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Et vogue l’Armada…

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L'Armada prend le large après une parade somptueuse
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Le vent contraire n’a pas permis à la flottille de l’Armada de hisser les voiles au large du Havre. Après une parade en Seine somptueuse.

Au large du Havre, le catamaran d’Olivier de Kersauson trace sa route contre le soleil couchant. Un mât aussi haut que ceux du « Sagres II » et une popularité tentaculaire.

Tapi au sein du peloton lors de la descente de Seine, celui que les marins indonésiens appellent « Super Sailor » laisse tout le monde loin derrière dès les premiers embruns. Question de standing.

Les bateaux gris filent…

La meute d’esquifs venue jusque sous le pont de Normandie à la rencontre des voiliers s’est évaporée. La mer est plate comme une journée sans Armada…

Sur le « Sardinia Vera » de « Transmanche Ferries », exceptionnellement détourné de sa liaison Dieppe-Newhaven pour suivre la parade, les passagers scrutent l’horizon. Au centre de ces ronds dans l’eau, une interrogation : il s’en vont, c’est certain, mais vont-ils mettre les voiles ?

Les bateaux gris filent un à un, alors que les trois-mâts se détachent dans l’axe du chenal.

« Rien, pas de voiles ! ». Vissés aux jumelles, comme des vigies, c’est à qui annoncera le premier la bonne nouvelle. Mais elle tarde. Et l’espérance faiblit, malgré les accords festifs du Brass Band de Normandie.

Le « Sagres II » passe, la maquina à plein régime. Et la rumeur se répand comme une traînée de poudre sur les fûts des canons du « Grand Turk » : les vents sont contraires. La fête est bien terminée…

Seul le « Cuauhtemoc »


Pas tout à fait, car une clameur monte de bâbord : « En voilà un ! » Le « Cuauhtemoc » mexicain brave les sautes d’humeur d’Eole. Il sera le seul !

Restent les somptueuses images de la descente de Seine, si élégante façon de retarder la séparation. L’émouvant départ de Rouen au petit matin, puis la lente procession sous le soleil. Et cette foule qui fait la ola au passage de voiliers, et trouve la corne de brune en récompense.

Ce remerciement dans toutes les langues au passage de Canteleu. Cette marseillaise montant au détour d’une boucle du fleuve. Deux immenses rubans qui s’étirent sur les rives, et lâchent prise à la naissance de l’Estuaire.

Les embarcations de toutes sortes prennent vite le relais, la Seine ressemble à une autoroute aux heures de pointe.

La nostalgie du départ s’estompe alors à l’idée de naturelles retrouvailles : le public reprend la route, repu de sensations. Les marins reprennent la mer, rassasiés de marques d’affection.

Sur les quais de Rouen, quelque chose manque…

JEAN-PIERRE BOULAIS



 

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