Les articles au jour le jour/samedi 15 - dimanche 16 septembre


éditorial
Difficile riposte
George W.Bush est déterminé à répondre aux attaques terroristes dont ont
été victimes les Etats-Unis et il veut «débarrasser le monde de ce fléau».
Il s’agit, selon lui, de la «première guerre du XXIe siècle». Mais une
guerre contre qui? Jusqu’à maintenant les protagonistes des grands conflits
armés étaient toujours identifiés et leurs objectifs de conquête
territoriale ou de suprématie politique étaient clairement définis. On
s’affrontait de peuple à peuple ou d’Etat à Etat. Cette fois, c’est
différent.
L’organisation qui a tué 5.000 personnes, en majorité américaines, en
faisant s’écraser des avions de ligne détournés sur les tours du World Trade
Center à New York et sur le Pentagone à Washington, ne revendique rien,
n’exige rien, ne défend rien, mais cherche uniquement à tuer et à détruire.
Cette organisation a peut être un chef, mais elle n’a pas de nationalité,
pas de territoire, seulement des troupes fanatisées et des lieux
d’entraînement et d’asile. Ses seules motivations sont le fanatisme
religieux et la haine, mais elle ne sont ni politiques ni économiques. C’est
ce qui rend la riposte extrêmement difficile.
On n’est plus dans le schéma classique de la guerre du Golfe où le monde
civilisé devait faire rendre gorge à un dictateur dont l’armée avait envahi
un pays voisin. Oussama ben Laden, s’il se confirme qu’il est bien
l’organisateur de la vague d’attentats, n’est pas chef d’Etat comme Saddam
Hussein, et l’Afghanistan qui l’héberge n’est pas l’Irak. Les bombardiers,
les missiles et les chars ne pèsent pas lourd face à quelques milliers de
terroristes illuminés capables de sacrifier leur vie, et celle de milliers
de gens innocents, à bord d’avion détournés à l’aide de couteaux et de
cutters.
Nos systèmes de valeurs, notamment sur la place de l’homme dans la société
et sur le respect de la vie, sont tellement différents qu’une riposte
militaire, diplomatique et économique classique, à ce type d’attaque serait
inopérante. Pire, la liquidation physique d’Oussama ben Laden et de ses
hommes, ajoutée, par exemple, à une «vitrification» de l’Afghanistan,
pourrait susciter des vocations de martyr chez d’autres «fous de Dieu»,
partout ailleurs dans le monde. Plutôt que de se lancer trop vite dans une
frappe violente et vengeresse, il faut donc imaginer une réplique
appropriée, qui punisse les auteurs de ces épouvantables attentats tout en
préservant l’avenir. C’est toute la subtilité de cette «guerre du XXI
siècle» qui réclame, plus que jamais, une véritable solidarité
internationale.

GILLES DAUXERRE

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