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Deux
mois d'espoir, de passion et de sacrifice qu'on pourrait d'abord
résumer par un chiffre. En juillet, Frédérique
Chauvet s'est vu retirer 428€ (2.812 F) sur son traitement
de base (hors primes et supplément familial) de 1.663 €
net (10.900 F).
Et l'institutrice de Déville-lès-Rouen escompte que
cette ponction pourrait se reproduire chaque mois jusqu'à
la fin de l'année compte tenu des 28 jours de classe non
travaillés qu'elle a comptabilisés. Qui pourraient
correspondre jusqu'à 38 jours de grève si le ministère
confirme son discours de fermeté.
Membre actif du comité de grève de l'agglomération
de Rouen lors du mouvement de printemps, la mère de famille
de 46 ans se refuse pourtant à résumer cette aventure
militante aux seules mauvaises surprises de son relevé de
compte.
Une bataille partiellement perdue
« Ce mouvement a bouleversé la vie des gens
au quotidien pendant plusieurs semaines. Une véritable expression
démocratique, issue de la base, a vu le jour avec des assemblées
générales souveraines. Ce n'était pas une bataille
corporatiste mais une lutte face à des choix de société.
C'est peut-être aussi pour cela que les syndicats ont eu du
mal à suivre » veut plutôt retenir l'enseignante
pourtant syndiquée (au SNU. ipp).

A
gauche, Catherine Adam et Frédérique Chauvet, enseignantes
à Deville-lès-Rouen devant "l'album" du
mouvement du printemps
A ses
côtés, Catherine Adam, professeur d'espagnol au collège
Jules-Verne voisin, retient le « décloisonnement »
qu'a permis le mouvement. « A l'école, au collège,
au lycée, on travaille tous avec les mêmes enfants
mais on ne se connaissait pas. Là on s'est retrouvé,
on a échangé » juge-t-elle, tout en
parlant tout de même pudiquement d'une « bataille
partiellement perdue ».
Perdue du fait de la frilosité des professeurs non grévistes ?
« C'est sûr qu'il va y avoir des tensions à
la rentrée. » souffle Frédérique
Chauvet tout en désignant d'autres responsables.
« La principale responsabilité de l'échec
revient aux directions syndicales nationales. Nous qui étions
en grève reconductible, on a mal accepté de voir les
syndicats n'appeler qu'à des temps forts les mardis ou les
jeudis. On attendait tous à un appel à la grève
générale » pointe-t-elle, cachant mal
son amertume.
Aujourd'hui encore la militante accepte mal de voir les syndicats
faire mine d'oublier les renoncements du printemps.
« Pour nous la page n'est pas tournée. On ne
peut pas accepter de discuter de la prochaine Loi d'orientation
comme si de rien n'était. Le mot « Résistance »
qui figurait sur nos bandeaux est toujours d'actualité. Cela
doit passer par des grandes mais aussi par de petites choses, par
des actes de résistance au quotidien » se
motive-t-elle.
Comme par exemple, en primaire, ne pas accepter de pallier le déficit
de remplaçants en acceptant des élèves supplémentaires
dans sa classe.
Dès le mardi de la rentrée, après les assemblées
générales qui se tiendront dans les établissements
(lire l'article),
le comité de mobilisation de la vallée du Cailly qui
avait fédéré l'ensemble de l'ouest rouennais
au printemps dernier renaîtra.
A 17 h, la maison Pélissier à Maromme résonnera
une nouvelle fois des espoirs et des doutes enseignants. Pour tenter,
tous comptes faits, de défendre encore une certaine vision
de l'école.
THIERRY DELACOURT
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