Le rapport entre
sa grande longueur, près de 90 mètres, et sa largeur
de 12 mètres, lui confèrent une rare élégance.
La discipline à bord est évidemment rigoureuse comme
l'exige l'instruction technique et académique des cadets
de l'école navale. Mais derrière cette rigidité
apparente, qui rythme le quotidien des deux cents hommes du bord,
pointe la sensibilité.
« Les marins sont des sentimentaux,
des nostalgiques. Toujours. Comme tous les immigrants, nous, les
Portugais, avons parfois le mal du pays. » Dans ces
moments, il n'est pas rare que la plainte du fado monte doucement
vers les vergues. Antonio Luis Teixeira Pereira rejoint alors
cette banquette de bois verni où il aime s'isoler, à
l'abri de la dunette arrière. Et laisse un instant filer
son regard dans le sillage du navire.
Le soir, chacun se réconfortera
par la grâce des cuisiniers du bord.
Et si le vague à l'âme se fait ressentir
un lundi, le mal du pays sera forcément atténué
: c'est invariablement le jour de la « bacalhau a braz »,
plat préféré de l'équipage, savant
mélange de morue, pomme de terre, huile d'olive, ail, oignons
et olives noires.
Parmi les douze mille visiteurs accueillis chaque jour par le
Sagres II à Rouen, il en est peut-être qui, aujourd'hui,
se posteront près des cuisines.
JEAN-PIERRE
BOULAIS
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PLUS
LOIN
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| L'Infant
en proue |
La figure de proue très art-déco du Sagres II représente
l'Infant Henrique, dont une sculpture accueille d'ailleurs les invités,
au droit du carré des officiers.
L'Infant Henrique - 1394-1460 - est considéré comme
le grand ordonnateur des découvertes portugaises, ouvrant notamment
la voie à celle de Madère (1419), des Açores
(1439), du Sénégal (1444), de l'archipel du Cap Vert
(1456) et de la Sierra Leone (1460).
Sa devise « Talent de bien faire » est inscrite dans les
armoiries de l'école navale. L'Infant Henrique fit construire
un port au cap de Sagres, situé à l'extrémité
sud-ouest du Portugal. |
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