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Quand la fiction investit la réalité
Quatre équipes légères de cinéma tournent un long métrage dont le titre
sera peut-être « Libre Armada ». Quatre destins de jeunes filles bouleversés..
fiction
Aïssa Maiga — qui a notamment tourné avec Tanner et Michael Hanneke —, avec les marins du « Dewaruci » qui se sont prêtés au jeu, est un de ces personnages dont la vie va basculer complètement pendant l’Armada (photos PN)
.

Parfois, la fiction investit la réalité, et va même jusqu’à s’y entremêler. Voire à interférer, en devenant à l’occasion un moteur des matins et soirées.
Car cette année sur l’Armada, les cinéastes aussi ont débarqué. Quatre équipes légères, autant de réalisateurs et d’actrices, au centre de chacune de ces histoires qui se croisent sur le tournage d’un long métrage écrit et libre à la fois.

Extérieurs de rêve

Un décor tout fait, des extérieurs de rêve, une masse de figurants inespérée et autour des jeunes filles dont les destins basculent entre ciel et Seine, des marins que les caméras numériques adoptent comme autant d’acteurs du film. Au cinquième jour de l’Armada, commandants et équipages se prêtent toujours aussi volontiers au jeu, même si l’irruption d’une caméra sans sigle de la télévision suscite d’emblée toutes les questions.

Quelle histoire ? Sous quel titre ? La comédienne est-elle célèbre ? Pourquoi a-t-elle l’air si malheureux ? Dans tous les scénarios, une jeune fille voit sa vie bouleversée par le microcosme planétaire réuni sur les quais. Comme des vies en accéléré, dont la boussole soudain se dérègle. Comme un maëlstrom d’émotions, de sensations, prélude à des changements de cap radicaux.

C’est la cas pour Aïssa Maiga, actrice d’origine africaine, qui incarne dans le film une prostituée tentant d’échapper à un double joug : celui de son mac, sans doute, mais aussi celui du poids qui l’oppresse, de la souffrance traînée.

Dans une scène tournée en fin de soirée sur le Dewaruci indonésien, accueillie à l’échelle de coupée par un vrai lieutenant — enthousiasmé par cette irruption du cinéma dans sa vie, impressionné par la beauté pure de l’actrice -, elle trouve dans la danse et les éclairs du feux d’artifice de nouvelles ressources libératrices.

Une seconde peau de la réalité…

Le destin des trois autres personnages connaît des révolutions similaires : Chloé, fille d’un organisateur imaginaire, quitte la ville après que son fiancé a couché avec sa meilleure amie ; Stéphanie réussit à échapper à l’emprise d’un père autrefois blessé dans une rixe avec un marin ; Rachel filme pour une télé locale et s’ennuie, jusqu’à tomber amoureuse de l’image d’un homme capturée dans la foule…

On se dit finalement que cette fiction ressemble fort à la seconde peau de la réalité. Aux possibles dont chacun rêve, sans imaginer y accéder un jour. Aux images dont le cinéaste se nourrit, offertes en retour au public des salles obscures où elles trouveront un écho.

L’écho du grand large qui sommeille au fond de chacun. Le plus difficile étant toujours de larguer une personne, ou même son souvenir…

ARNAUD FAUGÈRE

«Libre Armada», titre provisoire, est un film des réalisateurs rouennais Franck Saint-Cast, Ingrid Gogny, Vincent Jaglin et du Parisien Jean-Marie Boulet, produit par un autre Rouennais, Thierry Carlier de Couleur films. Sortie prévue en septembre…



 

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