Les articles au jour le jour/vendredi 21 septembre
  • éditorial
    Ni Jihad, ni croisade


  • Les attentats de New York et de Washington ont donné un coup d'accélérateur à la coopération internationale contre le terrorisme et le crime. Y compris en Europe, où l'on traîne à unifier les procédures judiciaires. Hier, les quinze ministres de l'Intérieur et de la Justice ont enfin approuvé le principe d'un mandat d'arrêt européen et celui d'une unification des législations dans l'Union. Et, ce soir, les quinze chefs d'Etat et de gouvernement afficheront leur détermination commune à lutter contre le terrorisme, tout en faisant entendre leur différence vis à vis des Etats-Unis. Alors que Jacques Chirac et Tony Blair ont été, sur place, affirmer leur solidarité, et celle de l'Europe, avec les Américains, les chefs d'Etat et de gouvernement de l'Union rappelleront, ce soir, leur souci d'une riposte « adaptée et efficace ». Pas question de se lancer dans une « croisade », comme l'a malencontreusement qualifiée George W. Bush. L'Europe, et en particulier la France, entretient des contacts privilégiés avec les pays arabes. Elle veut absolument éviter une guerre de civilisation entre l'Occident et le monde musulman, entre le Nord et le Sud, ou entre les pays développés et le Tiers monde. Les terroristes islamistes, soupçonnés d'avoir organisé les attaques contre le World Trade Center et le Pentagone, attendent justement que les Etats-Unis et leurs alliés se lancent dans un conflit d'envergure qui mobiliserait contre eux tout le monde musulman. Il s'agit donc d'éviter ce piège et de convaincre la communauté internationale que la lutte contre le terrorisme n'est pas une question de race, de culture ou de religion. A la « fatwa » de quelques islamistes illuminés ne doit pas répondre le « wanted » du président américain, et on ne peut opposer une « croisade » occidentale au « Jihad » des taliban. L'Europe, si elle est unie, peut utilement jouer un rôle d'allié et de modérateur, aux cotés des Etats-Unis, dans la lutte qui s'annonce. Allié, pour porter les coups ; modérateur, pour qu'ils soient justifiés. C'est ce qu'expliqueront, ce soir, solennellement, les Quinze pays de l'Union aux opinions publiques européennes, américaines, mais aussi, et peut-être surtout, musulmanes.
  • GILLES DAUXERRE

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