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L’extraordinaire voyage du «La Fayette»
Armada 2003
La frégate française «La Fayette», très moderne «bateau gris», achève à l’Armada un formidable voyage de quatre mois, de conserve avec trois unités allemandes.
Armada 2003
la Fayette
Armada 2003
La frégate furtive «La Fayette» termine à l’Armada, après huit jours de mer depuis le Cap Nord. (photo PN/Alain Lefèbvre)
Armada 2003

«La signature radar du La Fayette n’est pas plus grosse que celle d’un chalutier. Ce n’est pas un secret: les plaisanciers peuvent s’en rendre compte…» Commentaire, tout sourire, d’un officier.

La frégate française La Fayette, mise en service en 1996 après quatre années d’essais, fut une pionnière mondiale de la «furtivité». Au point d’apparaître dans un «James Bond». Et, plus récemment et sérieusement, de se fondre dans la multitude des embarcations lors de l’opération Enduring Freedom de traque d’Al Queida en mer d’Oman.

Rideaux de maille

A peine le pied sur le pont du bâtiment de 125 mètres et 3.200 tonnes, l’hôte de la Marine nationale touche à cette fameuse furtivité: grands volumes lisses et inclinés, plages avant et arrière couvertes, pentes douces remplaçant les escaliers extérieurs, mâts pleins intégrant les cheminées, rideaux de mailles métalliques masquant, à babord et tribord, les alvéoles des embarcations de bord. Sans oublier ce que l’on ne distingue pas, et qui concourt aussi à rendre la frégate la plus discrète possible, en «vue» radar comme à l’écoute: matériaux absorbant les ondes radar, hélices ventilées, moteurs montés sur plots élastiques. Un navire de guerre de fin de XXesiècle-début de XXIe…

la Fayette
Le poste de commandement (photo PN/Alain Lefèbvre)

Le visiteur retrouve des repères plus classiques à la passerelle de commandement, à l’inattendue couleur vert sombre, plutôt «terrestre». Au centre, face au grand large, le siège du pacha, Hervé Denys de Bonnaventure, capitaine de vaisseau. Autour, les commandes, par joystick… habillé de cordelette bleu-blanc-rouge, des quatre Diesel de 21.000 ch, et des ailerons de stabilisation «très pratiques pour mettre en œuvre par mer forte notre hélicoptère Panther de lutte antinavire»… Plus que jamais, la haute technicité cohabite avec la tradition: dans la passerelle, un baromètre enregistreur du plus beau cuivre.

Notre guide présente les canons de 20 «en alerte contre toute embarcation suspecte, dans les détroits, comme à Gibraltar», les missiles mer-mer Exocet 40 avec leurs déflecteurs de flamme, les Crotale anti-avions, la tourelle de canon de 100 — portée 12 km — commandée depuis le central d’opérations, lorsque le La Fayette se mure en citadelle, toutes ouïes closes, pas une ombre sur le pont.

Mais le marin se fait poète, en évoquant le large du Danemark, les fjords de Norvège… Car la frégate furtive termine à l’Armada, après huit jours de mer depuis le Cap Nord, un magnifique voyage: quatre mois de travail avec le zerstörer (destroyer) Lutjens, la fregatte (frégate) Bremen et le pétrolier-ravitailleur Berlin, pour procéder à la formation, sur le La Fayette, de quelque 220 cadets allemands. Lisbonne, la Grèce, la Roumanie, Istambul, l’Italie, Malte, l’Irlande du Nord, l’Islande, la Norvège. De la gîte jusqu’à 16 degrés d’inclinaison, le baptême pour 140 hommes au passage du Cercle polaire, des baleines, après le site de l’antique bataille de Salamine et la Mosquée bleue…

Armada 2003
FRANÇOIS HENRIOT


 
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PLUS LOIN
La délicate question des anniversaires
Armada 2003

Les «moments forts» ont été nombreux, à bord du La Fayette, lors ce plus long exercice naval franco-allemand depuis douze ans: exercice Mare aperto (Mer ouverte) avec une quinzaine de nations de l’Otan (cinquante bateaux dont des Américains et Britanniques) au large de l’Italie, chenalage en se faufilant sous les câbles électriques entre les Iles Féroé, première escale d’un navire de la Marine nationale en Irlande du Nord depuis une trentaine d’années, passage du détroit des Dardannelles. «Mais, au sujet de la bataille de 1915 des Alliés contre les Turcs et les Allemands, nous nous en sommes tenus au récit des faits, à cause de la présence à bord de nos alliés allemands d’aujourd’hui» explique un officier du La Fayette.

Même attitude pour les autres grandes dates historiques, lors de cette opération franco-allemande 2003, les 6juin et 18juin: «Nous avons fait des communications sur le Débarquement et sur l’Appel du général de Gaulle envers l’équipage français. Pas de cérémonie particulière, puisque des Allemands étaient avec nous, et que notre travail est de réconciliation avec l’Allemagne.» Pas de précautions politiquement correctes en revanche vis-à-vis du 4juillet. Aujourd’hui, la date anniversaire de la Déclaration d’indépendance des Etats-Unis d’Amérique, en 1776, une indépendance à laquelle contribua tant le marquis de La Fayette, vainqueur de la bataille navale de Yorktown! Cette victoire est également célébrée à bord de la frégate française.
Armada 2003