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Visite
du matin : malin. C'est probablement la devise de ceux qui se
couchent tôt, pour venir dès l'aube, surprendre l'Armada
dans son réveil. Le matin, c'est la vision préférée
du commandant du Belem, « là où les vrais
rêveurs se délectent, où les quais respirent
la sérénité... » Une Armada encore
silencieuse. Plus intime. Où l'on peut dérober des
images touchantes. La gymnastique sur le pont du Libertad argentin,
pour récupérer des tangos de la veille. Ou la séance
de nettoyage. La corvée des grandes eaux du matelot de
service. Le chiffon pour reluire les cuivres. Le moindre ordre
déclamé par l'officier résonne plus sèchement...
Entre le mur de stands fermés, et les bateaux engourdis,
s'agitent déjà les camions de livraison, les bennes.
On enlève autant qu'on apporte. Flux et reflux de la société
de consommation. C'est le temps des avitailleurs, des cartons
de victuailles, des pack de bière, des petits déjeuners
croustillants apportés aux commandants par les apprentis
boulangers en livrée. Le temps des fleurs aussi, fraîchement
coupées pour la fête, les cocktails du soir... Et
même le temps des conférences de rédaction,
face à la Jeanne, pour le journal du lendemain.
Vers sept heures s'avance l'avant-garde du public, en petites
grappes, tout d'abord. Les quais deviennent moins clairsemés.
A huit heures et demie, la fréquentation se densifie au
point que les derniers rollers quittent l'Armada. A dix heures,
la poésie matinale déserte définitivement
les berges, la foule réinvestit son rêve.
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