Il est né en 1935 mais il garde un enthousiasme denfant
quand il parle de musique et surtout raconte la formidable aventure
de lorchestre national de Lille. A la tête de cet
ensemble depuis sa création en 1976, Jean-Claude Casadesus
a trouvé dans le Nord la terre promise où développer
un projet musical exemplaire basé sur le partage dune
même passion, la musique.
Né dans une famille dartistes, de parents comédiens,
et petit-fils de musicien, Jean-Claude Casadesus est ainsi devenu
lacteur militant dune culture populaire, soutenu par
une région qui croit aux effets bénéfiques
de la musique.
Paris-Normandie: Pouvez-vous commenter le programme des deux
concerts proposés dans le cadre doctobre en Normandie,
couvrant un siècle de musique française, de Berlioz
à Dutilleux avec Debussy et le compositeur norvégien
Arne Nordheim?
Jean-Claude Casadesus: Cest Philippe Danel, le directeur
du festival, qui ma demandé de diriger ce concerto
de Nordheim pour orchestre et accordéon. Spur a été
écrit en 1975, mais il est dune facture très
moderne. Cette partition sintéresse au rapport entre
lindividu et la collectivité; ici, le soliste et
lorchestre. Cest un dialogue extrêmement fécond
entre les mélodies et les timbres (vents et percussions)
soutenu par un tissu de cordes. Cela donne une mobilité
permanente, comme si nous avions un kaléidoscope de rythmes.
P.N.: Quel est alors le lien entre Arne Nordheim et les compositeurs
que sont Berlioz, Debussy et Dutilleux?
J.C.C. : Ce concert est basé sur les synergies, les
connivences, la mobilité sonore. Nous avons limpressionnisme
de Debussy qui existe, même sil est plus abstrait
chez Nordheim. Avec Dutilleux et Métaboles, ont se trouve
à la croisée des chemins. En fait, chacune de ces
pièces exprime une transformation. La base de tout restant
la notion de mouvement.
P.-N.: Ce programme sest-il construit autour de la présence
de laccordéoniste Pascal Contet?
J.C.C.: Nous ne nous connaissions pas et cest ce festival
qui nous a fait nous rencontrer. En fait, nous avons fréquenté
les mêmes institutions contemporaines, travaillant tous
deux avec Pierre Boulez. Et Pascal Contet a le grand mérite
davoir donné à son instrument des possibilités
douverture quon ne connaissait pas à laccordéon.
P.-N.: A propos douverture, vous dîtes souvent
que votre mission est de «porter la musique partout où
elle peut être reçue». Cest à
dire de la rendre populaire. Quelle est votre définition
de cette notion?
J.C.C.: Lidée avec lorchestre national
de Lille était de bâtir un grand projet musical et
de la faire partager à tous, du spectateur mélomane
au plus défavorisé, sans concession sur la qualité.
Nous avons débuté avec des moyens presque inexistants
pour parvenir à entrer dans le quotidien des gens et démontrer,
avec la complicité des musiciens, quon na pas
fini dexplorer les effets bénéfiques de la
musique. A Lille et dans la région, les enfants suivent
les répétitions de lorchestre, des musiciens
parrainent des élèves. Beaucoup ainsi ont vu leur
vie se transformer. Nous travaillons ainsi depuis 26 ans et le
public sest construit progressivement. Un projet comme celui-ci
nest viable que dans la durée.
P.-N.: Avec lorchestre national de Lille, vous avez été
des premiers à jouer dans des lycées, des usines,
des prisons. Que retenez-vous de ces concerts forcément
particuliers?
J.C.C.: Faire des concerts dans des usines ou des prisons
nest valable que parce que nous avons aussi la reconnaissance
des lieux prestigieux fréquentés par de grands mélomanes.
Il était aussi important pour notre projet que le public
du Nord ait une certaine fierté de voir son orchestre invité
dans des ces lieux prestigieux.
P.-N.: Si la musique a tant besoin dêtre portée,
est-ce quelle nest pas assez enseignée aux
enfants?
J.C.C.: Notre réussite est sans doute davoir
réussi rendre la musique partie prenante de léducation
en travaillant avec des enseignants. Pour que cela fonctionne,
il faut aller vers les gens, vers ceux qui simpliquent dans
la pédagogie. Il y a aussi les parents de ces enfants qui
eux aussi ont suivi lorchestre quand ils avaient 8 ans
P.-N.: Cela a fait de vous un «musicien humaniste»
J.C.C.: Ma conviction est surtout quil faut apporter
plus dattention à la part dhumanité
contenue dans lart. Regardez par exemple: il ny a
plus démissions musicales à la télévision.
Cest un signe. Et je crois que notre métier dépend
de la façon dont il sera intégré à
notre société. Je ne suis pas forcément optimiste
sur lavenir de notre métier. Et je me demande si
notre époque se prête à la concentration nécessaire
pour écouter de la musique.
P.-N.: Avez-vous déjà pensé quitter cet
orchestre?
J.C.C.: Jai eu des propositions mais je ne quitterai
pas Lille. Pendant dix ans, je me suis consacré à
ce projet, refusant toute proposition extérieure. Aujourdhui,
je mène en parallèle une vie dartiste invité.
Après les concerts dOctobre en Normandie, je pars
en Amérique diriger lorchestre de Philadelphie. Jétais
à Saint-Pétersbourg, je doit aller au Japon. Je
ne peux men aller alors que je commence à récolter
le fruit de tout ce travail. Et puis, je ne me verrais recommencer
ailleurs un tel projet.
Propos recueillis par PASCALE BERTRAND
Samedi
13 octobre forum Fnac à 14h 30 au Volcan suivi d'une répétition
publique de 17 h 30 à 18 h 30. Concert
à 20h30 au Volcan. LeHavre.
Dimanche 14 octobre à 16 h au théâtre des
Arts. Rouen.
Tél.: 02.32.10.87.07.