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Cloué à son lit d'hôpital de Berck, Vincent Humbert
ne dispose plus que de trois fonctions vitales : penser, entendre, et
remuer un pouce. Il a pourtant trouvé un peu d'énergie
pour écrire à celui qui d'habitude délivre la grâce,
le Président. Mais cette fois, le jeune homme de l'Eure demande
à Jacques Chirac le droit de mourir à l'heure choisie,
le plus vite possible.
Vincent a 21 ans, seulement. Originaire du petit village de Francheville,
il a été la victime d'un terrible accident de la route,
le 24 septembre 2000.
Après neuf mois de coma, il s'est éveillé à
cet état de conscience aigu et d'incapacité presque totale,
et a recommencé à communiquer grâce à la
présence constante de sa mère Anne-Marie, et aux compétences
spécialisées de la maison d'accueil où vit désormais
sans espoir. Presque sans espoir, puisque sa requête constitue
une sorte de combat pour lui, appuyé par sa famille et argumenté
de la façon la plus touchante qui soit.
« Pour nous, c'est déchirant, on n'a pas envie qu'il
meure. Mais on ne veut pas non plus qu'il souffre tant. Il a la sensation
d'être un légume, il nous le dit depuis un an. »
Francis Humbert, père de Vincent, vit cette situation avec calme.
Et beaucoup de tristesse.
« On le comprend »
Anne-Marie, sa mère, a tout lâché pour s'installer
dans un studio mansardé situé à côté
des Ets Hélio-marins, et travaille tout le temps entre deux visites.
La première fois que Vincent a évoqué ce qu'il
faut bien appeler une euthanasie, personne n'a été réellement
surpris dans la famille.
« Sa réflexion ne nous a pas tellement choqués,
la première fois qu'il l'a formulée. Il en a assez de
ne pas voir, de ne pas bouger ». Pour Francis, le temps et
la souffrance ont fait leur uvre dans la tête de son fils.
« Il y a malheureusement une logique dans ce qu'il veut aujourd'hui.
Et ça lui donne un but qu'il n'avait pas auparavant, celui de
réussir sa mort. Car lui ne peut strictement rien faire. Nous
lui avons donné la vie, alors on ne peut pas la lui retirer.
C'est très paradoxal, mais on le comprend, et on ne peut qu'accéder
à sa demande. Son quotidien est insupportable ».
La démarche de Vincent Humbert, jusqu'au plus haut de l'Etat,
revêt aussi un sens qui dépasse son cas. « Son
désir est aussi de faire avancer les choses. De façon
à ce que des gens puissent demander la mort, et aussi afin de
dépénaliser ceux qui la donnent. »
Au-delà de la réflexion des comités d'éthique,
de la législation et de la morale, la parole de ce jeune homme
privé de toute liberté pose une question de la façon
la plus empirique : celle de l'heure de la mort, et de celui qui décide.
Arnaud Faugère