Paris-Normandie 26.09.2003

Un élan de solidarité à Francheville


Le moins que l'on puisse dire, c'est que le geste désespéré de Marie Humbert envers son fils Vincent, tétraplégique sourd et muet à la suite d'un accident survenu à Verneuil-sur-Avre le 24 septembre 2000, a déclenché une vague de solidarité à Francheville, dans l'Eure, commune où a vécu la famille Humbert durant de nombreuses années. A vrai dire, rien d'étonnant à une telle réaction, tout le monde ou presque connaissait les Humbert.

Que les souffrances s'arrêtent

« Marie et Francis ont tenu la supérette en plein centre bourg de Francheville pendant de nombreuses années. Le père a été président du club de tennis », révèle le maire José Haas qui fut également l'instituteur de Vincent mais aussi de ses deux frères, Laurent et Guillaume. Ceci dit, le premier magistrat ne veut pas s'étendre sur l'acte en lui-même.

D'autres Franchevillais sont en revanche plus loquaces. « A la place de Marie Humbert, j'aurais fait pareil », explique Frédéric Charrier, un ami de Vincent, comme lui sapeur-pompier volontaire.

« Il faut bien que les souffrances s'arrêtent un jour. » Le témoignage du lieutenant Gasnier, chef du centre de secours des sapeurs-pompiers de Breteuil-sur-Iton et sous les ordres duquel Vincent Humbert a servi durant quelques années, prend une dimension particulière. Surtout venant d'un homme dont la vocation première est de sauver des vies.

« Difficile de commenter et encore moins de juger l'acte de Marie Humbert à une date symbolique comme le 24 septembre. Mais Vincent voulait en finir », reconnaît le chef du centre de secours. « Certes, notre raison d'être est de servir mais nous ne sommes pas des êtres exceptionnels, simplement des hommes comme les autres. Il peut arriver que l'un d'entre nous veuille en finir avec l'existence en situation extrême. Ceci dit, si l'avocat de Marie Humbert me demande de témoigner, je le ferai et resterai disponible pour elle. »

« Absolument terrible »

Dans le quartier du Joncheray, situé près de la route de Verneuil, là où la famille Humbert a résidé quelques années, un autre soldat du feu qui entend rester anonyme « par respect pour Vincent » apporte son soutien à Marie Humbert. « Quand je vois les photos avant son accident et celles prises dans sa chambre d'hôpital, je comprends tout à fait son geste. De toutes façons, c'était il y a trois ans qu'il devait mourir. »

Un peu plus loin dans le lotissement, c'est le même son de cloche. « Paralysé, sourd, aveugle, c'est absolument terrible. C'est pour cette raison que l'on devrait lui accorder le droit d'en finir », confie Pascal Fosse, un ami de Laurent Humbert qui, par ricochet, a côtoyé Vincent.

On ne pense guère différemment en centre-bourg. Seul le ton, plus polémique, diffère. « C'est un geste que je comprends », déclare Jean Grisolet. « Mais au moment la date anniversaire de l'accident et de la parution d'un livre sur ce sujet, certains avaient intérêt à ce qu'elle passe à l'acte. » Une opinion partagée par bien des Franchevillais.

Pascal Audoux

 
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