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Juriste
exilé depuis 1978 à Rouen, Shams Mezam pleure pour son
peuple martyrisé. Il s'inquiète du « piège
afghan » et de la menace fondamentaliste en Asie centrale.
Shams Mezam, quinquagénaire au regard doux, vit comme un exilé
depuis 1978, à Rouen. A cause des Soviétiques, ce juriste
de formation a quitté l'Afghanistan avec femme et enfants,
et assiste depuis vingt-trois ans à sa destruction progressive.
« J'ai toujours le sentiment que c'est mon pays. Et je
pleure pour le peuple, que les Taliban tuent aujourd'hui. Ils ont
même fait plus de mal que les communistes. ».
Au centre de toutes les hypothèses guerrières de ces
derniers jours, l'Afghanistan n'a pourtant pas changé :
avant les Soviétiques, l'empire britannique, Gengis Khan, et
même Alexandre le Grand s'y sont cassés les dents. « C'est
désormais un piège pour toute l'Asie centrale. Ma solution,
ça serait de couper les Taliban de leurs liens avec le Pakistan,
de leur soutien militaire, et d'aider le groupe de Massoud sur le
terrain. Ca sera plus long, mais ça serait préférable
pour que le monde reste tranquille ».
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Embrasement
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Shams Mezam sait que la possibilité d'un embrasement de l'Asie
centrale n'est pas exclu. Il connaît l'influence du fondamentalisme
sur une partie des populations musulmanes alentour, la fragilité
de nombreux régimes politiques voisins. « Les Taliban,
quand j'ai quitté le pays, ça n'existait pas. C'est
comme les champignons, il en sort de partout depuis sept ans, et ce
mouvement a commencé au Pakistan ». Un pays puissant,
de 140 millions d'habitants, où le sentiment anti-américain
se développe de façon galopante depuis plusieurs années
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« J'ai
peur pour le monde »
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Les tractations en cours, la bonne volonté de façade
du gouvernement d'Islamabad ne pourraient, selon Shams, contrôler
la réaction populaire en cas d'intervention étrangère
dans cette région du monde.
« Si ça commence comme une guerre sainte, je suis
très inquiet. On a vu ce que la Djihad donnait avec les Russes !
Si 0,1 % du milliard de musulmans entre dans cette Jihad, cela
peut créer un million de terroristes. Et là, j'ai peur
pour le monde. Aujourd'hui, l'Afghanistan n'est rien, mais le Pakistan
peut éclater. Et si la force nucléaire tombe dans les
mains d'un Ben Laden. D'ailleurs, je suis presque sûr que Ben
Laden et ses hommes sont plus forts que les Taliban ».
Le milliardaire saoudien cristallise aujourd'hui le dégoût,
le ressentiment justifié de l'Occident tout entier. Mais en
Asie centrale, il demeure un héros, un symbole, et justifie
l'angoisse de Shams Mezam d'assister au début d'une tout autre
guerre que celle contre le terrorisme.Arnaud Faugère
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