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A
Rouen, le quai de tous les espoirs
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Avec un peu damertume, et parfois
des larmes dans les yeux, les Rouennais ont laissé filer les
marins avec pleins de souvenirs et les grands voiliers vers dautres
mers.
. |
Sous
un ciel laiteux, les navires quittent le port normand
non sans laisser quelques nostalgiques (Photos PN/Alain Lefebvre)
. 
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7
h 10. Bannière russe flottant à la poupe, le grand
Mir retrouve toute sa dimension en sécartant du quai,
rive gauche.
Le trois-mâts de Saint-Pétersbourg laisse apercevoir,
de lautre côté de la Seine, le Sagres portugais,
dont les marins sont déjà dans les vergues, sous
un ciel laiteux.
Pourtant, des cadets russes restent à terre. Ils ont fait
place à des passagers et réembarqueront au Havre.
« A Rouen, nous avons rencontré de good people,
des gens bien, qui montraient quils étaient contents
de nous voir », résume lun des jeunes,
lair concentré.
Les gars du Mir resserrent le groupe en attendant leur
autocar.
Silhouettes bleues, chacun porteur dune grande bouteille
verte de soda américain. Une femme, téléphone
à loreille, explique : « Mikhaïl a
emporté du calvados et du camembert
»
« Vive la France ! »
Rive droite, beaucoup de monde devant le Christian Radich au pont
et superstructures encombrés de passagers à lair
gauche. Maurice, du groupe antillais de Normandie Boi-Mannyok,
secoue soudain ces bipèdes en soufflant à pleins
poumons dans une coquille de lambi, un méga bigorneau des
îles ensoleillées.
Vers 8 h, la foule se met à grossir, affluant et refluant
selon les départs. La frégate La Fayette va appareiller,
en tête de site, là où se concrétise
la notion de Port de Rouen. La Marine nationale aligne ses femmes
et hommes sur le pont, devant une affluence dense rassemblant
familles idéales, fêtards, amoureux, professionnels
dressant déjà un bilan « business »
de leurs contacts, responsable policier ayant lil
à tout.
Du Tenacious anglais permettant à des handicapés
de naviguer, monte un vibrant « Vive la France !
», à destination du La Fayette !
« Prêt à larguer ! » Dune écoutille,
un sous-officier énonce, en articulant clairement : «
Mesdames, Messieurs, au revoir, et merci pour votre accueil
! » Applaudissements. Cinq coups de sirène. Cette
réflexion dun spectateur : « Merde, ça
fait un grand vide ! » Le La Fayette séloigne
en effet rapidement, laissant le public bras ballants.
Lhymne allemand prend le relais de la Marseillaise avec
le passage du Lutjens. Séquence symbole dune des
facettes de cette Armada : Français et Allemands opérant
de conserve
Bami goreng rock
Il faut sy résoudre, ils partent tous, sans voiles
mais avec parfois des marins haut perchés, comme ceux du
Dar Mlodziezy, saluant Rouen dun « Hourra !
». Une fanfare interfère joyeusement avec le bagad
de Lann Bihoué jouant pour le populaire Primauguet : les
Indonésiens apportent leurs ultimes notes de fraîcheur
festive depuis leur Dewaruci. Ricky Martin au xylophone par des
cadets dansant sur les vergues. Bami goreng rock !
File enfin le Cuauhtemoc. Magdalena, drapeau mexicain à
bout de bras, court sur le quai. Le grand voilier emmène
vers le large son ami Jesus, dont elle conserve précieusement
lettres et casquette dans son sac. « Je le reverrai au
Mexique. A Noël. » La jeune fille brune a déjà
les yeux tournés vers lAmérique
FRANCOIS HENRIOT

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