Le moins que l'on puisse dire, c'est que le geste désespéré
de Marie Humbert envers son fils Vincent, tétraplégique
sourd et muet à la suite d'un accident survenu à Verneuil-sur-Avre
le 24 septembre 2000, a déclenché une vague de solidarité
à Francheville, dans l'Eure, commune où a vécu
la famille Humbert durant de nombreuses années. A vrai dire,
rien d'étonnant à une telle réaction, tout le monde
ou presque connaissait les Humbert.
Que les souffrances s'arrêtent
« Marie et Francis ont tenu la supérette en plein centre
bourg de Francheville pendant de nombreuses années. Le père
a été président du club de tennis », révèle
le maire José Haas qui fut également l'instituteur de
Vincent mais aussi de ses deux frères, Laurent et Guillaume.
Ceci dit, le premier magistrat ne veut pas s'étendre sur l'acte
en lui-même.
D'autres Franchevillais sont en revanche plus loquaces. « A la
place de Marie Humbert, j'aurais fait pareil », explique Frédéric
Charrier, un ami de Vincent, comme lui sapeur-pompier volontaire.
« Il faut bien que les souffrances s'arrêtent un jour. »
Le témoignage du lieutenant Gasnier, chef du centre de secours
des sapeurs-pompiers de Breteuil-sur-Iton et sous les ordres duquel
Vincent Humbert a servi durant quelques années, prend une dimension
particulière. Surtout venant d'un homme dont la vocation première
est de sauver des vies.
« Difficile de commenter et encore moins de juger l'acte de
Marie Humbert à une date symbolique comme le 24 septembre. Mais
Vincent voulait en finir », reconnaît le chef du centre
de secours. « Certes, notre raison d'être est de servir
mais nous ne sommes pas des êtres exceptionnels, simplement des
hommes comme les autres. Il peut arriver que l'un d'entre nous veuille
en finir avec l'existence en situation extrême. Ceci dit, si l'avocat
de Marie Humbert me demande de témoigner, je le ferai et resterai
disponible pour elle. »
« Absolument terrible »
Dans le quartier du Joncheray, situé près de la route
de Verneuil, là où la famille Humbert a résidé
quelques années, un autre soldat du feu qui entend rester anonyme
« par respect pour Vincent » apporte son soutien
à Marie Humbert. « Quand je vois les photos avant son
accident et celles prises dans sa chambre d'hôpital, je comprends
tout à fait son geste. De toutes façons, c'était
il y a trois ans qu'il devait mourir. »
Un peu plus loin dans le lotissement, c'est le même son de cloche.
« Paralysé, sourd, aveugle, c'est absolument terrible.
C'est pour cette raison que l'on devrait lui accorder le droit d'en
finir », confie Pascal Fosse, un ami de Laurent Humbert qui,
par ricochet, a côtoyé Vincent.
On ne pense guère différemment en centre-bourg. Seul le
ton, plus polémique, diffère. « C'est un geste
que je comprends », déclare Jean Grisolet. «
Mais au moment la date anniversaire de l'accident et de la parution
d'un livre sur ce sujet, certains avaient intérêt à
ce qu'elle passe à l'acte. » Une opinion partagée
par bien des Franchevillais.
Pascal Audoux