Paris-Normandie 27.09.2003

La maman d'Eddy soulagée pour Marie


Hier matin, lorsque l'annonce de la mort de Vincent tombe, l'émotion monte partout d'un cran.

A Bourgtheroulde (27) Michèle De Somer dont le fils Eddy vit depuis deux ans une situation tout aussi dramatique (lire P-N d'hier), joint sa parole à ceux qui aujourd'hui ressentent la nécessité de parler pour dire l'insupportable.

« Elle n'a pas tué son fils ! »

« Je suis soulagée pour Marie, d'une certaine manière », explique la maman d'Eddy.

« Je le serais aussi, en pensant que mon fils ne souffre plus. Son calvaire est fini, et elle entre maintenant dans une autre phase. Mais surtout, dites à son avocat de transmettre nos condoléances, mais aussi qu'elle ne doit pas culpabiliser. Si elle avait été aidée, elle n'en serait jamais arrivée là ! Mais elle n'a pas tué son fils ! Qu'elle ne prononce ni ne pense jamais à ce mot ! »

Michèle De Somer n'est pas seule à envisager la mort de Vincent comme une sorte de libération. Même la petite sœur d'Eddy, Laura, pourtant rétive à évoquer le sujet tant la douleur est forte, lâche une sorte de cri du cœur. « Toute la famille a fini de souffrir ! »

Nous sommes seuls

Dans son quotidien de soins permanents, au cours des nuits blanches partagées avec tous - « Quand je me lève parce qu'Eddy tousse trop, et que je branche l'aspirateur trachéal, ça fait beaucoup de bruit. » -, Michèle a, au fil des mois, trouvé les mots justes.

« Je n'ai pas peur de la prison. Mais je n'ai pas ce courage du geste non plus. Parce que nous ne sommes absolument pas soutenus sur le plan psychologique, nous sommes une famille seule, à sonner et à frapper aux portes et à n'obtenir que de la compassion ou des discours compliqués sur l'éthique, la morale, la complexité du sujet. Si loin de notre réalité finalement si simple. Et ça ne devrait jamais être à nous d'assumer ce genre de décision. »

Autour d'elle, des réactions choquées ont fusé, au début. « C'est ton fils, et tu veux qu'il meure ! Mais il était déjà mort, car à l'époque, il était bloqué en position fœtale. A Berck, ils l'ont même plâtré pendant dix mois, pour le redresser. »

A la sortie, Eddy était squelettique, toujours bloqué, et seul un kiné de leur coin de l'Eure a réussi à lui rendre la souplesse qui permet aujourd'hui de bouger ce grand corps inerte de 25 ans. « Il est comme suspendu entre deux mondes. ».
Depuis le drame, en août 2001, les De Somer évoquent les beaux souvenirs. L'enfance rieuse, leur Eddy bon vivant, son coup de fourchette et son côté farceur.

En attendant, encore et toujours, que la société observe enfin une réalité, pour peut-être transformer leur calvaire en un deuil.

Arnaud Faugère

 
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