Les articles au jour le jour/mercredi 12 septembre

Le monde pétrifié
Stupéfait et révolté, le monde entier condamne l’acte innommable. Seuls l’Irak et une partie des Palestiniens font exception.


La stupeur et l’effroi se lisent sur les visages de ceux qui découvrent l’horreur de la tragédie (Photos AFP)


Le monde a réagi hier avec stupeur aux attaques terroristes, à New York et à Washington. Les principaux dirigeants de la planète, notamment Yasser Arafat, ont adressé leurs condoléances à l’Amérique et exprimé horreur et inquiétude.
Le secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan, a «condamné absolument» ces attentats. Le président russe Vladimir Poutine a lui déploré cette «tragédie horrible».
De son côté, Jacques Chirac a interrompu son déplacement officiel en Bretagne pour regagner Paris exprimant son «immense émotion» après ces «attentats monstrueux», avant de présider en urgence un conseil des ministres restreint consacré à la sécurité.

L’OTAN en alerte
Le chancelier allemand Gerhard Schroeder a convoqué une réunion d’urgence du Conseil fédéral de sécurité, alors que Tony Blair s’est déclaré terriblement choqué : «Ce terrorisme de masse est le nouveau fléau de notre monde.»
Par ailleurs, le siège de l’OTAN à Bruxelles et le quartier général des forces alliées (SHAPE) près de Mons en Belgique ont été mis en état d’alerte maximum, l’Union européenne convoquant pour ce matin à Bruxelles une réunion d’urgence des ministres des Affaires étrangères. Les mesures de sécurité renforcées et la mise en état d’alerte maximum ont été adoptées dans la plupart des pays européens.
En Chine le président Jiang Zemin s’est déclaré «horrifié». Au Proche-Orient, l’aviation israélienne a été placée en état d’alerte maximale, l’espace aérien d’Israël étant fermé aux appareils étrangers. Yasser Arafat a lui fermement condamné les attentats qualifiés de «crimes contre l’humanité». Au même moment des centaines de Palestiniens dans les camps de réfugiés du Liban et dans les territoires occupés ont manifesté leur joie en tirant en l’air. (Lire ci-dessous)
L’Egypte, la Syrie et l’Iran ont également condamné les attentats. En revanche, l’Irak a soutenu que les attentats étaient «le fruit des crimes américains contre l’humanité». En Libye, Mouammar Kadhafi a proposé que son pays fournisse une aide au peuple américain malgré les «différends politiques» opposant les deux pays. Enfin, à Islamabad, l’ambassadeur du régime des taliban au pouvoir à Kaboul a condamné ces actions et nié que Oussama ben Laden soit à l’origine des attentats.

Liesse et embarras chez les Palestiniens
Les Palestiniens de Gaza, surpris à l’heure de la sieste par la nouvelle des attentats perpétrés sur le sol américain, hésitaient hier entre un sentiment de revanche sur Washington, indéfectible allié d’Israël, et la crainte d’en subir les retombées.
«Six avions ! Dieu est grand», s’exclame un chauffeur de taxi en levant un index triomphal vers le ciel. Mais les klaxons et autres manifestations de joie qui saluent traditionnellement les actions anti-israéliennes des mouvements palestiniens restent remarquablement discrets.
«Dieu a fait tomber ces avions»
«Tous les gens sont en train de regarder la télévision en priant pour que cela n’ait rien à voir avec le Proche-Orient», explique Bahaa al-Haïk, âgé d’une cinquantaine d’années, l’oreille collée à un petit poste de radio. «J’espère vraiment que ce ne sont pas des Palestiniens.» «De toute façon, les organisations palestiniennes sont trop faibles pour lancer une telle opération», souligne son frère Hani. «C’est Dieu qui a fait tomber ces avions !», s’enthousiasme pourtant un adolescent de Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza, venu les rejoindre.
Pourtant l’Autorité palestinienne a fermement condamné les attentats. «Nous ne sommes pas des terroristes», assure Hazem Aouda, un étudiant en mathématiques, qui considère cependant ces attentats comme légitimes.
«Tous les Palestiniens se réjouissent» de voir les Etats-Unis frappés au cœur même de leur puissance, estime son camarade Hazem Kamel. «Les armes israéliennes qui tuent nos enfants tous les jours, des fusils aux avions, sont de fabrication américaine.»
Soudain, un concert de klaxons fait se retourner les badauds : un cortège nuptial descend l’avenue en direction de la mer.

 


Des réfugiés palestiniens du camp de Shatilah près de Beyrouth au Liban laissent éclater leur joie après les attentats qui ont frappé les Etats-Unis

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