L'accordéoniste
Pascal Contet rajeunit l'image des bals à papa avec l'orchestre
national de Lille ou Electro Solo, un récital multimédia
et électroacoustique. Il a carte blanche.

A 38 ans, Pascal
Contet réinvente l'accordéon. Il brise les frontières
et travaille hors-piste
Il a dix ans quand ses parents lui offrent son premier accordéon
et satisfont sa passion pour ce drôle d'instrument née,
cinq ans plus tôt, en écoutant jouer sa tante. Il apprend
le musette, Rika Zaraï et Dalida, mais ses goûts le portent
vers Mozart et Beethoven. A 18 ans, il découvre le répertoire
contemporain, et Spur, ce concerto pour accordéon et orchestre
du compositeur norvégien Arne Nordheim interprété
samedi et dimanche dernier avec l'orchestre national de Lille. Dédouané
de son passé d'accordéoniste de bal à papa, Pascal
Contet continue de travailler à la reconnaissance de son instrument
et à la connaissance d'un répertoire étonnant de
richesses.
Paris-Normandie : L'an dernier, vous accompagniez la création
des Fattoumi-Lamoureux. Vous revoilà au programme avec l'orchestre
national de Lille. L'accordéon s'est-il imposé dans le
festival ?
Pascal Contet : « Ce qui fait du bien, c'est d'être
reconnu comme interprète et non plus seulement pour l'instrument.
Maintenant, je ne pense plus à la reconnaissance du public puisque
celle des professionnels montre qu'elle est déjà acquise.
Quant au fait de bénéficier d'une carte blanche, je dois
bien avouer qu'il y a une certaine responsabilité. Au final,
je pense offrir un vrai bouquet de propositions sur l'accordéon. »
P-N : Les compositeurs contemporains écrivent-ils pour
cet instrument ?
P.C. : « Les jeunes compositeurs ont totalement
inclus l'accordéon dans leur panorama musical, autant dans les
ensembles que dans l'opéra. Chez les musiciens, il n'y a plus
de barrières culturelles. C'est maintenant au public d'être
curieux. Nous, nous sommes juste là pour faire des propositions. »
P-N : Comment avez vous choisi l'accordéon ?
P.C. : « Je ne me suis jamais demandé pourquoi
j'avais choisi cet instrument. Je me souviens juste qu'à 14 ans,
j'étais encore dans un registre musette alors que j'aimais la
musique classique. Mais à l'époque, il n'y avait pas de
classe d'accordéon dans les écoles de musique. Je suivais
des cours privés, et le répertoire classique était
difficile d'accès. Aujourd'hui, un jeune musicien a vraiment
plus de facilités. »
P-N : Y a-t-il un moment où vous vous posiez des questions
sur votre avenir de musicien ?
P.C. : « Vers 18 ans, j'ai fait un vrai rejet pour
cette période musette de ma jeunesse. Et cela a duré jusqu'à
il y a peu de temps. Il fallait en fait couper le cordon avec la famille
instrumentale et rompre aussi avec mes origines. C'est aussi pour cela
que je suis parti en Allemagne. »
P-N : Avez-vous conservé le plaisir de jouer ces airs
populaires ?
P.C. : « J'y reviens. Et pour tout dire, je prépare
un duo avec Yvette Horner. La soirée du 26 octobre est aussi
construite dans cet esprit. Ce programme est une sorte d'hommage au
musette et à tout ce que l'accordéon peut donner. Pendant
20 ans, j'ai cru qu'il était possible de se défaire de
l'image du bal musette. La différence, c'est qu'aujourd'hui,
je commence à comprendre les personnes qui me disent : Ah,
l'accordéon, c'est les bals de mon grand-père. »
P-N : L'époque du piano à bretelles ? Vous
trouvez l'appellation péjorative ?
P.C. « Malgré tout, cela reste péjoratif.
Cela renvoie surtout à l'image de l'accordéon à
touches qui n'a rien de comparable avec mon instrument. »
P-N : Durant le festival, vous présentez aussi votre
collection personnelle d'instruments. Cela fait partie des moyens « pédagogiques »
nécessaires à une reconnaissance de l'accordéon ?
P.C. : « En montant cette exposition, je m'étais
dit : quelle richesse ! A l'époque, j'avais rendu visite
à Marcel Azzola qui possédait de nombreux instruments.
Il m'a donné le virus. Le premier que j'ai eu était un
instrument signé. Un Reisner 1850 avec des inscriptions en nacre.
Et puis sont venus les autres. J'aimerais que cette exposition me suive
plus souvent. Elle amène un public qui n'ose pas forcément
franchir la porte des lieux culturels. »
Propos recueillis par Pascale Bertrand
Samedi 20 octobre à 20 h 30, Electro
Solo, récital musical pour accordéon et dispositif audiovisuel.
Le rayon Vert, à Saint-valery-en-Caux.
Vendredi 26 octobre à 20 h 30, Des rives d'accordéon.
Rencontre d'écrivains, comédiens, danseurs et musiciens
autour de l'accordéon dans un univers musical où la musette
côtoie le contemporain. Le Rayon Vert à Saint-Valery en
Caux.
Tél. : 02.32.10.87.07.
Exposition : Pascal Contet présente sa collection d'instruments
au Rayon Vert jusqu'au 26 octobre du mardi au vendredi de 10 à
10 h et de 14 à 18 h. Le samedi de 9 à 12 h.
Tél. 02.35.97.25.41.