Comme
après la guerre
Les abords du World Trade Center à Manhattan étaient
transformés en paysage lunaire. La ville est recouverte dun
nuage de poussière.

Un
monstrueux nuage de poussière grise mêlé de gravats
s'est propagé à haute vitesse dans les rues de Manhattan
(Photo AFP)
Les
abords de l'esplanade où s'élevaient les tours jumelles
du World Trade Center se sont transformés en quelques secondes
mardi en un paysage lunaire, submergé par les décombres
et la poussière, selon des images vidéo amateur diffusées
par CNN.
Ces images ont été tournées par un médecin,
le Dr Mark Heath, qui était non loin des tours jumelles au
moment où la deuxième s'est effondrée.
D'abord, ce fut un grondement sourd, le fracas des structures d'acier
et de béton commençant à s'effondrer, puis un
monstrueux nuage de poussière grise mêlé de gravas
qui s'est propagé à haute vitesse dans les rues.
Le Dr Heath, parlant sans cesse dans le micro de sa petite caméra
digitale, s'est mis à couvert derrière une voiture en
stationnement, a laissé passer le nuage puis s'est relevé
en continuant à filmer, découvrant un paysage ravagé,
blanchi par la poussière, digne d'une zone de guerre.
Trottoirs, chaussée, murs, parcs, tout disparaît sous
une épaisse couche grise.
Des pompiers qui étaient intervenus pour tenter de circonvenir
les premiers sinistres apparaissent hagards, parfois blessés,
comme sortant d'un épais brouillard.
A 17h00 locales, des incendies faisaient toujours rage dans le secteur,
interdit à quiconque en raison du danger.
Un immeuble de 47 étages dans le complexe du World Trade Center
s'est effondré quelques minutes plus tard.
La chaîne d'informations CNN avait indiqué un peu plus
tôt que l'immeuble du 7, World Trade Center était en
feu et menaçait de s'effondrer.
Leau au compte-goutte
Les habitants des quartiers proches des tours jumelles du World Trade
Center, totalement détruites par un double attentat, rentraient
avec difficulté chez eux hier soir, leur périple compliqué
par le périmètre de sécurité établi
par la police, ont rapporté des témoins.
«Ils (les policiers) t'empêchent de passer d'un côté
mais tu y arrives en traversant la rue», a raconté un
témoin dont l'appartement se trouve à quelques centaines
de mètres à vol d'oiseau du lieu de l'attentat, dans
le sud-ouest de la ville adossé à la rivière
Hudson.
«Il y a beaucoup de police, beaucoup de pompiers et beaucoup
de poussière», décrit Danielle Tilkin, qui est
restée calfeutrée dans son appartement et dont la rue,
dans le même quartier de la ville, est totalement bloquée.
Pour l'heure, dans cette rue, l'électricité continue
de fonctionner et l'eau ne sort qu'au compte-goutte des robinets.
«Les pompiers ont dû pomper toute l'eau», raconte
encore Danielle Tilkin, qui compte rester chez elle tant que le vent
disperse la fumée et la poussière dans la direction
opposée à son appartement.
A aucun moment on ne lui a demandé d'évacuer les lieux,
a-t-elle indiqué. Véronique Dupont, une journaliste
française qui partage le même appartement, a pu retourner
chez elle après s'être rendue à son bureau sur
Broadway pour tenter d'appeler ses parents en France. Sur l'autoroute
qui longe le Hudson à l'ouest elle a pu voir des véhicules
de l'Armée du Salut qui distribuent de la nourriture et de
l'eau aux personnes qui le souhaitent.
Un
calme étrange dans Manhattan
Il régnait une atmosphère étrange à Manhattan,
quelques heures après lattentat. Un calme semblait régner.
«Il y a un sens de communauté» parmi les gens qui
sont dans la rue, raconte Narelle Sissons. «Il y a plus de policiers
que d'habitude mais pas des tonnes», a-t-elle souligné.
Le quartier est calme et de nombreux magasins ont décidé
de baisser leur rideau. A l'inverse, des cafés et des bars
ont fait le choix de rester ouvert et ont mis des pancartes pour inviter
les gens à entrer.
Elle a également aperçu une longue colonne de camions
poubelle -qui servent aussi à évacuer des gravats à
New York - se diriger vers les lieux de l'attentat.
Narelle Sissons, comme nombre de ses amis, a passé une partie
de la journée à répondre à des coups de
téléphone inquiets de personnes de sa connaissance qui
essaient d'en savoir plus sur des amis qui travaillaient dans les
tours ou dans le quartier.
Près de douze heures après le double attentat qui a
frappé le coeur financier de New York, les autorités
de la ville se refusaient à tout bilan, mais de nombreux responsables
craignaient que des milliers de personnes soient enterrées
sous les décombres des deux tours du World Trade Center.
Un syndicat des pompiers a affirmé qu'au moins 200 pompiers
pourraient avoir trouvé la mort, alors que le département
de la police indiquait que 78 policiers étaient portés
manquants.
Le seul chiffre à peu près certain est celui des 266
passagers et membres d'équipage qui se trouvaient à
bord des quatre avions détournés par des commandos suicide
présumés qui les ont projeté sur les tours jumelles
du World Trade Center à New York, sur le Pentagone dans la
banlieue de Washington et près de Pittsburgh (Pennsylvanie).