Une
puissance mal renseignée
Les services secrets et leurs technologies dernier cri nont
pu prévoir les attaques. Face à un ennemi invisible,
une autre guerre commence.

Les
services secrets de la première puissance mondiale ont été
totalement pris au dépourvu par les attaques terroristes (Photo
AFP)
La
tragédie dhier devrait avoir des profondes conséquences
sur la politique des Etats-Unis et sans doute sur lévolution
même de la société américaine.
Lattaque illustre lincapacité dun état
traditionnel, fut-il le plus puissant économiquement et militairement
du monde, à se défendre contre une opération
conduite par un groupe dhommes déterminés, équipés,
entraînés et affranchis de toutes lois.
Et, dans la perspective des conflits asymétriques du futur
(opposant faible et fort), elle conduit naturellement à se
poser la question de la sagesse quil peut y avoir à sen
remettre exclusivement à la technologie un bouclier
antimissiles par exemple pour se protéger des menaces
que représenteraient des «états voyous».
Une opération sophistiquée
Outre les attaques elles-mêmes dont les acteurs, en plus
de la détermination et du fanatisme, devaient être des
professionnels de laction une opération combinée
de cette ampleur suppose en effet une long travail de définition,
didentification des objectifs et enfin de préparation,
notamment de repérage.
On ne peut aujourdhui que sinterroger sur lapparent
échec des systèmes découtes sophistiqués
en tous genres de la puissante communauté américaine
du renseignement à apprendre que quelque chose se préparait.
Les services de sécurité de la superpuissance américaine
ont en effet été pris au dépourvu par des attentats
dune ampleur et dune coordination inégalées,
selon des experts qui montrent du doigt.
Les différentes agences de renseignement civiles et militaires
ont été surprises, notamment parce quelles nont
pas pu infiltrer certains groupes terroristes.
«Il y a eu une faille dans notre renseignement», apparemment
il ny a pas eu davertissements, a déclaré
Ann Nelson de lAmerican University.
«Il est très difficile dinfiltrer des groupes terroristes
originaires du même village», estime cette historienne
du renseignement.
Selon elle, le «tout technologique» de la surveillance
électronique ou par satellite a fait long feu et «les
moyens humains» de la CIA ou du FBI doivent être augmentés.
Dan Goure, du centre de recherches conservateur Lexington, admet lui
aussi que «même aux Etats-Unis, il est très difficile
dinfiltrer des groupes mafieux», qui parlent le même
dialecte, se connaissent. Mais cet expert militaire estime que les
services despionnage technologique, nont pas été
à la hauteur de la tâche.
«Au contraire il faut renforcer la technologie» : les
terroristes ont forcément communiqué pour préparer
leurs attaques et auraient dû être interceptés,
estime M. Goure.
Les
nouveaux défis de la défense américaine
La base aérienne dOffutt, au Nebraska, où sest
rendu hier le président américain George W. Bush après
les attentats à New York et Washington, abrite le Commandement
stratégique américain (STRATCOM) qui supervise les forces
nucléaires américaines.
Le STRATCOM a remplacé en 1992, après la fin de la guerre
froide, le Commandement stratégique des forces aériennes
américaines (SAC), qui avait été établi
en 1946 au début de la tension avec lUnion soviétique,
ainsi que le Service de planification stratégique conjoint
(JSTPS) mis en place en 1960.
Cest de là quétait coordonnée la
triade des forces nucléaires US (missiles balistiques intercontinentaux,
missiles sous-marins de la Marine et bombardiers stratégiques
de lArmée de lAir) servant à la dissuasion
nucléaire.
A côté du «désengagement stratégique»
marqué par la réduction des arsenaux des deux anciens
ennemis, «dautres défis plus profonds, plus complexes
se profilent à lhorizon. En particulier la prolifération
des armes de destruction massive, biologiques, chimiques et nucléaires»,
peut-on lire sur le site du commandement stratégique.
Le centre évalue en particulier une «énorme masse
de renseignements bruts» provenant des services militaires et
civils sur prolifération et terrorisme. Une de ses responsabilités
consiste en effet à «fournir des renseignements sur les
pays et autres entités possédant ou cherchant à
posséder des armes de destruction massive».
Deux mille cent personnes, dont trois cent quarante civils, sont employés
sur la base dOffutt. La majorité dentre eux appartiennent
à larmée de lAir.
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