Les articles au jour le jour/samedi 15 - dimanche 16 septembre
  • Isabelle, une Rouennaise de New York a tout vu de sa fenêtre : elle raconte
  • Isabelle Caillat, une jeune Rouennaise ingénieur financier à New York depuis plusieurs années où elle habite, raconte comment elle a vécu l'incroyable cataclysme.

  • New York, le 11 septembre 2001, 8 h 50 :

    « Merci, on se voit ce soir à heures. Quelque chose vient d'exploser au WTC je crois - il y a un bruit énorme et un nuage noir au-dessus du WTC. J'ai peur. Je te laisse »

    En ce 11 septembre, nous devions fêter les anniversaires de mes amis Laura et Chuck L. Nous avions choisi cette date un peu au hasard de nos disponibilités. un jour comme les autres.

    Ils habitent le quartier de Battery Park City, au bord de l'eau, au 17e étage d'une tour à quelques pas au sud ouest du World Trade Center.

    Mais lorsque Laura m'envoie cet email, je suis encore en train de prendre mon petit déjeuner à Jersey City, à quelques kilomètres de là, de l'autre côté de l'Hudson. Je mets mon ordinateur en marche et venais juste d'obtenir la connection internet lorsque mon co-locataire m'appelle et me dit de venir voir par la fenêtre. D'abord, je ne vois rien. Et finalement je vois, sans vouloir y croire, ces tours en feu. Les deux tours du World Trade Center en feu. Il met la télévision en marche. Deux avions sont entrés à 18 minutes d'intervalle dans les tours. « Mais alors, ce sont des terroristes », m'exclamai-je. Je sens les larmes couler sur mon visage en pensant à tous ces gens qui travaillent dans ces tours, dont certains sont des amis ou des gens que j'ai côtoyés en classe à New York University.
    Puis CBS parle d'avions détournés de Boston et de Newark, de moyens courriers, de Boeing 767 et 757 à destination de la côte ouest des Etats Unis, et ajoute que jusqu'à 8 avions auraient été détournés, dont certains seraient encore en vol. Le Pentagone a été attaqué !

    Mais les tours du World Trade Center galvanisent toute notre attention. Nous sommes là, figés devant la télévision. La journaliste annonce que la 1ère tour s'effondre. Je m'exclame que ce n'est pas possible que cela ait été aussi mal construit. Je regarde par la fenêtre et la vois s'effondrer. Ce n'est plus la télévision, c'est par la fenêtre, mais cela semble irréel.
  • J'ai appelé mes parents

  • Je ne sais plus si c'est avant ou après que la journaliste ait annoncé que la 1ère tour du WTC s'effondrait que j'ai appelé mes parents à Rouen pour leur demander s'ils avaient vu la télévision et les rassurer. Evidemment, ils étaient devant le poste, mais je n'avais pas vu le temps passer. J'étais restée là, figée. L'autre tour s'effondre, mais ce n'est presque plus de l'information. Tout s'effondre. Le centre financier américain s'effondre.

    Finalement, je me reconnecte à internet et cette fois lis mes e-mails. Celui de Laura plus haut, puis celui de Chuck à 10 h 33 :

    « Nous sommes OK nous sommes partis le plus vite possible. Comment tu vas ? »
    Et puis des dizaines d'emails de la famille, d'amis et d'anciens de ma business school à l'autre bout du monde me demandant si tout va bien. Oui, je vais bien, j'étais loin, je n'avais pas prévu de me rendre à Manhattan ce matin là.
  • J'ai revu 50 fois les images

  • Cette première journée s'est passée en spéculations devant la télévision, mais aussi en regardant de temps en temps par la fenêtre, toujours aussi incrédule. 50 fois j'ai revu les images du 2e avion piquant dans la tour nord et 50 fois je n'y ai pas cru.

    Hier, une amie, m'a rappelée pour me dit qu'elle avait passé la nuit jusqu'à 9 heures du matin à essayer de localiser les gens de son entreprise. Mais elle parlait déjà aussi de la prochaine étape à laquelle elle allait participer :

    l'immeuble où sont ses bureaux et dans lequel elle avait la chance de ne pas se trouver ce jour-là serait en mauvais état, il faudrait donc trouver des locaux de remplacement ailleurs dans New York en attendant de le reconstruire afin de pouvoir reprendre le travail au plus vite. Eh oui, 24 heures après le drame, on parlait déjà de revenir à la normalité le plus vite possible. On ne s'éternise pas ici : the show must go on. Ou plutôt les affaires doivent continuer. Le maire conseillait hier soir déjà aux habitants d'aller manger dans les restaurants et de faire du shopping afin de soutenir l'économie de la ville. Cela peut sembler insensible, mais de toute facon, l'on ne changera rien à ce qui s'est passé. 3.000 tonnes de débris ont déjà été déblayés hier. Le World Trade Center est en cendres.
  • Les parents d'Isabelle vivent à Rouen : son père est enseignant au lycée Jeanne-d'Arc de Rouen et sa mère est fonctionnaire.

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