Hier matin, lorsque l'annonce de la mort de Vincent tombe, l'émotion
monte partout d'un cran.
A Bourgtheroulde (27) Michèle De Somer dont le fils Eddy vit
depuis deux ans une situation tout aussi dramatique (lire P-N d'hier),
joint sa parole à ceux qui aujourd'hui ressentent la nécessité
de parler pour dire l'insupportable.
« Elle n'a pas tué son fils ! »
« Je suis soulagée pour Marie, d'une certaine manière »,
explique la maman d'Eddy.
« Je le serais aussi, en pensant que mon fils ne souffre
plus. Son calvaire est fini, et elle entre maintenant dans une autre
phase. Mais surtout, dites à son avocat de transmettre nos condoléances,
mais aussi qu'elle ne doit pas culpabiliser. Si elle avait été
aidée, elle n'en serait jamais arrivée là !
Mais elle n'a pas tué son fils ! Qu'elle ne prononce ni
ne pense jamais à ce mot ! »
Michèle De Somer n'est pas seule à envisager la mort de
Vincent comme une sorte de libération. Même la petite sur
d'Eddy, Laura, pourtant rétive à évoquer le sujet
tant la douleur est forte, lâche une sorte de cri du cur.
« Toute la famille a fini de souffrir ! »
Nous sommes seuls
Dans son quotidien de soins permanents, au cours des nuits blanches
partagées avec tous - « Quand je me lève
parce qu'Eddy tousse trop, et que je branche l'aspirateur trachéal,
ça fait beaucoup de bruit. » -, Michèle
a, au fil des mois, trouvé les mots justes.
« Je n'ai pas peur de la prison. Mais je n'ai pas ce courage
du geste non plus. Parce que nous ne sommes absolument pas soutenus
sur le plan psychologique, nous sommes une famille seule, à sonner
et à frapper aux portes et à n'obtenir que de la compassion
ou des discours compliqués sur l'éthique, la morale, la
complexité du sujet. Si loin de notre réalité finalement
si simple. Et ça ne devrait jamais être à nous d'assumer
ce genre de décision. »
Autour d'elle, des réactions choquées ont fusé,
au début. « C'est ton fils, et tu veux qu'il meure !
Mais il était déjà mort, car à l'époque,
il était bloqué en position ftale. A Berck, ils
l'ont même plâtré pendant dix mois, pour le redresser. »
A la sortie, Eddy était squelettique, toujours bloqué,
et seul un kiné de leur coin de l'Eure a réussi à
lui rendre la souplesse qui permet aujourd'hui de bouger ce grand corps
inerte de 25 ans. « Il est comme suspendu entre deux mondes. ».
Depuis le drame, en août 2001, les De Somer évoquent
les beaux souvenirs. L'enfance rieuse, leur Eddy bon vivant, son coup
de fourchette et son côté farceur.
En attendant, encore et toujours, que la société observe
enfin une réalité, pour peut-être transformer leur
calvaire en un deuil.
Arnaud Faugère