Les articles au jour le jour/vendredi 14 septembre
  • Il faut parler du drame avec les enfants


  • Comment réagissent les enfants aux attentats américains, quasiment vécus en direct à la télévision, et dont les images inondent depuis plusieurs jours les chaînes de télé qui bousculent leurs programmes. Selon le professeur Marcel Rufo, pédopsychiatre marseillais, il ne faut surtout pas hésiter à parler avec les enfants du drame des attentats aux Etats-Unis. Le psychiatre, auteur de nombreux ouvrages sur les difficultés de l'enfance, estime que petits comme grands doivent échanger leurs impressions sur ces événéments.
  • Que peut ressentir un enfant devant le drame américain ?

    Marcel Rufo : « Le plus menaçant pour eux, c'est l'inconnu, ne pas savoir qui a fait ça. Il y a une transposition vraiment très anxieuse chez les enfants qui se demandent si « ils » vont venir attaquer leur ville, attaquer chez eux. On assiste à une sorte d'identification new-yorkaise. Les parents ne doivent donc pas s'étonner s'il y a des troubles du sommeil, si des enfants veulent fermer les fenêtres ou vérifient les serrures. Les petits sont aussi troublés devant ce jeu de démolition qui se passe avec des vivants. Il faut vraiment, se disent-ils, que les grands soient devenus fous pour faire ce que nous on joue. »
  • Comment aborder ces événements avec les enfants ?

    M.R. : « Il faut vivre ce moment historique et tragique en essayant d'en parler beaucoup pour éviter qu'il ne soit envahissant au niveau de l'anxiété. Rien que dire à son enfant : « je veux parler de ça avec toi », c'est déjà pas mal. Pour les plus petits, on peut leur demander de dessiner ce qu'ils ont compris. On peut aussi suggérer que l'horreur ne répondra pas forcément à l'horreur, que ce sont peut-être des fous qui sont à l'origine de tout ça. De leur côté, les enseignants peuvent dévier l'horreur de l'actuel, en disant que des choses aussi graves sont déjà arrivées, que les Américains rebâtiront des tours et que les gens retourneront dans le sud de Manhattan. Il faut anticiper sur la vie qui reprendra. »
  • Faut-il dire toute la vérité ?

    M.R. : « Mieux vaut éviter de cacher des événements douloureux car on sait bien que ça ressurgit plus tard dans une circonstance de la vie quotidienne. Et puis, par certains aspects, l'actualité colmate l'horreur au niveau psychologique. L'enfant se dit : informez-moi le plus possible afin que j'ai moins peur. On peut donc en dire le maximum, mais en évitant la délectation morbide. Reste le plus difficile pour les familles : faire face aux pressions religieuses qui feront qu'on se sentira tantôt coupable, tantôt agressé. »

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