LE PROGRAMME OFFICIEL
116 pages en couleurs :
une mine de renseignements pour tout savoir sur l'Armada. En vente sur le site.
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Quais des amours
Armada 2003
Le dernier matin de l’Armada, les quais se transforment en feuilleton de série B: «Ce n’est que pleurs, cris et mouchoirs des demoiselles» explique Patrick Herr, président de l’Armada, qui se qualifie non sans une certaine fierté d’agence «matrimoniale». Image mythique de la «Révolte du Bounty», envie d’exotisme ou pure ambition, les motivations de ces groupies maritimes sont diverses. Et les dénouements aussi: dépit amoureux, chagrin passager ou mariage. «Depuis 1989, j’ai marié 11 couples: certains sont restés vivre ici» reprend ce dernier. Carlos et Isabelle en font partie. Le cadet argentin du Libertad a mouillé l’ancre à Canteleu.
Armada 2003
Romance à l’eau de mer

Armada 2003
Esteban et Anna-Laure devant le voilier chilien "l'Esmeralda"
Armada 2003
Il est minuit. La nuit a enveloppé de ses voiles obscurs, la mâture de l’Esmeralda. Une brise légère vient caresser la proue du navire. 

Au loin, on entend les rires s’échappant du cocktail qui bat son plein dans les cabines. Pourtant, Esteban et Anne-Laure sont seuls au monde.

Voilà le décor planté. Ce prélude, digne de Barbara Cartland, meuble les nuits évanescentes de nombreuses rêveuses. Ici, à Rouen on le vit.

Cœur en mer pieds sur terre

L’Armada est un peu le rendez-vous galant des marins en goguette et des jeunes filles en fleur. 

Esteban est chilien, Anne-Laure normande. Ils se sont rencontrés mi juin, lors d’un cocktail sur le bateau école Esmeralda où Esteban fait ses classes. «Cette soirée, je m’ennuyais un peu: toutes les miss étaient présentes et les marins avaient les yeux qui leur sortaient des orbites.Je me suis mise à l’écart et il était là, dans la même situation que moi. On a parlé pendant 6heures. On avait tellement de points commun».

Les voyages, l’envie d’ailleurs surtout: «je pense que, quelque part, l’uniforme joue. Ce sont des hommes à part, qui ont la saveur de l’exotisme».

Depuis, la jeune fille, bénévole de l’association Armada, au hangar n°1, contemple le fleuve d’un air lointain. «On s’écrit tous les jours, mais j’ai envie d’être avec lui».

Anne-Laure partira rejoindre son navigateur à Londres, où il fait escale en juillet. Au Brésil, prochaine étape, ça sera plus difficile.

Le cœur en mer, Anne-Laure a pourtant les pieds sur terre: «Je ne vais pas l’attendre toute ma vie. Je ne pense pas trop à l’avenir: je vis une belle histoire. Triste mais belle. Et quoi qu’il arrive, ça restera un merveilleux souvenir».

Comme Anne-Laure «venue admirer les bateaux et repartie avec un marin», des dizaines de jeunes filles tombent dans les filets d’hommes mariés à la mer.
Miss Rouen comprise, séduite par un marin chilien. Les marins de l’Esmeralda ont décidément beaucoup de succès.
Armada 2003
Céline Poure


 
PLUS LOIN
Les larmes amères
Armada 2003

Agnès et Abdelhamid témoignaient de leur bonheur. «Un conte de fées», disaient-ils à Paris-Normandie en avril 2000, parlant de leur rencontre sur les quais de Rouen et du mariage qui a consacré l’union de cette Sottevillaise et de son marin tunisien, le 31décembre 1999, six mois après L’Armada du siècle. Aujourd’hui, Abdelhamid arpente les quais de l’Armada et raconte à qui veut bien l’écouter le naufrage de ce mariage. En instance de divorce, le couple se déchire sur fond de flonflons, de feux d’artifices, de marins en goguette qui croisent des filles en quête de frissons. «C’est sûr, si nous ne nous étions pas rencontrés à l’Armada, nous aurions sans doute pris davantage le temps de nous connaître», constate l’ancien second-maître du Khairedine.

«Victime de mon uniforme»

«Pour moi, il a quitté la marine», dit Agnès le regard encore plein d’amour et de regrets. «C’était ça, ou alors, on ne se voyait pas pendant des mois. Et j’étais très amoureux», se souvient Abdelhamid.

Il a alors 24 ans. Electrotechnicien sur ce navire école tunisien, il voyage depuis 5 ans sur les mers du globe: «Quand j’ai vu Agnès, cela a été un coup de foudre». Elle a 36 ans et trois enfants, âgés alors de 12, 14 et 16 ans: «Je n’étais pas venue chercher un mari et là, je rencontre l’amour».

Ils passent ensemble les quatre derniers jours de l’Armada. Puis elle le retrouve à Brest avant de partir en Tunisie, rejoindre son amoureux. Agnès n’est pas seule. Ses trois enfants l’accompagnent. «Cela se passait très bien», raconte Abdelhamid. «Un vrai rêve», poursuit-il. C’est à l’issue de ce voyage que se pose la question du mariage. «Il a insisté», se souvient Agnès. «Mais sans mariage, je reprenais la mer», rétorque le marin. Alors, il épouse Agnès, quitte la marine tunisienne et prépare son départ pour la France. Mais leur amour résiste mal au déménagement. Abdelhamid s’inscrit dans une agence d’intérim. «J’ai toujours travaillé mais je ne gagne pas beaucoup d’argent. Et les demandes d’une famille de 5 personnes sont grandes», raconte le jeune homme. Agnès ne supporte pas qu’il retourne seul en Tunisie et sent son époux lui échapper. «Ce n’était plus comme avant. Il n’était plus aussi doux, prévenant». L’histoire tourne même vinaigre. Et c’est devant un avocat que l’idylle de l’Armada doit maintenant trouver une issue.

Depuis quelques mois, Abdelhamid vit seul à Oissel. Agnès espère qu’il va revenir: «Je l’aime» dit-elle encore. «C’est impossible de revenir en arrière. Je me sens piégé comme si j’avais été victime de mon uniforme.», témoigne Abdelhamid. Effondrée, Agnès veut encore croire à son conte de fées.

P.B.

Armada 2003