- Le
jihad, cette guerre qu'on dit sainte

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Les
taliban d'Afghanistan appellent au jihad , la guerre sainte
contre les Etats-Unis. Que signifie ce mot qui déchaîne
les passions ? Des clés pour comprendre le conflit.
Un millier d'érudits de l'islam, venus de toutes les provinces
d'Afghanistan, se sont réunis hier à Kaboul, où
le mollah Omar, chef suprême des taliban, leur a solennellement
demandé de se préparer à édicter une « fatwa »
(décret religieux) décrétant la « guerre
sainte », face aux « menaces » d'attaque
américaine.
Ce terme de jihad (ou djihad), un mot arabe cité par le Coran
pouvant se traduire par « lutte » ou « effort »,
désignait du vivant du prophète Mahomet (VIIe siècle)
la guerre contre les tribus païennes pour instaurer l'islam.
Le terme a ensuite très vite pris un double sens : le
premier, privilégié notamment par les responsables de
l'islam en France, se réfère à l'effort que le
croyant doit accomplir sur lui-même pour maîtriser ses
passions (grand jihad). Le second évoque la défense
de l'islam contre les agressions extérieures (petit jihad).
Avec la disparition d'une autorité unique de l'islam, dès
le VIIIe siècle, plus personne n'a détenu l'autorité
pour parler au nom de l'ensemble de l'« oumma »,
la communauté des croyants, et décréter une éventuelle
« guerre sainte » de conquête.
Des jihad défensifs ont en revanche été lancés,
notamment pour protéger les lieux saints.
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Un
grande charge émotionnelle
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Les taliban veillent à présenter un éventuel
jihad contre les Etats-Unis comme une action défensive. Respectant
la tradition à la lettre, ils ont convoqué un collège
d'oulémas représentant toutes les tribus d'Afghanistan.
Ces érudits de l'islam devront motiver leur décision
(par exemple absence de preuve concernant la culpabilité de
ben Laden dans les attentats ou concernant la complicité du
régime afghan, etc.)
Parmi les populations des pays musulmans, restés à l'écart
du développement technologique et économique, ce terme
de jihad revêt « une grande charge émotionnelle
et mobilisatrice », souligne l'anthropologue Malek Chebel.
Si les représailles américaines paraissaient disproportionnées
ou injustifiées, l'invocation du « jihad »
par les taliban pourrait avoir des effets « catastrophiques »
dans l'opinion publique de ces pays, a-t-il ajouté.
« Le seul mot de croisade (employé par le président
américain George Bush, NDLR) est irrecevable, c'est une agression
à la pensée et à l'imaginaire de millions d'hommes »
renchérit l'écrivain libanaise installée à
Paris Dominique Eddé.
« De deux choses l'une, poursuit l'écrivain, soit
c'est une « croisade » et cela implique qu'on
accule l'islam à la guerre, soit ce ne l'est pas et c'est signe
d'une irresponsabilité et d'une ignorance. Quand ben Laden
confisque « Allah », faut-il que Bush réponde
« God » ? »
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