Les articles au jour le jour/jeudi 20 septembre
  • Chirac, New Yorkais dans l'âme

 



  • Le président Jacques Chirac a totalement bouleversé le programme de sa visite à New York, mercredi, pour rendre un hommage plein d'émotions aux victimes des attentats du 11 septembre.

    Venant de Washington où il a rencontré dans la matinée la communauté française, après avoir eu la veille un entretien suivi d'un dîner de travail à la Maison Blanche avec son homologue américain George W. Bush, Jacques Chirac a retrouvé le maire de New York Rudolph Giuliani à son PC de l'Emergency Command Center (centre de commandement des opérations d'urgence).

    L'air grave, les deux hommes se sont entretenus pendant une dizaine de minutes dans une salle de réunion de fortune fermée par des cloisons mobiles. La main sur le bras du maire, le président lui a rendu compte de l'émotion des Français et du grand respect qu'il éprouvaient pour «Rudy the rock», devenu à leurs yeux un héros.

    Ils ont ensuite parcouru longuement ensemble les installations du centre de commandement, installé dans un grand hangar du port de New York, sur le «quai 92». Ils ont échangé des paroles d'encouragement avec les professionnels et les bénévoles, mobilisés pour les opérations de secours, se faisant spontanément applaudir à plusieurs reprises.

  • Au cours d'un bref contact avec la presse, Jacques Chirac a encore redit son émotion et la solidarité de la France. «Je suis très très ému aujourd'hui, comme je l'ai été la semaine dernière et comme tous les Français qui ont été terriblement choqués et traumatisés par ce qui est arrivé ici, un drame que personne n'aurait pu imaginer», a-t-il dit en anglais.

    «Je voulais dire au maire de New York toute notre sollicitude, notre admiration pour ce qui a été fait après ce drame, avec une telle efficacité, tant d'habileté et de coeur», a-t-il ajouté.

    Le maire l'a remercié pour sa visite et a annoncé qu'il allait l'emmener survoler en hélicoptère les ruines des deux tours du World Trade Center, une visite qui n'était pas au programme.

  • «On a envie de pleurer»

  • Après avoir survolé en hélicoptère les décombres du World Trade Center, lJacques Chirac a déclaré mercredi qu'il avait «eu envie de pleurer» lors d'une conférence de presse au siège de l'ONU. «C'est naturellement une image, mais quand on voit ça, on a envie de pleurer en imaginant l'ensemble des hommes, des femmes, peut-être des enfants, qui ont péri et que l'on ne retrouvera pas car ils ont été en quelque sorte désintégrés», a-t-il dit .

    «Non seulement on les a tués, mais on a aussi rendu impossible le fait de leur rendre le dernier hommage, c'est-à-dire les obsèques. Ca dépasse l'imagination, on peut remonter loin dans l'histoire... Mais là, je crois que l'on a atteint des sommets».

    Jacques Chirac, les traits tirés, s'est ensuite rendu à Union Square, au coeur de Manhattan, dont les New-Yorkais ont fait spontanément leur lieu de recueillement. Le square marquait encore, jusqu'à ces tout derniers jours, la frontière entre la zone interdite, autour du site des attentats, et le reste de Manhattan. Le président de la République avait été attentif à ce que sa venue ne perturbe pas l'organisation des secours.

    Au pied de la statue de George Washington, le chef d'Etat français a déposé un bouquet de fleurs bleues, blanches et rouges, nouées avec deux rubans entrelacés aux couleurs de la France et des Etats-Unis. Après une minute de silence, il a été applaudi par les quelques centaines de personnes présentes. On a entendu crier «merci» et «vive la France».
    Il devait ensuite en principe déjeuner avec le secrétaire général de l'ONU Kofi Annan, tenir une conférence de presse, puis rencontrer la communauté française de New York.

    Il s'agissait pour le chef de l'Etat, à l'ONU, de donner une dimension multilatérale à sa visite, après la partie bilatérale de la veille. M. Chirac estime que l'organisation internationale ne saurait rester à l'écart des efforts entrepris pour renforcer la lutte contre le terrorisme.

    Avec George W. Bush mardi soir, Jacques Chirac a convenu de la nécessité d'un renforcement de la coopération entre services secrets et institutions judiciaires, d'une concertation accrue dans le domaine de l'aviation civile, des télécommunications, de lutte contre le financement du terrorisme. «Je ne puis qu'approuver ces objectifs», a-t-il dit.
    Il est toutefois resté prudent sur la perspective d'une éventuelle intervention armée visant les commanditaires des attentats ou ceux qui les protègent: «La coopération militaire, a-t-il insisté, peut se concevoir, dans la mesure où nous nous serions préalablement concertés, sur les objectifs et les modalités d'une action."

    Le président Bush n'a pas tari d'éloges sur Jacques Chirac, «un grand ami personnel et un grand ami de l'Amérique». «Je me réjouis d'avoir une conversation avec l'un de nos alliés les plus sûrs», a-t-il déclaré à la presse en accueillant le président français dans le bureau ovale, «c'est un homme qui a une vraie vision des choses».

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