Paris-Normandie 27.09.2003

Faut-il une loi sur l'euthanasie ?

.
Sujet longtemps tabou, l'euthanasie revient comme un boomerang. Pourtant aux Pays-Bas, la loi n'augmente pas le nombre de cas.

Le monde politique a appelé à un débat public sur l'euthanasie, après le décès, hier, du jeune Normand Vincent Humbert que sa mère a aidé à mourir.

« Le drame du jeune Vincent Humbert montre combien le débat est nécessaire et urgent », estime ainsi l'UMP, après l'annonce du « geste d'amour » de Marie Humbert pour mettre fin aux souffrances de son fils.

Le sujet divise dans les rangs de la majorité. Ainsi le ministre de la Santé Jean-François Mattei est opposé à l'euthanasie, qui constitue, selon lui, « la mauvaise réponse à des questions de souffrance, de solitude et d'abandon ».
Autre médecin et ministre, Bernard Kouchner est plus nuancé. « Je souhaiterais qu'on se passe de loi mais ce n'est peut-être pas possible. La loi sur le droit des malades donne déjà aux médecins la possibilité d'agir ou de ne pas agir », rappelle l'ancien ministre socialiste de la Santé.

Au PCF, Marie-George Buffet a préconisé la création d'une commission parlementaire pour « s'occuper d'un cadre législatif qui n'existe pas aujourd'hui », tout en évitant « tout jugement hâtif ».

Le sujet semble même dépasser le clivage gauche-droite. Ainsi, dans un communiqué commun, les députés Nadine Moreno (UMP) et Gaëtan Gorce (PS) demandent que « la législation évolue non seulement par esprit de justice mais aussi par devoir d'humanité ».

« Le Parlement français ne peut rester insensible à cette question trop longtemps différée et déjà réglée chez certains de nos partenaires européens », écrivent les deux élus.

Mais ce dossier ne fait pas l'unanimité. « L'idée d'inscrire dans la loi la possibilité de tuer est à la fois contraire au serment d'Hippocrate qui fonde la médecine et aux protections les plus élémentaires de la vie », s'est indigné Philippe de Villiers.

De même, Christine Boutin, députée UMP des Yvelines, a estimé qu'« il serait dangereux de débattre et de légiférer sur le sujet de l'euthanasie dans un tel contexte émotionnel ».

L'exemple des Pays-Bas

E n tout cas, aux Pays-Bas, un an et demi après la légalisation de l'euthanasie, le nombre de cas répertoriés a sensiblement diminué. Cette baisse s'explique principalement par la croissance continue du recours aux soins palliatifs.
En 2000, les commissions de contrôle de l'euthanasie aux Pays-Bas avaient enregistré 2.123 cas d'euthanasie. Ce chiffre était tombé à 2.054 en 2001 et a encore diminué en 2002, année de la légalisation, où 1.882 cas ont été enregistrés.

« L'émotion provoquée par la légalisation de l'euthanasie a suscité une attention accrue pour les soins palliatifs », estime Hans Bart, qui dirige l'association néerlandaise des volontaires actifs dans les soins palliatifs.
Depuis le vote de la loi légalisant l'euthanasie, les médecins sont mieux informés sur les soins palliatifs. Ils évoquent plus facilement le sujet avec leurs patients. Les connaissances sur le soulagement de la douleur, sur la perte de fonctions vitales et les angoisses que cela suscite chez les malades ont augmenté et sont mieux dispensées dans le corps médical.

 

Le gouvernement circonspect

Le gouvernement était, hier, extrêmement circonspect sur la nécessité de légiférer ou non à propos de l'euthanasie. Seul François Fillon, ministre des Affaires sociales, s'est risqué à proposer « d'ouvrir un débat pour modifier notre législation ».

Quand Vincent Humbert lui avait écrit, en décembre dernier, Jacques Chirac avait exprimé son « émotion », mais en rappelant les interdits de la loi. Le ministre de la Santé, Jean-François Mattei avait estimé « qu'un être humain puisse donner la mort à un autre ne peut pas figurer dans un texte de loi ».

Hier, en privé, devant ses visiteurs, Jean-Pierre Raffarin était lui aussi sur cette ligne, considérant que jamais la société ne doit décider de l'arrêt de la vie, et encore moins les politiques. Le Premier ministre ne serait pas favorable à une discussion parlementaire sur ce sujet. Emu par le geste de Mme Humbert pour laquelle il a de l'admiration, il considère tout de même qu'elle a commis une faute, mais qu'elle doit bénéficier de toute la compréhension et de toute l'indulgence possible. Une position partagée par le Garde des Sceaux tandis que l'UMP s'est prononcé pour « un système législatif repensé », et que le PS s'est dit favorable à une « réflexion pour modifier la loi » sur l'euthanasie.

G. D..

 
FERMER LA FENÊTRE