En
Normandie, l'émotion est palpable
Un lien historique unit les Etats Unis et la Normandie, et l'émotion
suscitée par la tragédie actuelle témoigne de ces
relations privilégiées. Les Américains de notre
région, pasteur, étudiants, sportifs, tout comme les Normands
d'Amérique ou d'Israël, sont catastrophés.
- Le
Dieppois Alain Gillette a vu « l'enfer »
Natif
de Caen mais dieppois d'adoption, Alain Gillette, 55 ans, travaille à
l'ONU à New York. Il témoigne : « J'étais
rentré de France la veille au soir par le dernier vol d'Air-France.
J'ai juste eu le temps de regarder par la fenêtre, d'allumer la
télé. et les services de sécurité étaient
déjà là pour me faire évacuer. Depuis une
autre tour à côté de l'ONU, je regardais l'enfer à
travers mon téléobjectif, quand la première tour
s'est effondrée. Il n'y a pas d'adjectif pour décrire cela. »
- Des
Normands de Jérusalem et Tel Aviv catastrophés
Michèle Haouzi, fille de Rouennais de longue date, est depuis dix-neuf
ans infirmière à l'hôpital israélien Hadassa,
à Jérusalem. Sa voix ne tremble pas, quand elle nous confie
au téléphone « Nous savons ce qu'est le terrorisme,
mais nous sommes évidemment catastrophés par cette horreur.
Mais il est vrai qu'en Israël, nous sommes sous tension, tout le
temps très méfiants. Toutes les zones sont dangereuses,
même la rue, ici, en bas de la maison. Cela va vous paraître
absurde, mais nous nous sentons quand même relativement en sécurité.
Enfin, pour deux jours. Après, je ne sais pas. » Quelques
secondes de réflexion, puis l'infirmière ajoute : « Je
pense que les Israéliens ont à l'esprit la possibilité
d'une guerre internationale. Et puis à la télévision,
nous avons vu des gens danser dans la rue, à Gaza. »
Serge Socbczynski, depuis un an conseiller culturel à l'ambassade
de France à Tel Aviv, n'est autre que l'ancien directeur des Affaires
culturelles de la ville de Rouen. Il témoigne : « L'atmosphère,
en Israël, est grave, mais d'un grand calme. Le pays, très
en osmose avec les Etats-Unis, par les relations économiques, par
des gens de double nationalité, est en deuil. Bien sûr, ces
attaques occupent toutes les conversations. Ce matin, au bureau, des francophones
sont venus, naturellement, me parler de cette horreur, ils semblaient
en avoir besoin. Quant aux manifestations de joie de Palestiniens, j'ai
le sentiment qu'elles sont assez isolées. En attendant, en Israël,
on est vigilant. Plus que jamais. »
- Des
amis new-yorkais de la Normandie racontent
« On a tout vu de la fenêtre de notre appartement, et
c'est très différent de la télévision ».
Anne vit à New York depuis une douzaine d'années, avec son
mari musicien Keith Streng et leur fille de sept ans Nasha. En Normandie,
ils comptent de nombreux amis et connaissent bien la région. « Toute
la journée, on est restés accrochés au ciel. J'attendais
de voir l'Empire State s'embraser. Car après le deuxième
avion, qu'on a vu percuter la tour, on était sûrs que c'était
une attaque, on avait le sentiment d'une guerre. Pourtant, c'était
encore irréel, des gens marchaient dans la rue, juste au-dessous
de chez nous, sans se rendre compte de rien. A chaque bruit, on attendait
une nouvelle attaque, et on a même eu très peur avant de
reconnaître un F16. Ca va prendre beaucoup de temps avant de se
remettre, mais on ne pourra jamais oublier »
- Un
témoin direct, ancien rouennais
Témoin direct de la destruction des twin towers, Aaron Spencer
est musicien de jazz - il a joué à Rouen il y a douze ans,
et y a noué des relations d'amitié - et ingénieur
du son. Cet afro-américain de 35 ans raconte : « Ca
a fait un bruit énorme, et la maison a tremblé, alors que
nous sommes à trois miles, sur Brooklyn. J'ai alors vu la tour
en feu, puis le second avion se crasher, puis les tours s'effondrer. Quand
on est allé chercher notre fille à l'école, il pleuvait
des cendres. Aujourd'hui, je suis allé à l'hôpital
donner mon sang, et dans la rue, où tout le monde se parle d'habitude,
c'est vraiment très calme. Les gens sont en colère, choqués,
mais le plus surprenant c'est ce calme. Maintenant, ce qui inquiète,
c'est la suite, la nature de la réponse. La plupart des gens réclament
déjà une action militaire immédiate. Rien ne sera
plus jamais pareil. »
- Inquiétude
d'un basketteur US de Rouen
Le basketteur Elliott Henderson, 31 ans, intérieur au club SPOR
Rouen, était hier encore très inquiet. Après avoir
joint au téléphone sa mère, à Milwaukee, sur
le lac Michigan, il était toujours sans nouvelles d'une tante et
d'un cousin de Washington, travaillant tous deux, depuis respectivement
vingt ans et six mois, au Pentagone. « J'ai aussi, à
New York, des amis. Mais rien, pas de téléphone, pas d'Internet
avec New York city, Manhattan, Brooklands. » Il devrait se
rendre à l'ambassade américaine, pour y consulter les premières
listes de victimes. « C'est vachement triste, ce drame. C'est
le choc pour tout le monde » commentait Elliott Henderson.
« Et que faire ? Notre nouveau président va vouloir
réagir très fort. Mais moi, je déteste la guerre.
Que faire ? »
Les étudiants américains de Rouen
Il y a une semaine ils empruntaient les lignes aériennes américaines
pour se diriger vers leur destination rouennaise. Les douze étudiants
américains accueillis cette année par l'Ecole supérieure
de commerce (ESC) de Rouen ont vécu la tragédie dans une
douleur encore accentuée par l'éloignement. « C'est
bizarre d'être ici, détaché de tout cela »
souffle Karry « Je suis choquée mais en même temps
cet attentat ne m'étonne pas. Il est important qu'on ne prenne
pas notre revanche contre n'importe qui. Et de ne pas cibler un groupe
ethnique » tempère Jennifer du Massachusetts. « C'est
surréel. Il y a trois semaines j'étais justement à
New York, près des immeubles, pour y voir des amis »
chuchote Peter, 34 ans, de Boston, visiblement encore troublé.
Scherryl, 23 ans, sait déjà qu'elle aura bien du mal à
oublier. « J'ai toujours les images en moi. Cet homme avec
son drapeau aux fenêtres, la personne qui tombe et l'immeuble qui
s'effondre tout à coup. ». L'Amérique pourra-t-elle
être la même après cette épreuve ? « C'est
le monde qui n'est déjà plus le même »
tranche gravement une étudiante.Des
touristes horrifiés. Au
cur d'un groupe de touristes visitant Rouen dans la journée,
Robert Goldberg, arbore non sans fierté un badge du quartier new-yorkais
de Brooklyn. En voyage avec son épouse Betty, enseignante en retraite,
cet ancien directeur de collège et leur amie Shelly se disent d'une
même voix : « Horrifiés. » Pour
Robert Goldberg : « Les différents pays doivent
vraiment prendre ensemble les mesures nécessaires pour combattre
partout le terrorisme, au côté d'Israël. Les Français
sont très gentils, mais leurs gouvernements n'ont pas toujours
compris cela. Peut-être cela va-t-il changer. »« Cet
attentat ne reflète pas Dieu »
Un Pasteur de Virginie au Petit-Quevilly

Originaire de Virginie, un état proche de Washington, le pasteur
baptiste Jeffery Abbett, sa femme Jane et leurs trois enfants habitent
le Petit-Quevilly, dans l'agglomération rouennaise depuis 18 mois.
« Cet événement terrible va marquer nos vies,
celles des Américains ainsi que l'histoire des Etats-Unis. Il est
certain que les Américains voudront régler des comptes et
tout peut basculer. Il y a une justice à appliquer, pas une vengeance
personnelle. Beaucoup de gens se posent des questions sur ce qui peut
être fait au nom de Dieu. Pour moi, cet attentat ne reflète
pas Dieu mais son absence. Et ce n'est pas le Dieu de la bible que je
connais ».
Une enseignante palestinienne de Rouen
A l'IFI de Mont-Saint-Aignan, dix nationalités différentes
se côtoient. Dont une Palestinienne. « Je ne crois pas
que les Palestiniens ont commandité les attentats. On accuse très
facilement mon pays mais il n'y a pas de haine envers les Américains,
il y a juste une frustration. Et si certaines personnes descendent dans
les rues pour manifester leur joie, c'est une minorité. Cet acte
est inexcusable » estime Rima, responsable des stages et originaire
de Gaza.
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