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| Cocktail sucré salé
sur les quais |
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| Il y a bien deux mondes
qui coexistent à l'Armada. Celui de la foule sur les quais,
et celui des invités aux cocktails, qui profitent d'un sésame
à l'échelle de coupée. |
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| Petits fours de rigueur pour
quelques priviligiés, ici, sur le pont du "Stad Amsterdam"
(Photo PN/Christian Cariat) |
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A bien y réfléchir,
l'Armada se vit sur deux plans bien distincts. A terre, où
les semelles et les jambes du public s'usent sur le béton des
quais.
Mais aussi de façon plus statique, sur les ponts des voiliers,
pendant des visites aux allures de processions, et au cours des dizaines
cocktails qui se déroulent chaque jour. Deux mondes à
part, séparés par la seule échelle de coupée,
qui fait à l'occasion passer du territoire français
à celui d'une autre nation en quelques secondes.
Du matin au soir sur les ponts
Champagne, petits fours et orchestre, un monde de privilèges
s'organise donc à bord des voiliers et bateaux gris, car les
précieux sésames qui donnent accès aux festivités
ne concernent qu'une minorité de la foule accueillie. «
Les bateaux privés coûtent cher, et le seul moyen de
rentabiliser leur voyage est d'en faire des salons en plein air, loués
par des entreprises et collectivités. »
Un commandant de bord néerlandais, le plus souvent à
l'extérieur du site ou dans son carré, se voit ainsi
envahi dès le petit-déjeuner, avant le roulement de
réceptions qui va durer toute la journée. «
J'ai loué une maison à l'extérieur de la ville,
surtout pour mes enfants qui sont à bord avec moi. Avec tout
ce monde en permanence, ils ne pourraient pas respirer. »
Stafaan Lynstam, pacha du Suédois Marité, se voit effectivement
envahi du matin au soir, et prend le large dès qu'il en a l'occasion.
Sur les bateaux militaires, c'est une tout autre histoire. Les réceptions
sont le plus souvent protocolaires, avec ambassadeurs et officiels
cravatés, femmes élégantes et militaires en grand
uniforme. L'autre particularité de ces cocktails relève
de la couleur locale. Sur ces bateaux, ambassadeurs au long cours
de leur pays, pas de traiteurs ni de musiciens de jazz du cru.
Exotisme et protocole
La cuisine mexicaine du Cuauhtemoc, le mezcal et la tequila locale,
ont disparu au rythme des guitares de mariachis, les satés
indonésiens du Dewaruci au son de musiques balinaises et javanaises,
la pastilla et le thé à la menthe du Raïs Charkaoui
marocain à la cadence du Maghreb, la vodka et les blinis du
Mir sur une tonalité bien slave.
Pendant ces moments de festivités ou d'exotisme sur invitation,
le public massé sur les quais n'approche qu'avec les yeux.
Comme une reproduction des cloisonnements d'une société,
il ne peut qu'envier, ou s'amuser du spectacle de ces libations. Surtout
au moment où d'aucuns se mettent à tanguer. Sur les
ponts, rares sont les regards qui s'égarent vers cet autre
monde à l'écart, celui qui reste à terre. En
plein air, les murs demeurent parfois palpables. |
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| Arnaud Faugère |
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