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Isabelle
Caillat, une jeune Rouennaise ingénieur financier à
New York depuis plusieurs années où elle habite, raconte
comment elle a vécu l'incroyable cataclysme.
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New
York, le 11 septembre 2001, 8 h 50 :
« Merci, on se voit ce soir à heures. Quelque chose
vient d'exploser au WTC je crois - il y a un bruit énorme et
un nuage noir au-dessus du WTC. J'ai peur. Je te laisse »
En ce 11 septembre, nous devions fêter les anniversaires
de mes amis Laura et Chuck L. Nous avions choisi cette date un
peu au hasard de nos disponibilités. un jour comme les autres.
Ils habitent le quartier de Battery Park City, au bord de l'eau, au
17e étage d'une tour à quelques pas au sud ouest du
World Trade Center.
Mais lorsque Laura m'envoie cet email, je suis encore en train de
prendre mon petit déjeuner à Jersey City, à quelques
kilomètres de là, de l'autre côté de l'Hudson.
Je mets mon ordinateur en marche et venais juste d'obtenir la connection
internet lorsque mon co-locataire m'appelle et me dit de venir voir
par la fenêtre. D'abord, je ne vois rien. Et finalement je vois,
sans vouloir y croire, ces tours en feu. Les deux tours du World Trade
Center en feu. Il met la télévision en marche. Deux
avions sont entrés à 18 minutes d'intervalle dans les
tours. « Mais alors, ce sont des terroristes »,
m'exclamai-je. Je sens les larmes couler sur mon visage en pensant
à tous ces gens qui travaillent dans ces tours, dont certains
sont des amis ou des gens que j'ai côtoyés en classe
à New York University.
Puis CBS parle d'avions détournés de Boston et de Newark,
de moyens courriers, de Boeing 767 et 757 à destination de
la côte ouest des Etats Unis, et ajoute que jusqu'à 8
avions auraient été détournés, dont certains
seraient encore en vol. Le Pentagone a été attaqué !
Mais les tours du World Trade Center galvanisent toute notre attention.
Nous sommes là, figés devant la télévision.
La journaliste annonce que la 1ère tour s'effondre. Je m'exclame
que ce n'est pas possible que cela ait été aussi mal
construit. Je regarde par la fenêtre et la vois s'effondrer.
Ce n'est plus la télévision, c'est par la fenêtre,
mais cela semble irréel.
- J'ai
appelé mes parents
Je ne sais plus si c'est avant ou après que la journaliste ait
annoncé que la 1ère tour du WTC s'effondrait que j'ai
appelé mes parents à Rouen pour leur demander s'ils avaient
vu la télévision et les rassurer. Evidemment, ils étaient
devant le poste, mais je n'avais pas vu le temps passer. J'étais
restée là, figée. L'autre tour s'effondre, mais
ce n'est presque plus de l'information. Tout s'effondre. Le centre financier
américain s'effondre.
Finalement, je me reconnecte à internet et cette fois lis mes
e-mails. Celui de Laura plus haut, puis celui de Chuck à 10 h 33 :
« Nous sommes OK nous sommes partis le plus vite possible.
Comment tu vas ? »
Et puis des dizaines d'emails de la famille, d'amis et d'anciens de
ma business school à l'autre bout du monde me demandant si tout
va bien. Oui, je vais bien, j'étais loin, je n'avais pas prévu
de me rendre à Manhattan ce matin là.
- J'ai
revu 50 fois les images
Cette première journée s'est passée en spéculations
devant la télévision, mais aussi en regardant de temps
en temps par la fenêtre, toujours aussi incrédule. 50 fois
j'ai revu les images du 2e avion piquant dans la tour nord et 50 fois
je n'y ai pas cru.
Hier, une amie, m'a rappelée pour me dit qu'elle avait passé
la nuit jusqu'à 9 heures du matin à essayer de localiser
les gens de son entreprise. Mais elle parlait déjà aussi
de la prochaine étape à laquelle elle allait participer :
l'immeuble où sont ses bureaux et dans lequel elle avait la chance
de ne pas se trouver ce jour-là serait en mauvais état,
il faudrait donc trouver des locaux de remplacement ailleurs dans New
York en attendant de le reconstruire afin de pouvoir reprendre le travail
au plus vite. Eh oui, 24 heures après le drame, on parlait
déjà de revenir à la normalité le plus vite
possible. On ne s'éternise pas ici : the show must go on.
Ou plutôt les affaires doivent continuer. Le maire conseillait
hier soir déjà aux habitants d'aller manger dans les restaurants
et de faire du shopping afin de soutenir l'économie de la ville.
Cela peut sembler insensible, mais de toute facon, l'on ne changera
rien à ce qui s'est passé. 3.000 tonnes de débris
ont déjà été déblayés hier.
Le World Trade Center est en cendres.
- Les
parents d'Isabelle vivent à Rouen : son père est
enseignant au lycée Jeanne-d'Arc de Rouen et sa mère est
fonctionnaire.
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