éditorial
Panique boursière
Après les attentats, les affaires reprennent. Mais à
la baisse. Rouverte hier par deux minutes de silence et l'hymne américain
en mémoire des victimes, la Bourse de New York a plongé
de 7 % en quelques heures. Le patriotisme financier réclamé
par les autorités américaines n'a pas tenu longtemps.
Même si on ne peut pas parler de krach boursier, les investisseurs
inquiets ont vendu leurs actions par milliards de dollars, poussant
un peu plus les Etats-Unis vers la récession. Déjà
mal en point du fait du ralentissement de la croissance et de l'effondrement
des valeurs technologiques, l'économie américaine doit
maintenant encaisser les attaques terroristes et leurs conséquences
sur la confiance des investisseurs et celle des ménages. On
a vu ce qu'il en était des investisseurs, on verra bientôt
ce que feront les consommateurs. Les attentats, les risques de guerre
et la chute continue de Wall Street ne vont pas inciter les Américains
à dépenser. Les exportations et les investissements
étant déjà en baisse aux Etats Unis, si la consommation
stagne, alors c'est toute l'économie du pays qui va péricliter.
Cette perspective est inquiétante pour toute l'économie
mondiale, tant le poids des Etats Unis est important. D'ailleurs,
pour la première fois, la banque centrale européenne
et la réserve fédérale américaine se sont
entendues pour baisser, en même temps, leurs taux d'intérêt
afin de soutenir la croissance économique. Peine perdue outre-Atlantique,
mais pari gagné de ce côté-ci. Les marchés
européens ont tous terminé à la hausse, après,
il est vrai, plusieurs semaines de chute. Ces mouvements erratiques
risquent bien de se prolonger longtemps. Qui peut prévoir,
en effet, quelles seront les représailles américaines
aux attentats et leurs conséquences sur l'équilibre
politique et économique international ? Rien, en tout
cas, qui incite à l'euphorie et à la consommation débridée.
En détruisant les deux tours du World Trade Center, les terroristes
ont aussi ébranlé l'économie américaine
et donc l'économie mondiale. Les commanditaires et les organisateurs
de ces attaques l'avaient vraisemblablement prévu. Ils en ont
même sans doute profité, puisque des mouvements de capitaux
suspects ont été repérés avant les attentats
sur des valeurs très spéculatives, comme le pétrole !
C'est une preuve supplémentaire qu'il faudra plus qu'une gesticulation
militaire ou qu'une salve de missiles pour en venir à bout.
GILLES
DAUXERRE