Les articles au jour le jour/mardi 18 septembre

éditorial
Panique boursière


Après les attentats, les affaires reprennent. Mais à la baisse. Rouverte hier par deux minutes de silence et l'hymne américain en mémoire des victimes, la Bourse de New York a plongé de 7 % en quelques heures. Le patriotisme financier réclamé par les autorités américaines n'a pas tenu longtemps. Même si on ne peut pas parler de krach boursier, les investisseurs inquiets ont vendu leurs actions par milliards de dollars, poussant un peu plus les Etats-Unis vers la récession. Déjà mal en point du fait du ralentissement de la croissance et de l'effondrement des valeurs technologiques, l'économie américaine doit maintenant encaisser les attaques terroristes et leurs conséquences sur la confiance des investisseurs et celle des ménages. On a vu ce qu'il en était des investisseurs, on verra bientôt ce que feront les consommateurs. Les attentats, les risques de guerre et la chute continue de Wall Street ne vont pas inciter les Américains à dépenser. Les exportations et les investissements étant déjà en baisse aux Etats Unis, si la consommation stagne, alors c'est toute l'économie du pays qui va péricliter. Cette perspective est inquiétante pour toute l'économie mondiale, tant le poids des Etats Unis est important. D'ailleurs, pour la première fois, la banque centrale européenne et la réserve fédérale américaine se sont entendues pour baisser, en même temps, leurs taux d'intérêt afin de soutenir la croissance économique. Peine perdue outre-Atlantique, mais pari gagné de ce côté-ci. Les marchés européens ont tous terminé à la hausse, après, il est vrai, plusieurs semaines de chute. Ces mouvements erratiques risquent bien de se prolonger longtemps. Qui peut prévoir, en effet, quelles seront les représailles américaines aux attentats et leurs conséquences sur l'équilibre politique et économique international ? Rien, en tout cas, qui incite à l'euphorie et à la consommation débridée. En détruisant les deux tours du World Trade Center, les terroristes ont aussi ébranlé l'économie américaine et donc l'économie mondiale. Les commanditaires et les organisateurs de ces attaques l'avaient vraisemblablement prévu. Ils en ont même sans doute profité, puisque des mouvements de capitaux suspects ont été repérés avant les attentats sur des valeurs très spéculatives, comme le pétrole ! C'est une preuve supplémentaire qu'il faudra plus qu'une gesticulation militaire ou qu'une salve de missiles pour en venir à bout.

GILLES DAUXERRE

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