Les articles au jour le jour/jeudi 13 septembre

En Normandie, l'émotion est palpable

Un lien historique unit les Etats Unis et la Normandie, et l'émotion suscitée par la tragédie actuelle témoigne de ces relations privilégiées. Les Américains de notre région, pasteur, étudiants, sportifs, tout comme les Normands d'Amérique ou d'Israël, sont catastrophés.

  • Le Dieppois Alain Gillette a vu « l'enfer »

Natif de Caen mais dieppois d'adoption, Alain Gillette, 55 ans, travaille à l'ONU à New York. Il témoigne : « J'étais rentré de France la veille au soir par le dernier vol d'Air-France. J'ai juste eu le temps de regarder par la fenêtre, d'allumer la télé. et les services de sécurité étaient déjà là pour me faire évacuer. Depuis une autre tour à côté de l'ONU, je regardais l'enfer à travers mon téléobjectif, quand la première tour s'est effondrée. Il n'y a pas d'adjectif pour décrire cela. »

  • Des Normands de Jérusalem et Tel Aviv catastrophés


Michèle Haouzi, fille de Rouennais de longue date, est depuis dix-neuf ans infirmière à l'hôpital israélien Hadassa, à Jérusalem. Sa voix ne tremble pas, quand elle nous confie au téléphone « Nous savons ce qu'est le terrorisme, mais nous sommes évidemment catastrophés par cette horreur. Mais il est vrai qu'en Israël, nous sommes sous tension, tout le temps très méfiants. Toutes les zones sont dangereuses, même la rue, ici, en bas de la maison. Cela va vous paraître absurde, mais nous nous sentons quand même relativement en sécurité. Enfin, pour deux jours. Après, je ne sais pas. » Quelques secondes de réflexion, puis l'infirmière ajoute : « Je pense que les Israéliens ont à l'esprit la possibilité d'une guerre internationale. Et puis à la télévision, nous avons vu des gens danser dans la rue, à Gaza. »
Serge Socbczynski, depuis un an conseiller culturel à l'ambassade de France à Tel Aviv, n'est autre que l'ancien directeur des Affaires culturelles de la ville de Rouen. Il témoigne : « L'atmosphère, en Israël, est grave, mais d'un grand calme. Le pays, très en osmose avec les Etats-Unis, par les relations économiques, par des gens de double nationalité, est en deuil. Bien sûr, ces attaques occupent toutes les conversations. Ce matin, au bureau, des francophones sont venus, naturellement, me parler de cette horreur, ils semblaient en avoir besoin. Quant aux manifestations de joie de Palestiniens, j'ai le sentiment qu'elles sont assez isolées. En attendant, en Israël, on est vigilant. Plus que jamais. »

  • Des amis new-yorkais de la Normandie racontent


« On a tout vu de la fenêtre de notre appartement, et c'est très différent de la télévision ». Anne vit à New York depuis une douzaine d'années, avec son mari musicien Keith Streng et leur fille de sept ans Nasha. En Normandie, ils comptent de nombreux amis et connaissent bien la région. « Toute la journée, on est restés accrochés au ciel. J'attendais de voir l'Empire State s'embraser. Car après le deuxième avion, qu'on a vu percuter la tour, on était sûrs que c'était une attaque, on avait le sentiment d'une guerre. Pourtant, c'était encore irréel, des gens marchaient dans la rue, juste au-dessous de chez nous, sans se rendre compte de rien. A chaque bruit, on attendait une nouvelle attaque, et on a même eu très peur avant de reconnaître un F16. Ca va prendre beaucoup de temps avant de se remettre, mais on ne pourra jamais oublier »

  • Un témoin direct, ancien rouennais


Témoin direct de la destruction des twin towers, Aaron Spencer est musicien de jazz - il a joué à Rouen il y a douze ans, et y a noué des relations d'amitié - et ingénieur du son. Cet afro-américain de 35 ans raconte : « Ca a fait un bruit énorme, et la maison a tremblé, alors que nous sommes à trois miles, sur Brooklyn. J'ai alors vu la tour en feu, puis le second avion se crasher, puis les tours s'effondrer. Quand on est allé chercher notre fille à l'école, il pleuvait des cendres. Aujourd'hui, je suis allé à l'hôpital donner mon sang, et dans la rue, où tout le monde se parle d'habitude, c'est vraiment très calme. Les gens sont en colère, choqués, mais le plus surprenant c'est ce calme. Maintenant, ce qui inquiète, c'est la suite, la nature de la réponse. La plupart des gens réclament déjà une action militaire immédiate. Rien ne sera plus jamais pareil. »

  • Inquiétude d'un basketteur US de Rouen


Le basketteur Elliott Henderson, 31 ans, intérieur au club SPOR Rouen, était hier encore très inquiet. Après avoir joint au téléphone sa mère, à Milwaukee, sur le lac Michigan, il était toujours sans nouvelles d'une tante et d'un cousin de Washington, travaillant tous deux, depuis respectivement vingt ans et six mois, au Pentagone. « J'ai aussi, à New York, des amis. Mais rien, pas de téléphone, pas d'Internet avec New York city, Manhattan, Brooklands. » Il devrait se rendre à l'ambassade américaine, pour y consulter les premières listes de victimes. « C'est vachement triste, ce drame. C'est le choc pour tout le monde » commentait Elliott Henderson. « Et que faire ? Notre nouveau président va vouloir réagir très fort. Mais moi, je déteste la guerre. Que faire ? »


  • Les étudiants américains de Rouen


Il y a une semaine ils empruntaient les lignes aériennes américaines pour se diriger vers leur destination rouennaise. Les douze étudiants américains accueillis cette année par l'Ecole supérieure de commerce (ESC) de Rouen ont vécu la tragédie dans une douleur encore accentuée par l'éloignement. « C'est bizarre d'être ici, détaché de tout cela » souffle Karry « Je suis choquée mais en même temps cet attentat ne m'étonne pas. Il est important qu'on ne prenne pas notre revanche contre n'importe qui. Et de ne pas cibler un groupe ethnique » tempère Jennifer du Massachusetts. « C'est surréel. Il y a trois semaines j'étais justement à New York, près des immeubles, pour y voir des amis » chuchote Peter, 34 ans, de Boston, visiblement encore troublé. Scherryl, 23 ans, sait déjà qu'elle aura bien du mal à oublier. « J'ai toujours les images en moi. Cet homme avec son drapeau aux fenêtres, la personne qui tombe et l'immeuble qui s'effondre tout à coup. ». L'Amérique pourra-t-elle être la même après cette épreuve ? « C'est le monde qui n'est déjà plus le même » tranche gravement une étudiante.
Des touristes horrifiés. Au cœur d'un groupe de touristes visitant Rouen dans la journée, Robert Goldberg, arbore non sans fierté un badge du quartier new-yorkais de Brooklyn. En voyage avec son épouse Betty, enseignante en retraite, cet ancien directeur de collège et leur amie Shelly se disent d'une même voix : « Horrifiés. » Pour Robert Goldberg : « Les différents pays doivent vraiment prendre ensemble les mesures nécessaires pour combattre partout le terrorisme, au côté d'Israël. Les Français sont très gentils, mais leurs gouvernements n'ont pas toujours compris cela. Peut-être cela va-t-il changer. »« Cet attentat ne reflète pas Dieu »


  • Un Pasteur de Virginie au Petit-Quevilly


Originaire de Virginie, un état proche de Washington, le pasteur baptiste Jeffery Abbett, sa femme Jane et leurs trois enfants habitent le Petit-Quevilly, dans l'agglomération rouennaise depuis 18 mois. « Cet événement terrible va marquer nos vies, celles des Américains ainsi que l'histoire des Etats-Unis. Il est certain que les Américains voudront régler des comptes et tout peut basculer. Il y a une justice à appliquer, pas une vengeance personnelle. Beaucoup de gens se posent des questions sur ce qui peut être fait au nom de Dieu. Pour moi, cet attentat ne reflète pas Dieu mais son absence. Et ce n'est pas le Dieu de la bible que je connais ».


  • Une enseignante palestinienne de Rouen


A l'IFI de Mont-Saint-Aignan, dix nationalités différentes se côtoient. Dont une Palestinienne. « Je ne crois pas que les Palestiniens ont commandité les attentats. On accuse très facilement mon pays mais il n'y a pas de haine envers les Américains, il y a juste une frustration. Et si certaines personnes descendent dans les rues pour manifester leur joie, c'est une minorité. Cet acte est inexcusable » estime Rima, responsable des stages et originaire de Gaza.

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