Les articles au jour le jour/mercredi 19 septembre
  • Les inquiétudes d'un Afghan de Rouen

  • Juriste exilé depuis 1978 à Rouen, Shams Mezam pleure pour son peuple martyrisé. Il s'inquiète du « piège afghan » et de la menace fondamentaliste en Asie centrale.


    Shams Mezam, quinquagénaire au regard doux, vit comme un exilé depuis 1978, à Rouen. A cause des Soviétiques, ce juriste de formation a quitté l'Afghanistan avec femme et enfants, et assiste depuis vingt-trois ans à sa destruction progressive. « J'ai toujours le sentiment que c'est mon pays. Et je pleure pour le peuple, que les Taliban tuent aujourd'hui. Ils ont même fait plus de mal que les communistes. ».

    Au centre de toutes les hypothèses guerrières de ces derniers jours, l'Afghanistan n'a pourtant pas changé : avant les Soviétiques, l'empire britannique, Gengis Khan, et même Alexandre le Grand s'y sont cassés les dents. « C'est désormais un piège pour toute l'Asie centrale. Ma solution, ça serait de couper les Taliban de leurs liens avec le Pakistan, de leur soutien militaire, et d'aider le groupe de Massoud sur le terrain. Ca sera plus long, mais ça serait préférable pour que le monde reste tranquille ».
  • Embrasement

  • Shams Mezam sait que la possibilité d'un embrasement de l'Asie centrale n'est pas exclu. Il connaît l'influence du fondamentalisme sur une partie des populations musulmanes alentour, la fragilité de nombreux régimes politiques voisins. « Les Taliban, quand j'ai quitté le pays, ça n'existait pas. C'est comme les champignons, il en sort de partout depuis sept ans, et ce mouvement a commencé au Pakistan ». Un pays puissant, de 140 millions d'habitants, où le sentiment anti-américain se développe de façon galopante depuis plusieurs années
  • « J'ai peur pour le monde »

  • Les tractations en cours, la bonne volonté de façade du gouvernement d'Islamabad ne pourraient, selon Shams, contrôler la réaction populaire en cas d'intervention étrangère dans cette région du monde.

    « Si ça commence comme une guerre sainte, je suis très inquiet. On a vu ce que la Djihad donnait avec les Russes ! Si 0,1 % du milliard de musulmans entre dans cette Jihad, cela peut créer un million de terroristes. Et là, j'ai peur pour le monde. Aujourd'hui, l'Afghanistan n'est rien, mais le Pakistan peut éclater. Et si la force nucléaire tombe dans les mains d'un Ben Laden. D'ailleurs, je suis presque sûr que Ben Laden et ses hommes sont plus forts que les Taliban ».

    Le milliardaire saoudien cristallise aujourd'hui le dégoût, le ressentiment justifié de l'Occident tout entier. Mais en Asie centrale, il demeure un héros, un symbole, et justifie l'angoisse de Shams Mezam d'assister au début d'une tout autre guerre que celle contre le terrorisme.Arnaud Faugère

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