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Hier au musée d'Art américain de Giverny, de nombreux
touristes bloqués en France sont venus rompre leur isolement,
partager un peu de cette terrible émotion qui terrasse leur
pays. A midi, tous se figent pour les trois minutes de silence. Chaque
seconde pèse tandis que les images défilent dans les
têtes. Des images de destruction, de souffrance, de visages
et de corps noyés dans la matière tordue. Des regards
tournés vers l'intérieur, souvenir ou cauchemar. Quelques
larmes pudiquement essuyées. Trois minutes sont vite passées.
Depuis mardi dernier, la communauté américaine, touristes
et employés, partage une douleur palpable. D'abord informés
par téléphone, les employés dont la famille vit
de l'autre côté de l'Atlantique suivent depuis mardi
le déroulement des faits comme un mauvais feuilleton. A l'entrée
du musée, toute proche de celle des jardins de Monet, les mesures
du plan Vigipirate sont appliquées de la façon la plus
courtoise. Aujourd'hui vendredi, les visiteurs affluent, cherchent
la compagnie de leurs compatriotes.
- Des
journées pénibles
« Maintenant, tout ce qu'on veut, c'est rentrer à
la maison ! » Pour Betty et Tom, sexagénaires
en pleine forme, les trois derniers jours ont été pénibles.
« Nous habitons Washington, dans la campagne mais pas très
loin du Pentagone. Et nous souffrons dêtre bloqués dans
nos chambres d'hôtel, à la recherche d'informations, mais
sans vraiment rien savoir de ce qui se passe. »
William est pour sa part consterné. Sur CNN, l'ancien « marine »
en vacances a appris ce matin que de nouveaux groupes de terroristes
ont été interceptés. « Vous voyez, ça
n'est pas fini ; et ça pourrait tout aussi bien tomber sur
la France, sur l'Europe. Ces gens sont très organisés,
et veulent semer la terreur partout. Et on ne sait pas où les
pourchasser. Je ne voudrais pas qu'on frappe en aveugle. »
Marge et Bill semblent pour leur part un peu perdus. Ils ne savent pas
trop quoi faire pour ralentir le flot d'images qui empoisonne leurs
cerveaux. Alors ils en créent d'autres, photographient les drapeaux
français et américain qui se côtoient dans le hall.
« Je n'aurai jamais cru voir ça de mon vivant, après
le terrible siècle qui vient de s'achever. » Sur les
visages de ce couple, se lit une grande lassitude, une tristesse que
seuls déchirent des sourires forcés.
A.F.
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