Au CHU de Rouen, Patrick Bouré repose sur son lit d'hôpital,
menu corps inerte, un côté du visage comme collé
au drap.
Trachéotomie, machinerie médicale. Atteint d'une myopathie
tard détectée, paralysé par ses muscles atrophiés,
il a, raconte-t-il, « profité d'avoir un rhume »
pour entrer au CHU Charles-Nicolle, car il se sentait devenu « trop
encombrant » pour sa famille.
Un ordinateur pour s'exprimer
D'autant qu'à 13 ans et demi, Patrick a perdu sa mère,
puis, trois ans plus tard, son père, et ensuite, la brave femme
qui s'occupait de lui. Patrick Bouré est le plus ancien hospitalisé
du CHU rouennais. Depuis plus de vingt-trois ans au service de réanimation
médicale de l'établissement.
L'informatique a commencé à relativement changer sa vie
au début des années quatre-vingt-dix.
Aujourd'hui, une commande labiale lui permet de sélectionner,
donc du bout des lèvres, des caractères sur son ordinateur.
De s'exprimer autrement que dans un souffle que l'on ne capte qu'en
osant plonger les yeux dans les siens, gris sombres mais si vivants.
Patrick, grâce à l'ordinateur, s'est même raconté
dans « Debout dans ma tête », paru chez
l'éditeur normand Bertout.
« Je ne suis pas malheureux, je suis bien dans ma tête,
je ne souffre pas, ou un tout petit peu », dit assez
volontiers Patrick Bouré.
Pourtant, avec ses copains et copines de l'Association française
contre les myopathies (l'AFM organisatrice du Téléthon),
il laisse parfois libre cours à des pensées plus sombres.
L'impasse et le désir de vivre
Ainsi, s'exprimait-il naguère, en réponse à Hélène
Pouponneau et Stéphane Cannesan, dans le bulletin de l'AFM Haute-Normandie :
« Je crois maintenant que mon bonheur, c'est de vivre
au jour le jour. Pas facile à faire, mais, bon, je me contenterai
de ce que les autres m'apporteront. C'est dommage, c'est un peu dur,
mais si demain je devais partir ce serait un soulagement pour moi et
la famille. »
Patrick expliquait : « C'est pas toujours drôle
dans ma tête. Je ne veux pas en parler mais il y a des fois où
je voudrais que tout s'arrête. Sans ça, on attendra l'heure. »
Entre sentiment d'impasse et désir de vivre et encore découvrir,
Patrick ajoutait aussitôt : « J'aimerais faire
d'autres choses encore. Si j'avais les moyens [.] comme 100 briques,
ça me permettrait de revoyager, comme autrefois. »
Patrick aura 43 ans en janvier prochain. Il survit, de toute son intelligence
d'être humain, sans doute beaucoup grâce au réseau
d'amis et de soignants s'étant formé autour de lui. En
presque un quart de siècle. Qui peut oser dire ce que pense réellement
Patrick Bouré ?
FRANCOIS HENRIOT