Johnny Clegg transpose l’Armada au Zululand
Armada 2003
Le chanteur Johnny Clegg incarne la lutte contre l’apartheid depuis les années quatre-vingt. Aujourd’hui, le «zoulou blanc» se bat contre la mondialisation.
Armada 2003
Johnny Clegg
Armada 2003
Disponible, patient et souriant, le «danseur guerrier» est toujours aussi altruiste (Photo PN/Christian Cariat)
Armada 2003
Johnny Clegg appartient à l’Histoire, à la légende et au présent. Hier, le «zoulou blanc» s’est invité à l’Armada de Rouen.

Cet Anglais, incarnant la lutte contre l’apartheid avec les groupes Juluka et Savuka au début des années quatre-vingt, est arrivé sur le bassin Saint-Gervais avec le sourire. Simplement vêtu (sweat et baggies) durant l’après-midi pendant les balances, avec quelques heures de décalage horaire dans les jambes, l’artiste est modeste et curieux. Il souhaite mieux connaître la capitale haut-normande, où il est déjà venu en1988 et1990.

Paris-Normandie: Vous intéressez-vous à la navigation, aux bateaux?
Johnny Clegg: Je suis un vrai… mauvais… navigateur («mort de honte», il se cache derrière ses mains). J’allais à la pêche avec mon père, au Cape Town (Afrique du Sud). Mais une fois, j’ai bien failli retourner le bateau. Depuis, je n’en fais plus. En revanche, je n’ai pas pu m’empêcher d’aller voir les voiliers amarrés sur les quais de Seine. Ils sont magnifiques. Je connaissais l’Armada de réputation, maintenant j’y suis!

P. — N.: Avez-vous entendu parler du mouvement mené par les intermittents du spectacle?
J. C.: J’ai vu quelques reportages à la télévision effectivement. Le gouvernement fragilise leur statut… C’est bien de cela dont il s’agit? Si c’est le cas, je crois qu’ils ont raison de se battre.

P. — N.: Quel est le message de votre dernier album, «New world survivor» (2003), maintenant que l’Afrique du Sud a obtenu son indépendance?
J. C.: Le contexte social est très difficile partout et pour tout le monde. Nous devons pourtant survivre. Mon disque propose des manières de se défendre.

P. — N.: Êtes-vous toujours aussi engagé? Quel est votre combat aujourd’hui?
J. C.: Je ne suis plus le militant des années quatre-vingt. Le monde est nouveau et, aujourd’hui, nous devons chercher un moyen de construire le XXIesiècle sans mettre en péril les traditions et les identités des peuples. La mondialisation, ça me fait peur. Ce principe ne répond pas aux attentes des gens. Tout le monde se pose des questions, des interrogations humainement profondes. Je pense que les populations ont besoin de valeurs sûres. Or, la globalisation n’en est pas une. Ce n’est pas en devenant de simples consommateurs que les gens trouveront leur véritable identité.

P. — N.: Pensez-vous que votre musique adoucit les mœurs?
J. C.: Elle donne des alternatives. Ma seule certitude: plus vous parlez de langues, plus vous faites tomber de barrières.
Armada 2003
PROPOS RECUEILLIS PAR JANE KOTB


 
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Armada 2003

Après dix ans d’éclipse, Johnny Clegg revient sur la scène rock avec un nouvel album, New world order. Hier soir, l’artiste a troqué son «costume de guerre» contre un complet noir et une guitare rouge. Le «Zoulou blanc» au nouveau look sérieux a transposé le bassin Saint-Gervais au Zululand.

«Je n’ai pas chorégraphié mon spectacle mais nous dansons toujours autant», prévenait-il hier après-midi au moment des balances. C’est vrai. «Il se dépense, la choriste aussi! Mais dites-moi, il n’aurait pas un peu grossi, Johnny?», demande Emmanuelle, une ancienne fan qui redécouvre Johnny Clegg, qui est à l’aise dans ce concert en plein air. «Si, si…», répond une dame dans le public, qui a du mal à reprendre les refrains. La spectatrice est quand même en accord avec le rythme: elle claque des doigts et tape des pieds.

L’artiste né en Angleterre mais vivant depuis toujours à Johannesburg, a interprété une dizaine de ses derniers titres mais il a tenu à faire plaisir au public de l’Armada. «Je suis conscient du fait que les gens viennent entendre les tubes des années 80», confiait-il avant de monter sur le podium de la Région. Les spectateurs ont donc marqué la cadence sur Scaterlings of Africa, Asibonanga, One Man, One Vote et d’autres morceaux qui ont incarné la lutte contre l’apartheid en Afrique du Sud.
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