Le
monde pétrifié
Stupéfait et révolté, le monde entier condamne
lacte innommable. Seuls lIrak et une partie des Palestiniens
font exception.

La
stupeur et leffroi se lisent sur les visages de ceux qui découvrent
lhorreur de la tragédie (Photos AFP)
Le
monde a réagi hier avec stupeur aux attaques terroristes, à
New York et à Washington. Les principaux dirigeants de la planète,
notamment Yasser Arafat, ont adressé leurs condoléances
à lAmérique et exprimé horreur et inquiétude.
Le secrétaire général de lONU, Kofi Annan,
a «condamné absolument» ces attentats. Le président
russe Vladimir Poutine a lui déploré cette «tragédie
horrible».
De son côté, Jacques Chirac a interrompu son déplacement
officiel en Bretagne pour regagner Paris exprimant son «immense
émotion» après ces «attentats monstrueux»,
avant de présider en urgence un conseil des ministres restreint
consacré à la sécurité.
LOTAN en alerte
Le chancelier allemand Gerhard Schroeder a convoqué une réunion
durgence du Conseil fédéral de sécurité,
alors que Tony Blair sest déclaré terriblement
choqué : «Ce terrorisme de masse est le nouveau fléau
de notre monde.»
Par ailleurs, le siège de lOTAN à Bruxelles et
le quartier général des forces alliées (SHAPE)
près de Mons en Belgique ont été mis en état
dalerte maximum, lUnion européenne convoquant pour
ce matin à Bruxelles une réunion durgence des
ministres des Affaires étrangères. Les mesures de sécurité
renforcées et la mise en état dalerte maximum
ont été adoptées dans la plupart des pays européens.
En Chine le président Jiang Zemin sest déclaré
«horrifié». Au Proche-Orient, laviation israélienne
a été placée en état dalerte maximale,
lespace aérien dIsraël étant fermé
aux appareils étrangers. Yasser Arafat a lui fermement condamné
les attentats qualifiés de «crimes contre lhumanité».
Au même moment des centaines de Palestiniens dans les camps
de réfugiés du Liban et dans les territoires occupés
ont manifesté leur joie en tirant en lair. (Lire ci-dessous)
LEgypte, la Syrie et lIran ont également condamné
les attentats. En revanche, lIrak a soutenu que les attentats
étaient «le fruit des crimes américains contre
lhumanité». En Libye, Mouammar Kadhafi a proposé
que son pays fournisse une aide au peuple américain malgré
les «différends politiques» opposant les deux pays.
Enfin, à Islamabad, lambassadeur du régime des
taliban au pouvoir à Kaboul a condamné ces actions et
nié que Oussama ben Laden soit à lorigine des
attentats.
Liesse
et embarras chez les Palestiniens
Les Palestiniens de Gaza, surpris à lheure de la sieste
par la nouvelle des attentats perpétrés sur le sol américain,
hésitaient hier entre un sentiment de revanche sur Washington,
indéfectible allié dIsraël, et la crainte
den subir les retombées.
«Six avions ! Dieu est grand», sexclame un chauffeur
de taxi en levant un index triomphal vers le ciel. Mais les klaxons
et autres manifestations de joie qui saluent traditionnellement les
actions anti-israéliennes des mouvements palestiniens restent
remarquablement discrets.
«Dieu a fait tomber ces avions»
«Tous les gens sont en train de regarder la télévision
en priant pour que cela nait rien à voir avec le Proche-Orient»,
explique Bahaa al-Haïk, âgé dune cinquantaine
dannées, loreille collée à un petit
poste de radio. «Jespère vraiment que ce ne sont
pas des Palestiniens.» «De toute façon, les organisations
palestiniennes sont trop faibles pour lancer une telle opération»,
souligne son frère Hani. «Cest Dieu qui a fait
tomber ces avions !», senthousiasme pourtant un adolescent
de Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza, venu les rejoindre.
Pourtant lAutorité palestinienne a fermement condamné
les attentats. «Nous ne sommes pas des terroristes», assure
Hazem Aouda, un étudiant en mathématiques, qui considère
cependant ces attentats comme légitimes.
«Tous les Palestiniens se réjouissent» de voir
les Etats-Unis frappés au cur même de leur puissance,
estime son camarade Hazem Kamel. «Les armes israéliennes
qui tuent nos enfants tous les jours, des fusils aux avions, sont
de fabrication américaine.»
Soudain, un concert de klaxons fait se retourner les badauds : un
cortège nuptial descend lavenue en direction de la mer.

Des
réfugiés palestiniens du camp de Shatilah près
de Beyrouth au Liban laissent éclater leur joie après
les attentats qui ont frappé les Etats-Unis
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