
Est-ce la partition de Stravinski qui les inspire ou le fait que les
chorégraphes ne s'y risquent qu'arrivés à maturité
de leur l'art qui fait du Sacre du printemps un moment inoubliable de
danse ? Comme Mats Ek, Pina Baush et tant d'autres avant lui, c'est
aujourd'hui à Angelin Preljocaj de savourer le Sacre. Après
Berlin au printemps, Dijon pour la création française
la semaine dernière, c'est au Havre, samedi soir que le
Ballet Preljocaj a présenté la version 2001 du sacrifice.
Sur le plateau du Volcan, il a célébré devant un
public d'aficionados conquis les noces barbares de la terre et de la
féminité dans une éruption d'émotions.
Sur scène, une femme légèrement vêtue relève
sa jupe et fait glisser sur ses chevilles sa petites culotte. Rires
de potaches dans la salle qui très vite se taisent, abasourdis
par la force de cette danse qui porte en elle toutes les violences.
Cinq autres jeunes filles la rejoignent, soumises au même rituel.
Toutes sont prêtes au sacrifice. L'étreinte peut commencer
avec six danseurs entrés en scène, partenaires de six
duos qui s'achèvent dans de sensuelles reptations. Les percussions
grondent, la musique pousse à la transe, à l'orgie.
La salle a célébré ce rite païen sans broncher,
sous le charme des inventions d'Angelin Preljocaj qui, dans la première
partie de ce spectacle, avait déjà saisi le public avec
son étonnant et lumineux Helikopter sur une partition pourtant
difficile de Stokhausen. Mais avec Le sacre du printemps, troisième
création de l'année avec Helikopter et MC 14/22, Angelin
Preljocaj a montré qu'il était le digne héritier
de Nijinshi et des ballets russes auxquels il rend ici un vibrant hommage.
P. B.
Stravinski
à bout de souffle
L'orchestre
national de France a offert vendredi soir au Théâtre
des Arts de Rouen un grand moment. Sous la direction de Yutaka Sado,
les musiques de Ravel et Stravinski ont successivement envahi et médusé
une salle comble. Pour commencer cette représentation, l'orchestre
de France interprète Shéhérazade, ouverture
de féerie et trois mélodies avec orchestre où
Ravel y révèle déjà sa maîtrise
de la palette orchestrale.
La deuxième partie entièrement consacrée à
Stravinski et son uvre Le sacre du printemps donne l'entière
mesure de la puissance de l'orchestre et du talent de son chef de
40 ans. Pour cette formidable machinerie qu'est le Sacre, l'orchestre
développe un effectif gigantesque.
Dans un investissement physique total des musiciens et de leur chef,
les thèmes obsessionnels de transe de la glorification de l'Elue
et la danse sacrale laissent les spectateurs à bout de
souffle par l'intansité qui se dégage de l'interprétation.
La symbiose entre Yutaka Sado et ses musiciens a offert aux Rouennais
une interprétation magistrale et tout en demi-teinte de cette
uvre qui scandalisa ses spectateurs en 1913.. Quelle revanche!