- éditorial
Ni Jihad, ni croisade
Les attentats de New York et de Washington ont donné un coup
d'accélérateur à la coopération internationale
contre le terrorisme et le crime. Y compris en Europe, où l'on
traîne à unifier les procédures judiciaires. Hier,
les quinze ministres de l'Intérieur et de la Justice ont enfin
approuvé le principe d'un mandat d'arrêt européen
et celui d'une unification des législations dans l'Union. Et,
ce soir, les quinze chefs d'Etat et de gouvernement afficheront leur
détermination commune à lutter contre le terrorisme, tout
en faisant entendre leur différence vis à vis des Etats-Unis.
Alors que Jacques Chirac et Tony Blair ont été, sur place,
affirmer leur solidarité, et celle de l'Europe, avec les Américains,
les chefs d'Etat et de gouvernement de l'Union rappelleront, ce soir,
leur souci d'une riposte « adaptée et efficace ».
Pas question de se lancer dans une « croisade »,
comme l'a malencontreusement qualifiée George W. Bush. L'Europe,
et en particulier la France, entretient des contacts privilégiés
avec les pays arabes. Elle veut absolument éviter une guerre
de civilisation entre l'Occident et le monde musulman, entre le Nord
et le Sud, ou entre les pays développés et le Tiers monde.
Les terroristes islamistes, soupçonnés d'avoir organisé
les attaques contre le World Trade Center et le Pentagone, attendent
justement que les Etats-Unis et leurs alliés se lancent dans
un conflit d'envergure qui mobiliserait contre eux tout le monde musulman.
Il s'agit donc d'éviter ce piège et de convaincre la communauté
internationale que la lutte contre le terrorisme n'est pas une question
de race, de culture ou de religion. A la « fatwa »
de quelques islamistes illuminés ne doit pas répondre
le « wanted » du président américain,
et on ne peut opposer une « croisade » occidentale
au « Jihad » des taliban. L'Europe, si elle est
unie, peut utilement jouer un rôle d'allié et de modérateur,
aux cotés des Etats-Unis, dans la lutte qui s'annonce. Allié,
pour porter les coups ; modérateur, pour qu'ils soient justifiés.
C'est ce qu'expliqueront, ce soir, solennellement, les Quinze pays de
l'Union aux opinions publiques européennes, américaines,
mais aussi, et peut-être surtout, musulmanes.
- GILLES
DAUXERRE
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