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Sujet longtemps tabou, l'euthanasie revient comme un boomerang. Pourtant
aux Pays-Bas, la loi n'augmente pas le nombre de cas.
Le monde politique a appelé à un débat public sur
l'euthanasie, après le décès, hier, du jeune Normand
Vincent Humbert que sa mère a aidé à mourir.
« Le drame du jeune Vincent Humbert montre combien le
débat est nécessaire et urgent », estime
ainsi l'UMP, après l'annonce du « geste d'amour »
de Marie Humbert pour mettre fin aux souffrances de son fils.
Le sujet divise dans les rangs de la majorité. Ainsi le ministre
de la Santé Jean-François Mattei est opposé à
l'euthanasie, qui constitue, selon lui, « la mauvaise
réponse à des questions de souffrance, de solitude et
d'abandon ».
Autre médecin et ministre, Bernard Kouchner est plus nuancé.
« Je souhaiterais qu'on se passe de loi mais ce n'est
peut-être pas possible. La loi sur le droit des malades donne
déjà aux médecins la possibilité d'agir
ou de ne pas agir », rappelle l'ancien ministre socialiste
de la Santé.
Au PCF, Marie-George Buffet a préconisé la création
d'une commission parlementaire pour « s'occuper d'un cadre
législatif qui n'existe pas aujourd'hui », tout
en évitant « tout jugement hâtif ».
Le sujet semble même dépasser le clivage gauche-droite.
Ainsi, dans un communiqué commun, les députés Nadine
Moreno (UMP) et Gaëtan Gorce (PS) demandent que « la
législation évolue non seulement par esprit de justice
mais aussi par devoir d'humanité ».
« Le Parlement français ne peut rester insensible
à cette question trop longtemps différée et déjà
réglée chez certains de nos partenaires européens »,
écrivent les deux élus.
Mais ce dossier ne fait pas l'unanimité. « L'idée
d'inscrire dans la loi la possibilité de tuer est à la
fois contraire au serment d'Hippocrate qui fonde la médecine
et aux protections les plus élémentaires de la vie »,
s'est indigné Philippe de Villiers.
De même, Christine Boutin, députée UMP des Yvelines,
a estimé qu'« il serait dangereux de débattre
et de légiférer sur le sujet de l'euthanasie dans un tel
contexte émotionnel ».
L'exemple des Pays-Bas
E n tout cas, aux Pays-Bas, un an et demi après la légalisation
de l'euthanasie, le nombre de cas répertoriés a sensiblement
diminué. Cette baisse s'explique principalement par la croissance
continue du recours aux soins palliatifs.
En 2000, les commissions de contrôle de l'euthanasie aux Pays-Bas
avaient enregistré 2.123 cas d'euthanasie. Ce chiffre était
tombé à 2.054 en 2001 et a encore diminué en 2002,
année de la légalisation, où 1.882 cas ont été
enregistrés.
« L'émotion provoquée par la légalisation
de l'euthanasie a suscité une attention accrue pour les soins
palliatifs », estime Hans Bart, qui dirige l'association
néerlandaise des volontaires actifs dans les soins palliatifs.
Depuis le vote de la loi légalisant l'euthanasie, les médecins
sont mieux informés sur les soins palliatifs. Ils évoquent
plus facilement le sujet avec leurs patients. Les connaissances sur
le soulagement de la douleur, sur la perte de fonctions vitales et les
angoisses que cela suscite chez les malades ont augmenté et sont
mieux dispensées dans le corps médical.