Les articles au jour le jour/samedi 15 - dimanche 16 septembre

  • Le chagrin à Giverny
  • Hier au musée d'Art américain de Giverny, de nombreux touristes bloqués en France sont venus rompre leur isolement, partager un peu de cette terrible émotion qui terrasse leur pays. A midi, tous se figent pour les trois minutes de silence. Chaque seconde pèse tandis que les images défilent dans les têtes. Des images de destruction, de souffrance, de visages et de corps noyés dans la matière tordue. Des regards tournés vers l'intérieur, souvenir ou cauchemar. Quelques larmes pudiquement essuyées. Trois minutes sont vite passées.

    Depuis mardi dernier, la communauté américaine, touristes et employés, partage une douleur palpable. D'abord informés par téléphone, les employés dont la famille vit de l'autre côté de l'Atlantique suivent depuis mardi le déroulement des faits comme un mauvais feuilleton. A l'entrée du musée, toute proche de celle des jardins de Monet, les mesures du plan Vigipirate sont appliquées de la façon la plus courtoise. Aujourd'hui vendredi, les visiteurs affluent, cherchent la compagnie de leurs compatriotes.

  • Des journées pénibles

  • « Maintenant, tout ce qu'on veut, c'est rentrer à la maison ! » Pour Betty et Tom, sexagénaires en pleine forme, les trois derniers jours ont été pénibles. « Nous habitons Washington, dans la campagne mais pas très loin du Pentagone. Et nous souffrons dêtre bloqués dans nos chambres d'hôtel, à la recherche d'informations, mais sans vraiment rien savoir de ce qui se passe. »

  • William est pour sa part consterné. Sur CNN, l'ancien « marine » en vacances a appris ce matin que de nouveaux groupes de terroristes ont été interceptés. « Vous voyez, ça n'est pas fini ; et ça pourrait tout aussi bien tomber sur la France, sur l'Europe. Ces gens sont très organisés, et veulent semer la terreur partout. Et on ne sait pas où les pourchasser. Je ne voudrais pas qu'on frappe en aveugle. »

    Marge et Bill semblent pour leur part un peu perdus. Ils ne savent pas trop quoi faire pour ralentir le flot d'images qui empoisonne leurs cerveaux. Alors ils en créent d'autres, photographient les drapeaux français et américain qui se côtoient dans le hall. « Je n'aurai jamais cru voir ça de mon vivant, après le terrible siècle qui vient de s'achever. » Sur les visages de ce couple, se lit une grande lassitude, une tristesse que seuls déchirent des sourires forcés.

    A.F.


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