Les articles au jour le jour/vendredi 14 septembre
  • éditorial
    Solidarités
  • Aujourd'hui, à midi, nous serons tous Américains. Pendant trois minutes de silence nous manifesterons notre compassion et notre solidarité avec les Etats-Unis, victimes emblématiques du terrorisme. Nous nous souviendrons aussi de ce qu'a fait ce pays pour préserver notre liberté et combattre le nazisme, il y a plus d'un demi-siècle. Et nous nous interrogerons sur ce que nous pouvons faire pour combattre, avec lui, le fanatisme criminel qui nous menace tous. Jacques Chirac l'a dit, hier, sur CNN, « la France sera à côté des Etats-Unis quand il s'agira de sanctionner cette folie meurtrière » qui a conduit aux attentats de New York et Washington. Malgré tous les reproches que l'on peut adresser à la première puissance mondiale, rien ne peut excuser l'attaque épouvantable dont elle a été victime. Si l'on peut trouver des explications, notamment dans l'attitude américaine au Proche-Orient, il faut bien se persuader que les extrémistes qui ont commis ces attentats mettent tout l'Occident dans le même sac. Et s'il se confirme qu'Oussama ben Laden est à l'origine de l'opération, alors nous sommes aussi sur la liste de ses cibles. Ce « fou de Dieu », aux moyens considérables, a réussi à fédérer plusieurs mouvements islamistes radicaux et à les engager dans une véritable « guerre sainte » contre tous ceux qu'il considère comme « impurs ». L'Europe et la Russie en font partie, comme les Etats-Unis et toutes les démocraties développées. Au delà de la compassion, notre solidarité envers les Etats-Unis devra se manifester concrètement. C'est à dire militairement, dans un premier temps, puisqu'une riposte est inévitable, et politiquement, dans un second temps, pour sanctionner les Etats qui soutiennent ou tolèrent les organisations terroristes. Il ne s'agit pas, pour autant, de faire n'importe quoi et de se ranger sans réfléchir derrière la bannière étoilée. Il faudra des preuves certaines de l'implication de tel ou tel mouvement ou de tel ou tel pays, avant que ceux-ci soient frappés. Il faudra aussi mesurer le degré de la riposte et déterminer son but ultime. Il faudra enfin exposer à toute la communauté internationale les raisons et les conséquences de cette intervention. Le danger d'escalade dans la violence et d'incompréhension de certains peuples ne peut être balayé d'un revers de main. Ainsi, veillons à ne pas assimiler le terrorisme islamique à l'ensemble du monde musulman. Ne rejetons pas non plus les revendications palestiniennes à disposer d'un Etat et d'un territoire digne de ce nom, ou celle de la Tchétchénie et du Cachemire à disposer librement de leur avenir. Le terrorisme se nourrit du fanatisme, religieux ou politique, mais il naît de l'injustice. Ne l'oublions pas avant d'agir.
  • GILLES DAUXERRE

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