A Dieppe, voyez comme ils dansent

Quelques Dieppois sont venus avant l'heure, mardi dans le studio de Dieppe Scène Nationale. Pour voir. Pour se voir.


Les danseurs de l'équipe des Portraits Dansés, de Philippe Jamet, en visite à Dieppe Scène Nationale.



Philippe Jamet leur a demandé de se livrer face à la caméra dans des « Portraits dansés ». Tous ont répondu au même questionnaire. Ils ont raconté leur ville, leur quartier, leur plus grand bonheur, leur plus grande peur, et ils ont dansé pour exprimer chacune de leur réponse.


Un rire fuse dans la salle de projection. Une femme surprise par son image. François, la cinquantaine, confesse sa peur : un petit garçon qui ne sait pas dans quelle classe aller. Le petit Valentin, et la jeune Alexandra craignent eux le chômage. L'une avoue la perte de son enfant. Jean-Pierre saute de joie en souvenir de la rencontre avec sa femme. Un jeune loulou tatoué raconte la naissance de son premier enfant : « C'est comme si. c'était le bon Dieu ». Des émotions livrées sans fard.

Les quinze Dieppois portraiturés sortent discrètement, et se précipitent dans la deuxième salle. Cette fois, les séquences sont compilées par thèmes. On y retrouve les gestes inspirés par la rencontre, le malheur, la peur. On s'étonne de la répétition des gestes d'un personnage à l'autre. Comme si une même émotion appelait toujours le même pas de danse.

De ce constat est née la troisième étape de l'itinéraire. Des danseurs professionnels ont mis au point de courtes chorégraphies inspirées par les gestes des anonymes. Elizabeth Valentini, Sophiatou Kossoko, et Romano Bottinelli dansent une émotion, à la demande des spectateurs.

« Ils n'aiment pas se voir, mais aucun n'a jamais regretté. Ils comprennent qu'on n'exploite pas leur image », affirme Romano, qui a participé au tournage dieppois, à la fin 2000.

Luc s'est vu sur l'écran. « Je trouve le résultat très beau, très humain. Ce n'est pas trop gênant, les gens sont à leur avantage ». Pour Ratiba, le plus dur est de voir son propre visage : « On ne se voit jamais parler. En revanche, je n'ai pas eu de difficultés à dire les choses. Certains me découvriront peut-être. C'est presque libérateur. Dans la vie, on n'ose pas forcément. Et là, c'est dit »

Philippe Jamet a déjà tourné des portraits dansés à Brétigny-sur-Orge, Marseille (également visibles à Dieppe), Rome, Calais, Nantes. Il prépare Hô-Chi-Minh-Ville, Ouagadougou et tourne à Sao Paulo. Filmer des anonymes, il paraît que c'est dans l'air du temps.

Portraits Dansés de Philippe Jamet. Dieppe Scène Nationale. Aujourd'hui et demain de 14 h à 17 h, samedi 13 de 13 h à 16 h et de 19 h à 22 h. Entrée possible pendant toute la durée des tranches horaires indiquées. Informations au 02.35.82.04.43.


A Dieppe, Romano Bottinelli danse la peur, d'après les gestes des anonymes des Portraits Dansés, filmés par Philippe Jamet

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