Les articles au jour le jour/mercredi 12 septembre

Une puissance mal renseignée
Les services secrets et leurs technologies dernier cri n’ont pu prévoir les attaques. Face à un ennemi invisible, une autre guerre commence.


Les services secrets de la première puissance mondiale ont été totalement pris au dépourvu par les attaques terroristes (Photo AFP)


La tragédie d’hier devrait avoir des profondes conséquences sur la politique des Etats-Unis et sans doute sur l’évolution même de la société américaine.
L’attaque illustre l’incapacité d’un état traditionnel, fut-il le plus puissant économiquement et militairement du monde, à se défendre contre une opération conduite par un groupe d’hommes déterminés, équipés, entraînés et affranchis de toutes lois.
Et, dans la perspective des conflits asymétriques du futur (opposant faible et fort), elle conduit naturellement à se poser la question de la sagesse qu’il peut y avoir à s’en remettre exclusivement à la technologie — un bouclier antimissiles par exemple — pour se protéger des menaces que représenteraient des «états voyous».

Une opération sophistiquée
Outre les attaques elles-mêmes — dont les acteurs, en plus de la détermination et du fanatisme, devaient être des professionnels de l’action — une opération combinée de cette ampleur suppose en effet une long travail de définition, d’identification des objectifs et enfin de préparation, notamment de repérage.
On ne peut aujourd’hui que s’interroger sur l’apparent échec des systèmes d’écoutes sophistiqués en tous genres de la puissante communauté américaine du renseignement à apprendre que quelque chose se préparait.
Les services de sécurité de la superpuissance américaine ont en effet été pris au dépourvu par des attentats d’une ampleur et d’une coordination inégalées, selon des experts qui montrent du doigt.
Les différentes agences de renseignement civiles et militaires ont été surprises, notamment parce qu’elles n’ont pas pu infiltrer certains groupes terroristes.
«Il y a eu une faille dans notre renseignement», apparemment il n’y a pas eu d’avertissements, a déclaré Ann Nelson de l’American University.
«Il est très difficile d’infiltrer des groupes terroristes originaires du même village», estime cette historienne du renseignement.
Selon elle, le «tout technologique» de la surveillance électronique ou par satellite a fait long feu et «les moyens humains» de la CIA ou du FBI doivent être augmentés.
Dan Goure, du centre de recherches conservateur Lexington, admet lui aussi que «même aux Etats-Unis, il est très difficile d’infiltrer des groupes mafieux», qui parlent le même dialecte, se connaissent. Mais cet expert militaire estime que les services d’espionnage technologique, n’ont pas été à la hauteur de la tâche.
«Au contraire il faut renforcer la technologie» : les terroristes ont forcément communiqué pour préparer leurs attaques et auraient dû être interceptés, estime M. Goure.


Les nouveaux défis de la défense américaine
La base aérienne d’Offutt, au Nebraska, où s’est rendu hier le président américain George W. Bush après les attentats à New York et Washington, abrite le Commandement stratégique américain (STRATCOM) qui supervise les forces nucléaires américaines.
Le STRATCOM a remplacé en 1992, après la fin de la guerre froide, le Commandement stratégique des forces aériennes américaines (SAC), qui avait été établi en 1946 au début de la tension avec l’Union soviétique, ainsi que le Service de planification stratégique conjoint (JSTPS) mis en place en 1960.
C’est de là qu’était coordonnée la triade des forces nucléaires US (missiles balistiques intercontinentaux, missiles sous-marins de la Marine et bombardiers stratégiques de l’Armée de l’Air) servant à la dissuasion nucléaire.
A côté du «désengagement stratégique» marqué par la réduction des arsenaux des deux anciens ennemis, «d’autres défis plus profonds, plus complexes se profilent à l’horizon. En particulier la prolifération des armes de destruction massive, biologiques, chimiques et nucléaires», peut-on lire sur le site du commandement stratégique.
Le centre évalue en particulier une «énorme masse de renseignements bruts» provenant des services militaires et civils sur prolifération et terrorisme. Une de ses responsabilités consiste en effet à «fournir des renseignements sur les pays et autres entités possédant ou cherchant à posséder des armes de destruction massive».
Deux mille cent personnes, dont trois cent quarante civils, sont employés sur la base d’Offutt. La majorité d’entre eux appartiennent à l’armée de l’Air.
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