Paris-Normandie 27.09.2003

La cause de Vincent Humbert

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A 17 heures hier, Hughes Vigier, l'avocat rouennais de Marie Humbert quitte Berck. Dès qu'il a été prévenu du décès de Vincent, en fin de matinée, l'avocat a foncé au centre hélio-marin de Berck.

Après des jours, des mois, de travail juridique intense, mais aussi après avoir vécu des moments d'une émotion unique. Ceux d'une découverte humaine, d'une cause dont il ne connaissait que l'enveloppe, sans imaginer une seconde la densité du contenu.

Une maturité impressionnante


« Après les dix premières minutes de notre première rencontre, je me suis dit : il faut qu'il vive ! Mais deux heures plus tard, je suis reparti léger et heureux, sachant pourtant qu'il voulait mourir »

Une leçon de vie pour le juriste expérimenté, un paradoxe inouï délivré par un gamin de 22 ans autrefois débordant d'énergie, cloué depuis trois ans sur un lit à seulement penser, entendre, et remuer un pouce. Ce doigt qui lui a servi à tout dire, et d'abord son désir.

« Il avait une maturité impressionnante, certes imposée par les circonstances. Et il était drôle ! Il avait même un sacré humour Vincent. Et ce que j'ai pris pour des râles au début, on m'a dit que c'était son rire. Avec lui, nous avions de vraies conversations. A un moment, il a voulu me parler sans la présence de sa mère, pour savoir ce qu'elle risquait. »

Un débat difficile

L'avocat se trouve alors confronté à une tout autre sphère que la sienne. Une relation inimaginable, et une requête a priori irrecevable. « Je ne connaissais pas ce débat de façon un peu sérieuse, avant. Mais si un avocat défend une cause, il ne l'épouse pas forcément. Là, j'ai épousé celle de Vincent, qu'il m'a fait découvrir, donc celle de Marie. Il avait deux combats : mourir, et servir aux autres. Il me l'a dit de façon colorée : putain, font chier, qu'ils se bougent, car je parle pour tous ceux qui ne peuvent pas parler ! Le débat est difficile, mais le respect de la liberté des gens prime, avec bien sûr des garde-fous. »

Pour Hughes, désormais, tant de vie dans ce corps inerte, condamné à un lit, ne semble plus supportable. « Tu te dis que c'est pas une vie ! Quant à Marie, c'est une femme chaleureuse, merveilleuse. Et ce qu'elle m'a dit avoir projeté, elle l'avait dit à la France entière, alors je ne me sens pas gêné pour non-dénonciation de crime. »

Après ce maelström, ce faits-divers qui dérange les politiques comme tous les grands experts en éthique, que reste-t-il ?

« Du soulagement, c'est le mot que j'ai employé tout le temps. Ses proches, sa famille, font revivre depuis hier le passé avec des anecdotes. Alors qu'ils ne sont pas croyants du tout, ils sont juste heureux qu'il ne soit plus malheureux. Juste joyeux, au sens profond du mot joie.
 »

Si la mort de Vincent a concordé avec la sortie du livre écrit avec Frédéric Veille, aucun dessein commercial ne doit entacher cette démarche. « Il voulait être mort avant sa parution. C'était d'une clarté absolue ». Au cœur d'un débat où les certitudes s'entrechoquent, l'histoire de Vincent Humbert instille enfin un doute. Et le choix de sa mort ouvre la porte d'une liberté.

Arnaud Faugère

 
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