Paris-Normandie 26.09.2003

« Un geste condamnable mais pas son auteur »


Gérard Chabert, médecin, longtemps président de l'association des Papillons blancs de Rouen, est aussi le père d'une fille trisomique aujourd'hui âgée de 35 ans, dont il dit : « A sa naissance, nous avons pris sa situation en plein dans la figure ! Mais cette fille est aujourd'hui pour nous une bénédiction ! Je sais cependant que notre cas n'est pas transposable : notre fille a toujours pu être bien entourée, nous pouvions nous occuper d'elle. »

A propos du drame des Humbert, Gérard Chabert estime : « Le geste de Mme Humbert est atroce, mais ce geste se comprend très bien. » Le Rouennais ajoute cependant : « La situation que connaît cette famille est exceptionnelle, compte tenu de l'état du garçon. C'est quand même un cas particulier. Et je pense profondément que toutes les circonstances dans lesquelles la personne victime, sa famille, appellent à une fin précipitée, doivent être, ensuite, étudiées par la Justice. Au cas par cas. A la manière de ce qu'il se passe en Grande-Bretagne où le droit, historiquement, est plus souple.

En la matière, en France, je pense qu'il serait tout à fait mauvais de légiférer. Mais le droit français prévoit la possibilité d'une condamnation, pour un tel geste, avec dispense de peine. Le jury d'assises, ou les magistrats de correctionnelle peuvent dispenser l'auteur de la peine. En somme, on peut condamner le geste, et non la personne qui l'a commis.
»

Risques de dérives

Contre toute dépénalisation de l'euthanasie mais bien conscient de l'horreur de certaines situations, Gérard Chabert rappelle : « En tant que médecin, je ne peux pas accepter la solution hollandaise : qu'un médecin se fasse exécuteur me paraît impossible ! Le fait de donner la mort n'est pas anodin ! C'est pourquoi on ne doit pas dépénaliser le fait de porter la mort. »

Le Rouennais évoque également les « risques de dérives », en cas d'autorisation de l'euthanasie : « Pressions au sein de la famille, de la part de la société. Le refus de poursuite des soins de réanimation de personnes d'un certain âge, comme au Danemark ou, déjà, parfois en France, est inquiétant. Demain, d'éventuels arguments économiques décideront-ils de votre survie ? Inacceptable. »

FRANCOIS HENRIOT

 
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