Dans l'Eure, une famille vit le même drame que
les Humbert. Depuis deux ans, Eddy ne peut plus que cligner d'un il.
Sa mère soutient celle de Vincent et son geste d'amour.
Vincent Humbert n'est pas un cas isolé. Et sa mère, après
le geste dont elle porte aujourd'hui la responsabilité, a vécu
un calvaire que partage la famille De Somer installée dans l'Eure,
près de Bourgtheroulde, depuis le mois d'août 2001.
A cette date, Eddy a 23 ans, et l'accident qui d'abord le plonge dans
un profond coma, finit par le conduire au même état végétatif
que celui du garçon dont la mère a craqué.
« Je suis avec Marie »
Dans cette histoire tragique et médiatisée jusqu'à
la rendre exemplaire, il n'existe pourtant aucun exemple, aucune morale,
aucun jugement qui atteigne les profondeurs du drame humain.
Michèle De Somer, son mari Dominique et leurs deux autres enfants
Sébastien et Laura, ont eux aussi espéré pendant
des mois le retour du grand Eddy, après le choc initial.

Eddy, 25 ans,
ne vit que par l'affection d'une famille et d'une mère
qui met tout son amour dans chaque geste
Aujourd'hui, Michèle soigne son fils à la maison, et pense
à Marie. « Je suis avec elle, et je soutiens ce qu'elle
a fait. C'est un geste d'amour, ça ne peut pas être autre
chose ! Il ne faut pas la punir, elle a eu le courage de ne pas écouter
tous les discours politiciens, si loin de notre réalité.
Elle doit être dans un état épouvantable. »
Michèle a peur. De la porte qui pourrait se fermer à une
évolution des mentalités. Des discours politiques où
elle entend plus de démagogie que de compassion, voire de compréhension
d'un problème que des pays voisins abordent de front.
« De nombreuses familles sont dans notre cas, et il faudrait
peut-être que la France se réveille. Face à nous,
il y a un mur. Celui de Berlin est tombé, mais j'ai bien peur
que nous continuions à nous cogner à celui-ci. »
« Je n'ai pas eu le courage »
L'histoire du fils aîné des De Somer ressemble presque
douleur pour douleur à celle de Vincent Humbert.
« Eddy était lui aussi à Berck, et nous nous
sommes sûrement croisées avec sa mère. Mais les
conditions étaient trop horribles là-bas, les locaux épouvantablement
vétustes, les soins quand ils voulaient, alors nous l'avons ramené
à la maison le 16 janvier dernier. Mais c'est un peu un mort
vivant. »
La mort, elle n'a cessé d'y penser.
« Je n'ai pas eu le courage de Marie. Ni même celui de
l'évoquer devant Eddy. Mais c'est là. J'ai moi aussi écrit
au président de la République, en octobre 2002, mais son
secrétariat m'a répondu que l'euthanasie n'était
pas tolérée dans ce pays ».
La colère pointe dans le ton de la mère blessée,
épuisée par ce quotidien suspendu à une respiration.
« Qu'on ne vienne pas me dire que c'est la volonté du
seigneur, je n'y crois plus. On devrait faire une loi là-dessus,
car les médecins sont aptes à juger de la nécessité
d'une euthanasie ».
Combien de temps une telle situation, déstabilisante pour toute
une famille, peut-elle durer ?
« J'ai quand même 50 ans, mon mari aussi, et il n'est
pas question de léguer ce problème à nos autres
enfants. Laura, qui l'adorait, elle ne peut même pas en parler.
»
La petite sur confirme du regard. Eddy est à côté,
dans une chambre dont il ne sortira jamais, entre une vie sans avenir
et une mort refusée.
Arnaud Faugère