Le festival fait une large place au Sacre du printemps avec
luvre de Stravinski par lorchestre national de France
et une chorégraphie signée Angelin Preljocaj.

Dans Le sacre du printemps,
le chorégraphe Angelin Preljocaj fait parler les corps mis
à nus avec violence
Décontracté, sous le soleil avignonnais du mois de
juillet, Angelin Preljocaj pensait déjà au festival
normand et au Sacre du printemps que sa compagnie présente
au Havre.
Séducteur quand il parle de son art, le chorégraphe
franco-albanais fait parler les corps mis à nu avec violence.
Il évoque la barbarie ancestrale, le sacrifice
Il livre
« sa » vision du Sacre du printemps, tout en avouant
son admiration pour la création de Nijinski. La première,
le 29 mai 1913 à Paris, donna lieu à lun des
plus grands scandales de lhistoire du spectacle. Considérée
alors « injouable », la partition de Stravinski est
devenue une référence. Et les chorégraphes
les plus prestigieux ont travaillé sur les rythmiques de
ce classique de lécole moderne.
Paris-Normandie : Après Mary Wigman, Maurice Béjart,
Pina Baush, Martha Graham, Mats Ek, et bien évidemment le
créateur, Nijinski, vous proposez une version du Sacre du
printemps. Est-ce un passage obligé pour un chorégraphe
?
Angelin Preljocaj : Rien nest jamais obligatoire et
parfois même je me dis que ce nest pas recommandé
de monter le Sacre du printemps de nos jours. Finalement, cest
très osé. Il y a des éléments de comparaison
prestigieux alors que lorsquon crée ex-nihilo on est
bien plus tranquille dans son coin. Il y a longtemps que lon
me propose de monter Le sacre du printemps. Je lai toujours
refusé. Mais là, cest Daniel Barenboïm
qui me la demandé
Il ma dit : « Voilà,
jen ai marre de faire le Sacre en concert. Je veux le remettre
dans son contexte. » Cela sest passé de manière
idyllique avec une écoute étonnante.
P-N : Cela a été difficile de vous défaire
de toutes ces références chorégraphiques ?
A.P. : Cest toujours étonnant dentendre cette
question pour la danse. La relecture des uvres ne pose pas
de problème en peinture. On a par exemple Lannonciation
de Richter et celle de Picasso. Les thèmes de la création
sont souvent les mêmes de siècle en siècle.
Cest la vision quon en a qui change et elle seule qui
importe.
P-N : Quel regard portez-vous sur la partition de Stravinski
?
A.P. : Cette musique est si universelle que chaque Sacre finit
par devenir une vision personnelle dune même thématique.
La mienne part de la civilisation pour aller vers la barbarie. La
notion de sacrifice est importante : on a beau avancer dans la civilisation
et lhumanité tant quon aura des corps, on ira
vers le sacrifice. Au début, je propose une vision très
civilisée et cela finit dans une sorte de barbarie ancestrale.
P-N : Peut-on considérer quil sagit dune
continuité de lHommage aux ballets russes, chorégraphie
proposée en 1993 puis de Loiseau de feu en 1995 ?
A.P. : Les Ballets russes ? Je trouve quon a là
la première compagnie de danse contemporaine. Dailleurs
la version du Sacre du printemps que je préfère est
celle de Nijinski, celle de lorigine.
P.N. : Vous collectionnez les prix et distinctions. Etes-vous
sensible à ces signes de reconnaissance ?
A.P. : Je suis tellement un cancre que je me demande comment
tout cela arrive. En ce qui concerne la Légion dhonneur,
plus que la décoration, cest le fait quon la
donne à un fils de réfugié politique albanais
qui ma touché. Ça nous fait du bien à
nous tous émigrés.
Propos recueillis par Pascale Bertrand
Le sacre du printemps. Création
en mai 2001 à Berlin pour douze danseurs. Musique : Igor
Stravinski.
Samedi 6 octobre à 20 h 30 au Volcan. Le Havre. Tél.
: 02.32.10.87.07.
Helikopter
Pour annoncer Le Sacre du printemps, en première partie,
Angelin Preljocaj a choisi son époustouflant Helikopter,
chorégraphie créée cette année et imaginée
à partir de la partition de Stockhausen où se mêlent
les notes dun quatuor à cordes et le fracas des turbines
dun hélicoptère.
Ces trente-cinq minutes de danse (trente-deux minutes pour la musique)
sont étonnantes de subtilité, de finesse, de précision.
Au spectateur de Se laisser porter dans ce monde virtuel où
limagination mène la danse.
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