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« Vous avez le droit de grâce, et moi je vous demande
le droit de mourir. Vous êtes ma dernière chance. »
La déchirante supplique envoyée au président de
la République par Vincent Humbert, ce jeune Normand originaire
de Francheville dans l'Eure, tétraplégique à la
suite d'un accident de la route, a manifestement bouleversé le
chef de l'Etat. Qui aussitôt a appelé Vincent. Directement.
Lui faisant part, notamment, lors de cet entretien particulier, de son
désir de rencontrer sa maman à l'Elysée. Chose
faite ce week-end.
« Comme avec des amis »
Si l'Elysée n'a souhaité livrer aucun commentaire «
par respect pour la famille » de Vincent, Anne-Marie a
confié hier à Paris-Normandie combien elle avait été
touchée par la chaleur de l'accueil présidentiel.
« C'était très émouvant. Jacques Chirac
m'a dit d'entrée de jeu : maintenant, vous oubliez le président
de la République, l'homme politique. Nous allons parler entre
parents. Entre une mère et un père. » Le chef
de l'Etat a bien évidemment indiqué à Anne-Marie
Humbert qu'il ne pouvait aller à l'encontre des lois, et accéder
à la demande de Vincent. Mais il s'est montré très
concerné, attentionné.
« Il a voulu savoir si tout avait été tenté
pour trouver quelque chose qui pourrait redonner à Vincent le
goût à la vie. Voilà ce sur quoi il a insisté
: redonner le goût de vivre. On s'est accordé six mois
pour cela. Nous avons évoqué des pistes dont je ne peux
parler. Il m'a dit qu'il ferait tout pour cela. Bernadette Chirac et
Claude également. C'est curieux, mais je me suis sentie comme
avec des amis. »
La maman de Vincent sait pourtant que ce n'est pas la réponse
qu'attend son fils, cloué sur son lit de l'hôpital héliomarin
de Berck. Vincent paralysé. Vincent qui comprend tout. Entend
tout. « J'ai dit au président que je tenterai de le
convaincre. »
Anne-Marie rejoint son fils le soir même, lui parle. Quelques
larmes perlent. Larmes de lassitude, de souffrance, mêlées
d'amour. « Je sais que c'est à moi que Vincent donne
six mois. Il ne veut pas me faire de peine. Ensuite, qu'il décide
blanc, qu'il décide noir, je le suivrai ! Et nous chercherons
la solution qu'il souhaite hors de France. » Un flot affectif
pour tenter d'endiguer la réalité. Vincent sait tout cela.
Vincent seul sait.
JEAN-PIERRE BOULAIS