La flamme de Yutaka Sado

Le festival souhaitait l'entendre dans le Sacre du Printemps. Yutaka Sado dirigera au théâtre des Arts l'œuvre de Stravinski. Une œuvre contrastée, enflammée comme lui.


Chef permanent de l'orchestre des concerts Lamoureux, chef invité de l'orchestre national de Bordeaux-Aquitaine, Yutaka Sado, disciple de Bernstein né à Kyoto en 1961, dirige en Normandie l'orchestre national de France. Le programme de ce concert, avec Le sacre du printemps, s'inscrit dans l'hommage rendu à l'œuvre de Stravinski avec le ballet Preljocaj et des projections vidéo autour de ce monument de la musique moderne.

Paris-Normandie : En quoi pourrait-on dire que le Sacre du printemps est une œuvre qui correspond à votre personnalité ?
Yutaka Sado :
« Le Sacre du Printemps est une œuvre très riche, aux contrastes importants, avec des moments de grande violence et d'autres de grande simplicité, comme des thèmes folkloriques. »

P-N : Certains critiques parlent de vous comme d'un chef fantasque. :
Y. S. :
« Je fais de la musique avec les musiciens et veux en faire aussi avec le public et pas seulement pour le public. C'est alors que le concert est bon, à mon avis. »

P-N : Que retenez-vous de l'enseignement de Leonard Bernstein ?
Y. S. :
« Lorsqu'il dirigeait l'ouverture de Leonore III de Beethoven, c'était comme un miracle. La mélodie est très simple, pianissimo, mais j'entendais mon cœur battre tellement fort. Je ressentais très intensément ce que Lenny essayait de m'apprendre : la mélodie, le rythme, l'harmonie. Il était bien sûr magnifique dans Brahms, Mahler. Mais Beethoven, avec lui, était passionnant, classique mais ardent, tellement vivant qu'aujourd'hui encore il continue à brûler en moi. »

P-N. : Rêvez-vous d'obtenir un poste de directeur musical ?
Y. S. :
« Je suis le chef principal de l'orchestre des concerts Lamoureux et je suis aussi le Premier chef invité de l'Orchestre national Bordeaux-Aquitaine et de l'Orchestre symphonique Giuseppe Verdi de Milan. Le titre de directeur musical pour lui-même ne m'intéresse pas. Je suis chef d'orchestre et ma première préoccupation est la musique. Mais il est vrai qu'en tant que chef invité, on peut parfois ressentir de la frustration à faire travailler un orchestre trois jours, donner un concert ou deux et puis s'en aller. Parfois la relation avec les musiciens va être forte et profonde, parfois pas. Alors que j'aurais voulu aller plus loin avec eux. »

P-N : Adopté par la France, entretenez-vous aussi des rapports privilégiés avec la musique française ?
Y. S. :
« Avant d'arriver en France, mon répertoire comprenait Carmen, l'Arlésienne de Bizet, l'Apprenti Sorcier de Dukas, La Gaîté parisienne d'Offenbach. œuvres que j'ai enregistrées avec l'Orchestre philharmonique de Radio-France. Et puis mon répertoire s'est élargi à Debussy, Roussel, Debussy, Franck, Ibert, Chabrier, Satie. Les œuvres françaises ont des couleurs très fortes que les orchestres français savent en général très bien exprimer avec un magnifique phrasé. »

Propos recueillis par Pascale Bertrand

Orchestre national de France direction Yutaka Sado. Mezzo-Soprano Doris Lamprecht.
Au programme : Shéhérazade, ouverture de féerie de Ravel. Le sacre du printemps de Stravinski.
Vendredi 5 octobre à 20 h 30 au théâtre des Arts à Rouen.
Samedi 6 octobre, à 14 h, forum FNAC à Rouen avec Yutaka Sado. A 16 h, concert jeune public au théâtre des Arts. A 18 h 30, conférence et projection vidéo autour du Sacre du printemps au Café Volcan au Havre avant la présentation du Sacre du printemps à 20 h 30 au Volcan par le ballet Preljocaj.

 

"La musique n'a pas de frontières"

P.N. : Avec l’orchestre de concerts Lamoureux vous avez accompagné des chanteurs comme Bernard Lavilliers ou William Sheller. Est-ce le signe évident que la musique ne connaît pas de frontières ?
Y. S. :
La musique n’a pas de frontières ; qu’elle soit classique, pop, jazz, peu importe du moment qu’elle est bonne. Compte tenu de la situation dans laquelle se trouvait l’Orchestre Lamoureux, il fallait réagir. L’Orchestre Lamoureux et moi-même prenons beaucoup de plaisir à jouer avec William Sheller, Bernard Lavilliers, et d’autres. Et le public aussi. D’ailleurs, les concerts sont complets.

P.-N. : En prélude au concert proposé à Rouen, vous offrez une répétition publique avec présentation du concert ainsi qu’une rencontre avec le jeune public. Est-ce pour vous une démarche courante ?
Y. S. :
Oui c’est une démarche courante. Depuis quelques années avec l’Orchestre Lamoureux, je donne des leçons de direction ouvertes au public avant les concerts. Mais l’Orchestre Lamoureux n’a pas de salle, ce qui nous limite beaucoup dans ce que j’aimerais faire à ce niveau : je voudrais que les salles ne soient pas que des salles de concerts mais un vrai lieu de rencontre et d’échange. J’ai un grand projet au Japon avec par exemple des cours de violon donnés tous les jeudis par le violon solo de l’orchestre, des cours de percussions le vendredi… cours ouverts aux enfants et à tout le monde en général. Je voudrais aussi que les lieux (salle de concert, foyer…) soient investis non seulement par les musiciens de l’orchestre mais aussi par le public afin de créer une atmosphère plus conviviale. Et puis Internet ouvre aussi des possibilités…

Le programme
Les articles
Les photos
Partagez...
Retour Une de Paris-Normandie