Le
clown des neiges fait fondre les enfants
Imaginé
par Sugeeta Fribourg pour la compagnie du Tabouret, «Le Clown
des Neiges» fait entrer lopéra dans la programmation
dOctobre en Normandie.

Exercice
dinitiation à lopéra pour le public denfants
du festival.
Depuis 1993, la compagnie du Tabouret écrit des opéras
pour les enfants. Une démarche initiatique pour de jeunes spectateurs
mais aussi pédagogique pour les élèves qui participent
à ses créations. Pour eux, Sugeeta Fribourg écrit
des histoires daujourdhui, des contes modernes sans mièvrerie,
mis en musique par des compositeurs sans concessions. Avec Le Clown
des Neiges et le personnage de Nanooka, cest la protection de
la planète qui est à laffiche.
Paris-Normandie : Pouvez-vous nous dire comment est né le
personnage de Nanooka ?
Sugeeta Fribourg : Jai eu lidée de créer
ce personnage, une nuit doctobre. Je trouve que la terre est en
état de souffrance, de dégradation physique et politique.
A travers ce personnage, je voulais analyser les catastrophes sur le
plan symbolique. Cela après le naufrage de lErika
Dans lhistoire, il est aussi question dune tempête.
Et jai écrit Le clown des neiges deux mois avant la grande
tempête de décembre 1999. Je ne veux pas y voir de signe
particulier mais
Cela dit, on assiste à une émergence technologique prodigieuse
et, en parallèle, la terre est encore dans la barbarie. Voilà
! Jenvie de parler de tout ça aux enfants.
P.-N. : A quel point pensez-vous que les enfants sont sensibles à
cette barbarie ?
S. F. : Je pense quavec les images quils voient aujourdhui
attentats de New York, explosion à Toulouse ils
perçoivent tout à fait cette barbarie.
P.-N. : Cest difficile décrire pour les enfants
à propos de ces sujets ?
S. F. : On ne peut pas écrire aujourdhui comme on écrivait
au XIXe siècle. Nous devons travailler dans le concret et évoquer
des choses comme la destruction de la planète. Je travaille pour
les enfants en lisant la presse, en mintéressant à
la politique. La difficulté est ensuite de trouver une histoire
métaphorique.
Il faut aussi compter avec le temps quand on écrit pour les enfants
: jai une espèce dhorloge qui me dit quil ne
faut pas dépasser une heure.
P.-N. : Comme dans les contes, doit-il forcément y avoir une
morale ?
S. F. : Par rapport aux auteurs anciens, la symbolique est restée
la même. Mais avec les enfants daujourdhui, on doit
utiliser un autre langage. A part ça, on parle toujours du passage
de lâge adulte, du comment retrouver ce quon est vraiment.
P.-N. : Comment travaillez vous sur les musiques pour quelles
sadaptent aussi à un jeune public ?
S. F. : La musique allonge le temps même si les compositeurs
sont conscients de cette durée. Là, jai commencé
par raconter lhistoire à Coralie Fayolle. Et elle a travaillé
Lécriture de la musique pour enfants ou adultes est liée
au texte de la même manière. Il ny a pas décriture
simplifiée. Dans le cas du Clown des neiges, la musique est pleine
dhumour, forcément néo-classique avec des clins
dil à Ravel et Debussy.
P.-N. : Le fait dintégrer un chur denfant
nest-il pas une difficulté ?
S. F. : Il ny a pas décriture musicale simplifiée
mais là, des enfants des écoles de lagglomération
rouennaise forment le chur. Il est évident quil faut
écrire pour eux une musique quils soient capables de chanter.
Nous avons déjà travaillé avec des enfants. Cest
pour eux une aventure enrichissante avec une autre dimension que celle
dun simple spectacle pour enfants. Ils comprennent limportance
de la répétition que ce soit pour le spectacle ou à
lécole.
Propos recueillis par Pascale Bertrand.
La clown des neiges, mardi 16 octobre à
20 h 30 et mercredi 17 octobre à 14 h 30 à Saint-Étienne-du-Rouvray.
Le Rive Gauche.