Gérard Chabert, médecin, longtemps président de
l'association des Papillons blancs de Rouen, est aussi le père
d'une fille trisomique aujourd'hui âgée de 35 ans, dont
il dit : « A sa naissance, nous avons pris sa situation en
plein dans la figure ! Mais cette fille est aujourd'hui pour nous une
bénédiction ! Je sais cependant que notre cas n'est pas
transposable : notre fille a toujours pu être bien entourée,
nous pouvions nous occuper d'elle. »
A propos du drame des Humbert, Gérard Chabert estime : «
Le geste de Mme Humbert est atroce, mais ce geste se comprend très
bien. » Le Rouennais ajoute cependant : « La situation
que connaît cette famille est exceptionnelle, compte tenu de l'état
du garçon. C'est quand même un cas particulier. Et je pense
profondément que toutes les circonstances dans lesquelles la
personne victime, sa famille, appellent à une fin précipitée,
doivent être, ensuite, étudiées par la Justice.
Au cas par cas. A la manière de ce qu'il se passe en Grande-Bretagne
où le droit, historiquement, est plus souple.
En la matière, en France, je pense qu'il serait tout à
fait mauvais de légiférer. Mais le droit français
prévoit la possibilité d'une condamnation, pour un tel
geste, avec dispense de peine. Le jury d'assises, ou les magistrats
de correctionnelle peuvent dispenser l'auteur de la peine. En somme,
on peut condamner le geste, et non la personne qui l'a commis. »
Risques de dérives
Contre toute dépénalisation de l'euthanasie mais bien
conscient de l'horreur de certaines situations, Gérard Chabert
rappelle : « En tant que médecin, je ne peux pas accepter
la solution hollandaise : qu'un médecin se fasse exécuteur
me paraît impossible ! Le fait de donner la mort n'est pas anodin
! C'est pourquoi on ne doit pas dépénaliser le fait de
porter la mort. »
Le Rouennais évoque également les « risques de dérives
», en cas d'autorisation de l'euthanasie : « Pressions
au sein de la famille, de la part de la société. Le refus
de poursuite des soins de réanimation de personnes d'un certain
âge, comme au Danemark ou, déjà, parfois en France,
est inquiétant. Demain, d'éventuels arguments économiques
décideront-ils de votre survie ? Inacceptable. »
FRANCOIS HENRIOT