Jeudi 28/08/2003


Dossier enrichi au fur et à mesure
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Jeudi 28/08/2003
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Les cicatrices de mai
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Très impliqués dans le mouvement du printemps, bon nombre d'enseignants vont retrouver leur poste, le cœur gros et les poches vides. Bien décidés à ne rien oublier.
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Deux mois d'espoir, de passion et de sacrifice qu'on pourrait d'abord résumer par un chiffre. En juillet, Frédérique Chauvet s'est vu retirer 428€ (2.812 F) sur son traitement de base (hors primes et supplément familial) de 1.663 € net (10.900 F).

Et l'institutrice de Déville-lès-Rouen escompte que cette ponction pourrait se reproduire chaque mois jusqu'à la fin de l'année compte tenu des 28 jours de classe non travaillés qu'elle a comptabilisés. Qui pourraient correspondre jusqu'à 38 jours de grève si le ministère confirme son discours de fermeté.

Membre actif du comité de grève de l'agglomération de Rouen lors du mouvement de printemps, la mère de famille de 46 ans se refuse pourtant à résumer cette aventure militante aux seules mauvaises surprises de son relevé de compte.

Une bataille partiellement perdue

« Ce mouvement a bouleversé la vie des gens au quotidien pendant plusieurs semaines. Une véritable expression démocratique, issue de la base, a vu le jour avec des assemblées générales souveraines. Ce n'était pas une bataille corporatiste mais une lutte face à des choix de société. C'est peut-être aussi pour cela que les syndicats ont eu du mal à suivre » veut plutôt retenir l'enseignante pourtant syndiquée (au SNU. ipp).


A gauche, Catherine Adam et Frédérique Chauvet, enseignantes
à Deville-lès-Rouen devant "l'album" du mouvement du printemps

A ses côtés, Catherine Adam, professeur d'espagnol au collège Jules-Verne voisin, retient le « décloisonnement » qu'a permis le mouvement. « A l'école, au collège, au lycée, on travaille tous avec les mêmes enfants mais on ne se connaissait pas. Là on s'est retrouvé, on a échangé » juge-t-elle, tout en parlant tout de même pudiquement d'une « bataille partiellement perdue ».

Perdue du fait de la frilosité des professeurs non grévistes ? « C'est sûr qu'il va y avoir des tensions à la rentrée. » souffle Frédérique Chauvet tout en désignant d'autres responsables.
« La principale responsabilité de l'échec revient aux directions syndicales nationales. Nous qui étions en grève reconductible, on a mal accepté de voir les syndicats n'appeler qu'à des temps forts les mardis ou les jeudis. On attendait tous à un appel à la grève générale » pointe-t-elle, cachant mal son amertume.

Aujourd'hui encore la militante accepte mal de voir les syndicats faire mine d'oublier les renoncements du printemps.
« Pour nous la page n'est pas tournée. On ne peut pas accepter de discuter de la prochaine Loi d'orientation comme si de rien n'était. Le mot « Résistance » qui figurait sur nos bandeaux est toujours d'actualité. Cela doit passer par des grandes mais aussi par de petites choses, par des actes de résistance au quotidien » se motive-t-elle.

Comme par exemple, en primaire, ne pas accepter de pallier le déficit de remplaçants en acceptant des élèves supplémentaires dans sa classe.

Dès le mardi de la rentrée, après les assemblées générales qui se tiendront dans les établissements (lire l'article), le comité de mobilisation de la vallée du Cailly qui avait fédéré l'ensemble de l'ouest rouennais au printemps dernier renaîtra.

A 17 h, la maison Pélissier à Maromme résonnera une nouvelle fois des espoirs et des doutes enseignants. Pour tenter, tous comptes faits, de défendre encore une certaine vision de l'école.

THIERRY DELACOURT


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