- Chirac,
New Yorkais dans l'âme
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Le président Jacques Chirac a totalement bouleversé
le programme de sa visite à New York, mercredi, pour rendre
un hommage plein d'émotions aux victimes des attentats du 11
septembre.
Venant de Washington où il a rencontré dans la matinée
la communauté française, après avoir eu la veille
un entretien suivi d'un dîner de travail à la Maison
Blanche avec son homologue américain George W. Bush, Jacques
Chirac a retrouvé le maire de New York Rudolph Giuliani à
son PC de l'Emergency Command Center (centre de commandement des opérations
d'urgence).
L'air grave, les deux hommes se sont entretenus pendant une dizaine
de minutes dans une salle de réunion de fortune fermée
par des cloisons mobiles. La main sur le bras du maire, le président
lui a rendu compte de l'émotion des Français et du grand
respect qu'il éprouvaient pour «Rudy the rock»,
devenu à leurs yeux un héros.
Ils ont ensuite parcouru longuement ensemble les installations du
centre de commandement, installé dans un grand hangar du port
de New York, sur le «quai 92». Ils ont échangé
des paroles d'encouragement avec les professionnels et les bénévoles,
mobilisés pour les opérations de secours, se faisant
spontanément applaudir à plusieurs reprises.
Au cours d'un bref contact avec la presse, Jacques Chirac a encore redit
son émotion et la solidarité de la France. «Je suis
très très ému aujourd'hui, comme je l'ai été
la semaine dernière et comme tous les Français qui ont
été terriblement choqués et traumatisés
par ce qui est arrivé ici, un drame que personne n'aurait pu
imaginer», a-t-il dit en anglais.
«Je voulais dire au maire de New York toute notre sollicitude,
notre admiration pour ce qui a été fait après ce
drame, avec une telle efficacité, tant d'habileté et de
coeur», a-t-il ajouté.
Le maire l'a remercié pour sa visite et a annoncé qu'il
allait l'emmener survoler en hélicoptère les ruines des
deux tours du World Trade Center, une visite qui n'était pas
au programme.
«On a envie de pleurer»
Après avoir survolé en hélicoptère les décombres
du World Trade Center, lJacques Chirac a déclaré mercredi
qu'il avait «eu envie de pleurer» lors d'une conférence
de presse au siège de l'ONU. «C'est naturellement une image,
mais quand on voit ça, on a envie de pleurer en imaginant l'ensemble
des hommes, des femmes, peut-être des enfants, qui ont péri
et que l'on ne retrouvera pas car ils ont été en quelque
sorte désintégrés», a-t-il dit .
«Non seulement on les a tués, mais on a aussi rendu impossible
le fait de leur rendre le dernier hommage, c'est-à-dire les obsèques.
Ca dépasse l'imagination, on peut remonter loin dans l'histoire...
Mais là, je crois que l'on a atteint des sommets».
Jacques Chirac, les traits tirés, s'est ensuite rendu à
Union Square, au coeur de Manhattan, dont les New-Yorkais ont fait spontanément
leur lieu de recueillement. Le square marquait encore, jusqu'à
ces tout derniers jours, la frontière entre la zone interdite,
autour du site des attentats, et le reste de Manhattan. Le président
de la République avait été attentif à ce
que sa venue ne perturbe pas l'organisation des secours.
Au pied de la statue de George Washington, le chef d'Etat français
a déposé un bouquet de fleurs bleues, blanches et rouges,
nouées avec deux rubans entrelacés aux couleurs de la
France et des Etats-Unis. Après une minute de silence, il a été
applaudi par les quelques centaines de personnes présentes. On
a entendu crier «merci» et «vive la France».
Il devait ensuite en principe déjeuner avec le secrétaire
général de l'ONU Kofi Annan, tenir une conférence
de presse, puis rencontrer la communauté française de
New York.
Il s'agissait pour le chef de l'Etat, à l'ONU, de donner une
dimension multilatérale à sa visite, après la partie
bilatérale de la veille. M. Chirac estime que l'organisation
internationale ne saurait rester à l'écart des efforts
entrepris pour renforcer la lutte contre le terrorisme.
Avec George W. Bush mardi soir, Jacques Chirac a convenu de la nécessité
d'un renforcement de la coopération entre services secrets et
institutions judiciaires, d'une concertation accrue dans le domaine
de l'aviation civile, des télécommunications, de lutte
contre le financement du terrorisme. «Je ne puis qu'approuver
ces objectifs», a-t-il dit.
Il est toutefois resté prudent sur la perspective d'une éventuelle
intervention armée visant les commanditaires des attentats ou
ceux qui les protègent: «La coopération militaire,
a-t-il insisté, peut se concevoir, dans la mesure où nous
nous serions préalablement concertés, sur les objectifs
et les modalités d'une action."
Le président Bush n'a pas tari d'éloges sur Jacques Chirac,
«un grand ami personnel et un grand ami de l'Amérique».
«Je me réjouis d'avoir une conversation avec l'un de nos
alliés les plus sûrs», a-t-il déclaré
à la presse en accueillant le président français
dans le bureau ovale, «c'est un homme qui a une vraie vision des
choses».
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