Paris-Normandie 26.09.2003

Eddy, même destin brisé que Vincent


Dans l'Eure, une famille vit le même drame que les Humbert. Depuis deux ans, Eddy ne peut plus que cligner d'un œil. Sa mère soutient celle de Vincent et son geste d'amour.

Vincent Humbert n'est pas un cas isolé. Et sa mère, après le geste dont elle porte aujourd'hui la responsabilité, a vécu un calvaire que partage la famille De Somer installée dans l'Eure, près de Bourgtheroulde, depuis le mois d'août 2001.
A cette date, Eddy a 23 ans, et l'accident qui d'abord le plonge dans un profond coma, finit par le conduire au même état végétatif que celui du garçon dont la mère a craqué.

« Je suis avec Marie »

Dans cette histoire tragique et médiatisée jusqu'à la rendre exemplaire, il n'existe pourtant aucun exemple, aucune morale, aucun jugement qui atteigne les profondeurs du drame humain.
Michèle De Somer, son mari Dominique et leurs deux autres enfants Sébastien et Laura, ont eux aussi espéré pendant des mois le retour du grand Eddy, après le choc initial.


Eddy, 25 ans, ne vit que par l'affection d'une famille et d'une mère
qui met tout son amour dans chaque geste


Aujourd'hui, Michèle soigne son fils à la maison, et pense à Marie. « Je suis avec elle, et je soutiens ce qu'elle a fait. C'est un geste d'amour, ça ne peut pas être autre chose ! Il ne faut pas la punir, elle a eu le courage de ne pas écouter tous les discours politiciens, si loin de notre réalité. Elle doit être dans un état épouvantable. »

Michèle a peur. De la porte qui pourrait se fermer à une évolution des mentalités. Des discours politiques où elle entend plus de démagogie que de compassion, voire de compréhension d'un problème que des pays voisins abordent de front.

« De nombreuses familles sont dans notre cas, et il faudrait peut-être que la France se réveille. Face à nous, il y a un mur. Celui de Berlin est tombé, mais j'ai bien peur que nous continuions à nous cogner à celui-ci. »

« Je n'ai pas eu le courage »

L'histoire du fils aîné des De Somer ressemble presque douleur pour douleur à celle de Vincent Humbert.

« Eddy était lui aussi à Berck, et nous nous sommes sûrement croisées avec sa mère. Mais les conditions étaient trop horribles là-bas, les locaux épouvantablement vétustes, les soins quand ils voulaient, alors nous l'avons ramené à la maison le 16 janvier dernier. Mais c'est un peu un mort vivant. »
La mort, elle n'a cessé d'y penser.

« Je n'ai pas eu le courage de Marie. Ni même celui de l'évoquer devant Eddy. Mais c'est là. J'ai moi aussi écrit au président de la République, en octobre 2002, mais son secrétariat m'a répondu que l'euthanasie n'était pas tolérée dans ce pays ».

La colère pointe dans le ton de la mère blessée, épuisée par ce quotidien suspendu à une respiration. « Qu'on ne vienne pas me dire que c'est la volonté du seigneur, je n'y crois plus. On devrait faire une loi là-dessus, car les médecins sont aptes à juger de la nécessité d'une euthanasie ».
Combien de temps une telle situation, déstabilisante pour toute une famille, peut-elle durer ?

« J'ai quand même 50 ans, mon mari aussi, et il n'est pas question de léguer ce problème à nos autres enfants. Laura, qui l'adorait, elle ne peut même pas en parler. »

La petite sœur confirme du regard. Eddy est à côté, dans une chambre dont il ne sortira jamais, entre une vie sans avenir et une mort refusée.

Arnaud Faugère

 

« Mon bébé, tu souris »

Dans la petite chambre du pavillon à la campagne, le grand jeune homme allongé est rasé et habillé comme s'il allait sortir. Mais seul le clignement de sa paupière gauche signale la vie. « Mon bébé, tu souris. »

Un moment calme de la journée, hier, où Michèle lui caresse la joue. Emotion presque insoutenable pour l'étranger en ce lieu. Et pour elle, des nuits comme un cauchemar en boucle. « Il respire par trachéotomie, et je dois le bouger toutes les deux ou trois heures pour éviter les escarres, aspirer les glaires quand il ne peut plus respirer. Il souffre. Quand c'est trop, il se mord la lèvre. »

Nourri par sonde gastrique, en permanence sous antibiotique (le jeune homme souffre de complications pulmonaires) Eddy n'a plus de vie. Juste l'attention d'une famille, d'une mère qui lui cale les jambes et la tête, met tout son amour dans chaque geste, comme pour animer un peu l'immobile.

Reste le sport réclamé sur l'écran de télé, mémoire d'un garçon plein de vie, dont témoignent les photos accrochées au mur. Michèle a quitté son travail, son mari routier se ronge chaque jour les sangs au volant. Ils attendent, mais quoi ?

 
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