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A 17 heures hier, Hughes Vigier, l'avocat rouennais de Marie Humbert
quitte Berck. Dès qu'il a été prévenu du
décès de Vincent, en fin de matinée, l'avocat a
foncé au centre hélio-marin de Berck.
Après des jours, des mois, de travail juridique intense, mais
aussi après avoir vécu des moments d'une émotion
unique. Ceux d'une découverte humaine, d'une cause dont il ne
connaissait que l'enveloppe, sans imaginer une seconde la densité
du contenu.
Une maturité impressionnante
« Après les dix premières minutes de notre
première rencontre, je me suis dit : il faut qu'il vive !
Mais deux heures plus tard, je suis reparti léger et heureux,
sachant pourtant qu'il voulait mourir »
Une leçon de vie pour le juriste expérimenté, un
paradoxe inouï délivré par un gamin de 22 ans autrefois
débordant d'énergie, cloué depuis trois ans sur
un lit à seulement penser, entendre, et remuer un pouce. Ce doigt
qui lui a servi à tout dire, et d'abord son désir.
« Il avait une maturité impressionnante, certes
imposée par les circonstances. Et il était drôle !
Il avait même un sacré humour Vincent. Et ce que j'ai pris
pour des râles au début, on m'a dit que c'était
son rire. Avec lui, nous avions de vraies conversations. A un moment,
il a voulu me parler sans la présence de sa mère, pour
savoir ce qu'elle risquait. »
Un débat difficile
L'avocat se trouve alors confronté à une tout autre sphère
que la sienne. Une relation inimaginable, et une requête a priori
irrecevable. « Je ne connaissais pas ce débat de
façon un peu sérieuse, avant. Mais si un avocat défend
une cause, il ne l'épouse pas forcément. Là, j'ai
épousé celle de Vincent, qu'il m'a fait découvrir,
donc celle de Marie. Il avait deux combats : mourir, et servir
aux autres. Il me l'a dit de façon colorée : putain,
font chier, qu'ils se bougent, car je parle pour tous ceux qui ne peuvent
pas parler ! Le débat est difficile, mais le respect de
la liberté des gens prime, avec bien sûr des garde-fous. »
Pour Hughes, désormais, tant de vie dans ce corps inerte, condamné
à un lit, ne semble plus supportable. « Tu te dis
que c'est pas une vie ! Quant à Marie, c'est une femme chaleureuse,
merveilleuse. Et ce qu'elle m'a dit avoir projeté, elle l'avait
dit à la France entière, alors je ne me sens pas gêné
pour non-dénonciation de crime. »
Après ce maelström, ce faits-divers qui dérange les
politiques comme tous les grands experts en éthique, que reste-t-il ?
« Du soulagement, c'est le mot que j'ai employé tout
le temps. Ses proches, sa famille, font revivre depuis hier le passé
avec des anecdotes. Alors qu'ils ne sont pas croyants du tout, ils sont
juste heureux qu'il ne soit plus malheureux. Juste joyeux, au sens profond
du mot joie. »
Si la mort de Vincent a concordé avec la sortie du livre écrit
avec Frédéric Veille, aucun dessein commercial ne doit
entacher cette démarche. « Il voulait être mort
avant sa parution. C'était d'une clarté absolue ».
Au cur d'un débat où les certitudes s'entrechoquent,
l'histoire de Vincent Humbert instille enfin un doute. Et le choix de
sa mort ouvre la porte d'une liberté.
Arnaud Faugère