.
Cela fait maintenant trois ans que Vincent Humbert, 22 ans, est cloué
à son lit d'hôpital de Berck-sur-Mer, avec seulement trois
fonctions vitales : penser, entendre, et remuer un pouce. Sa mère
Marie, à son chevet depuis l'accident de la route qui a brisé
la vie du jeune pompier volontaire de sa région du sud de l'Eure,
près de Breteuil-sur-Iton, a demandé à nouveau
ces derniers jours à aider son fils à mourir, afin de
mettre fin à ses souffrances.
« La sensation d'être un légume »
« Ca fait déjà des mois, déjà bientôt
deux ans », a déclaré Mme Humbert, qui il n'y
a pas d'autre solution pour satisfaire la volonté de Vincent,
qui demande le droit de mourir. Hospitalisé au centre hélio-marin
de la ville du Pas-de-Calais, il avait en décembre dernier écrit
au président de la République, Jacques Chirac, pour lui
demander cette autorisation, l'euthanasie étant illégale
en France.
Mme Humbert, qui communique avec son fils par la pression d'un pouce,
a pourtant écarté la possibilité de se rendre dans
un pays où la législation autorise l'euthanasie. «
Mon fils ne veut pas. Il ne veut pas se cacher pour mourir »,
a-t-elle déclaré.
En décembre dernier, toute la famille de Vincent était
mobilisée autour du désir du jeune homme d'en finir. Son
père Francis déclarait à l'époque : «
Pour nous, c'est déchirant, on n'a pas envie qu'il meure. Mais
on ne veut pas non plus qu'il souffre tant. Il a la sensation d'être
un légume, il nous le dit depuis un an. Son désir est
aussi de faire avancer les choses. De façon à ce que des
gens puissent demander la mort, et aussi afin de dépénaliser
ceux qui la donnent. »
Guillaume, un de ses frères, se livrait à la même
réflexion. « On essaie de se mettre à sa place.
Sa vie est gâchée. Sa décision, il a dû la
remuer dans sa tête avant de savoir comment on allait réagir.
Aujourd'hui, on est tous à fond avec lui. On sait qu'il ne veut
pas en démordre, que ce choix serait une délivrance. Alors
si on peut l'aider, et si son cas peut aider certaines personnes.
»
« Une souffrance de chaque jour »
« Car pour lui, poursuit son frère, c'est plus que du
ras-le-bol, c'est une souffrance de chaque jour. Il a vraiment tiré
un trait, et il en est sûr. Quand ma mère lui a demandé,
au début, qu'est ce que je fais après ?, il lui a répondu
: faut pas être égoïste ! » Aujourd'hui,
un livre raconte cette histoire du choix d'un jeune homme. Le choix
de mourir à l'heure qu'il souhaite, pour ne plus avoir à
supporter ce qu'il ne considère plus comme une vie.
« Le droit de mourir », de Vincent
Humbert, Michel Laffon, 17 €.