Paris-Normandie 25.12.2002

« Redonner le goût de vivre à Vincent »

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« Vous avez le droit de grâce, et moi je vous demande le droit de mourir. Vous êtes ma dernière chance. » La déchirante supplique envoyée au président de la République par Vincent Humbert, ce jeune Normand originaire de Francheville dans l'Eure, tétraplégique à la suite d'un accident de la route, a manifestement bouleversé le chef de l'Etat. Qui aussitôt a appelé Vincent. Directement. Lui faisant part, notamment, lors de cet entretien particulier, de son désir de rencontrer sa maman à l'Elysée. Chose faite ce week-end.

« Comme avec des amis »

Si l'Elysée n'a souhaité livrer aucun commentaire « par respect pour la famille » de Vincent, Anne-Marie a confié hier à Paris-Normandie combien elle avait été touchée par la chaleur de l'accueil présidentiel.

« C'était très émouvant. Jacques Chirac m'a dit d'entrée de jeu : maintenant, vous oubliez le président de la République, l'homme politique. Nous allons parler entre parents. Entre une mère et un père. » Le chef de l'Etat a bien évidemment indiqué à Anne-Marie Humbert qu'il ne pouvait aller à l'encontre des lois, et accéder à la demande de Vincent. Mais il s'est montré très concerné, attentionné.

« Il a voulu savoir si tout avait été tenté pour trouver quelque chose qui pourrait redonner à Vincent le goût à la vie. Voilà ce sur quoi il a insisté : redonner le goût de vivre. On s'est accordé six mois pour cela. Nous avons évoqué des pistes dont je ne peux parler. Il m'a dit qu'il ferait tout pour cela. Bernadette Chirac et Claude également. C'est curieux, mais je me suis sentie comme avec des amis. »

La maman de Vincent sait pourtant que ce n'est pas la réponse qu'attend son fils, cloué sur son lit de l'hôpital héliomarin de Berck. Vincent paralysé. Vincent qui comprend tout. Entend tout. « J'ai dit au président que je tenterai de le convaincre. »

Anne-Marie rejoint son fils le soir même, lui parle. Quelques larmes perlent. Larmes de lassitude, de souffrance, mêlées d'amour. « Je sais que c'est à moi que Vincent donne six mois. Il ne veut pas me faire de peine. Ensuite, qu'il décide blanc, qu'il décide noir, je le suivrai ! Et nous chercherons la solution qu'il souhaite hors de France. » Un flot affectif pour tenter d'endiguer la réalité. Vincent sait tout cela. Vincent seul sait.

JEAN-PIERRE BOULAIS 

 
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