Paris-Normandie 02.10.2003

« Mon départ, une chose très simple »


Comme il l'avait voulu, Vincent Humbert s'en est allé hier vers son paradis blanc. Une cérémonie d'une grave intensité a réuni les proches du jeune tétraplégique de l'Eure.

La modeste église Notre-Dame des Sables, à Berck-Plage, voit ses briques recouvertes d'une robe de peinture rose. Sa charpente en bois, fin XIXe, évoque le style chalet. Mais rien n'y fait.

Hier après-midi, à l'instant des obsèques de Vincent Humbert, tout martèle la tristesse, la souffrance, le deuil. Les volets des appartements d'été sont clos. Les manèges ne tournent plus. Dans les rues, roulent les fauteuils des blessés et handicapés, sous la pluie fine et drue.

Peu avant 15 h, arrive le cercueil de l'ancien pompier de l'Eure, tétraplégique, muet et sourd après un accident de la route. Depuis le monumental Centre hélio-marin juché sur les dunes où Vincent a connu trois ans de survie face à la mer grise et au ciel immense, le convoi n'a guère eu que deux kilomètres à parcourir.

Les Berckois emplissent l'église derrière la famille Humbert, d'une dignité totale face à l'autel entouré de glaïeuls rouges et roses.

Dans le paradis blanc

Tintent soudain les notes cristallines de la chanson fétiche de Vincent, portant la voix de Michel Berger : « Je m'en irai dormir dans le paradis blanc, où les nuits sont si longues qu'on en oublie le temps. »

Le curé doyen de Berck-sur-Mer, Jean-Pierre Hochart, enchaîne, devant plus de 500 personnes, par le premier d'une dizaine de chants de cette cérémonie simple et intense, d'une heure : « N'aie pas peur, laisse-toi regarder par le Christ. »

Laurent et Guillaume, les frères de Vincent disposent leurs propres flammes près du cercueil de Vincent.

Francis, leur père, lit un texte choisi par le défunt, précisant « C'est lui, Vincent, qui parle. » Par cet intermédiaire, la voix du garçon dont la maman, Marie, a voulu abréger le calvaire, s'élève sous la nef de bois : « Que mon départ ne soit pas une souffrance pour vous, ne soit pas une cause de regret, de lamentation de l'âme. » Vincent dit partir vers le « pays de vie, de lumière, de paix et d'amour. Prenez mon départ comme une chose très simple, très naturelle. »

« Pas à nous de juger »

L'abbé Hochart explique : « Vincent nous a quitté comme il le souhaitait. Ce n'est pas à nous de juger. Qu'aurions-nous fait à sa place, quand la relation aux autres est presque inexistante ? »

Le prêtre demande de penser aussi aux familles de malades et handicapés, aux soignants et aux sauveteurs. Il conclut : « Quelqu'un meurt, et c'est comme un silence qui hurle. Mais si ce silence nous aidait à comprendre la fragile musique de la vie ? »

L'homme d'Eglise confie la vie de Vincent à Dieu, « avec solennité et affection ». La foule défile lentement devant le cercueil. Jacques et Bernadette Chirac ont fait déposer leur gerbe, de roses blanches et roses. Leur fille Claude a la sienne, signée.

Marie Humbert éclate en sanglots. Pendant quelques secondes, la famille et tous ceux qui lui ont permis d'arriver sereine n'y peuvent rien. Puis les Humbert et leur jeune disparu prennent la route d'Abbeville pour l'incinération. La pluie les accompagne. Mais aussi le cœur des gens du Nord et de Normandie.

FRANCOIS HENRIOT. 

 
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