éditorial
Difficile riposte
George W.Bush est déterminé
à répondre aux attaques terroristes dont ont
été victimes les Etats-Unis et il veut «débarrasser
le monde de ce fléau».
Il sagit, selon lui, de la «première guerre du
XXIe siècle». Mais une
guerre contre qui? Jusquà maintenant les protagonistes
des grands conflits
armés étaient toujours identifiés et leurs objectifs
de conquête
territoriale ou de suprématie politique étaient clairement
définis. On
saffrontait de peuple à peuple ou dEtat à
Etat. Cette fois, cest
différent.
Lorganisation qui a tué 5.000 personnes, en majorité
américaines, en
faisant sécraser des avions de ligne détournés
sur les tours du World Trade
Center à New York et sur le Pentagone à Washington,
ne revendique rien,
nexige rien, ne défend rien, mais cherche uniquement
à tuer et à détruire.
Cette organisation a peut être un chef, mais elle na pas
de nationalité,
pas de territoire, seulement des troupes fanatisées et des
lieux
dentraînement et dasile. Ses seules motivations
sont le fanatisme
religieux et la haine, mais elle ne sont ni politiques ni économiques.
Cest
ce qui rend la riposte extrêmement difficile.
On nest plus dans le schéma classique de la guerre du
Golfe où le monde
civilisé devait faire rendre gorge à un dictateur dont
larmée avait envahi
un pays voisin. Oussama ben Laden, sil se confirme quil
est bien
lorganisateur de la vague dattentats, nest pas chef
dEtat comme Saddam
Hussein, et lAfghanistan qui lhéberge nest
pas lIrak. Les bombardiers,
les missiles et les chars ne pèsent pas lourd face à
quelques milliers de
terroristes illuminés capables de sacrifier leur vie, et celle
de milliers
de gens innocents, à bord davion détournés
à laide de couteaux et de
cutters.
Nos systèmes de valeurs, notamment sur la place de lhomme
dans la société
et sur le respect de la vie, sont tellement différents quune
riposte
militaire, diplomatique et économique classique, à ce
type dattaque serait
inopérante. Pire, la liquidation physique dOussama ben
Laden et de ses
hommes, ajoutée, par exemple, à une «vitrification»
de lAfghanistan,
pourrait susciter des vocations de martyr chez dautres «fous
de Dieu»,
partout ailleurs dans le monde. Plutôt que de se lancer trop
vite dans une
frappe violente et vengeresse, il faut donc imaginer une réplique
appropriée, qui punisse les auteurs de ces épouvantables
attentats tout en
préservant lavenir. Cest toute la subtilité
de cette «guerre du XXI
siècle» qui réclame, plus que jamais, une véritable
solidarité
internationale.
GILLES
DAUXERRE