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Chaque
jour, devant le Grand Turk, rive gauche, Charlie Smith sactive
sur un drôle dappareil. A 75 ans, cet ingénieur
anglais aux allures de gentil flibustier intrigue avec sa « rope
making machine », un engin conçu pour tresser des cordes.
Un chapeau de paille vissé sur la tête, des yeux pétillants,
un sourire perdu dans une barbe broussailleuse : Charlie a tout
du vieux loup de mer.
Mais sil nest pas marin, il est intarissable quand il
évoque sa passion : les nuds et la fabrication des
cordes « à lancienne. » Son cordier,
il la fabriqué lui-même, à partir de pièces
dorigine « mangées par la rouille ou complètement
pourries », dit-il dune voix douce.
Des gestes oubliés
Deux montants de bois lestés, des rouages, des crochets,
une manivelle : lorigine de lengin, rustique, « remonte
au XIIIe siècle ; il nen existe plus que quatre en
Angleterre à ma connaissance. » Voilà quatre
ans que Charlie a croisé la route du Grand Turk. Le National
Trust, organisme anglais chargé du patrimoine historique,
avait alors loué le trois-mâts pour récolter
des fonds. Depuis, il vit « la moitié du temps sur
le Turk, lautre à Chelmsford, dans lEssex ».
A bord, que des amis.
Chaque escale du navire est loccasion dune démonstration.
Histoire de se souvenir du travail des marins avant larrivée
des machines automatisées. « Il fallait parfois
jusquà soixante hommes pour tresser les plus grosses
cordes. » Avec habileté, il répète
des gestes oubliés : « il ne faut pas que toutes
ces choses se perdent trop vite. »
Sur le quai, quand Charlie ninvite pas les enfants à
tresser un filin quils peuvent emporter pour une somme modeste,
il impressionne leurs parents par sa dextérité à
élaborer toutes sortes de nuds marins. Il retrouvera
son public lors des fêtes de Noël à Chelmsford.
Avec un grand sourire, il explique : « je joue le Père
Noël. Avec ma barbe, vous comprenez
»
VINCENT GRANIER
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